« Il est difficile de vivre dans le présent quand on pense continuellement au passé. Les jours, les dates s’émancipent de leur temporalité pour devenir des valeurs abstraites. »

Quand la légende cache l’enfance… et ses cicatrices
Il y a des auteurs dont on lit chaque nouvelle sortie avec une confiance presque aveugle. Jérôme Loubry fait partie de ceux-là. Il est clairement, l’un de mes auteurs français préférés. J’aime sa plume, bien sûr… mais ce que j’aime encore plus chez lui, c’est cette capacité à glisser de l’humanité partout : dans la noirceur, dans l’horreur parfois, dans les failles, dans les silences. Chez Loubry, le thriller n’est jamais “juste” un thriller. C’est aussi un roman d’émotions.
Avec Le garçon éternel, j’ai retrouvé exactement ce que je viens chercher : une histoire marquante, un décor fort, une tension maîtrisée… et cette manière si particulière qu’il a de parler de l’humain sans jamais tomber dans le pathos.
Une mécanique narrative qui file droit
Ce que j’ai aimé dès les premières pages, c’est le rythme. Les chapitres courts, l’alternance entre différents points de vue et plusieurs temporalités, donnent un vrai dynamisme au récit. On avance vite, on est happé, et surtout on a ce sentiment très addictif d’être constamment à un tournant.
D’un côté, l’enquête menée par Manon et Salim. De l’autre, un journaliste, Cédric, qui se retrouve à plonger dans des mémoires enregistrées et, avec lui, dans une histoire plus ancienne, plus intime, plus troublante. Le roman avance sur ces rails parallèles, et c’est précisément ce qui fonctionne : on comprend petit à petit que tout est lié, et qu’il va falloir du temps pour assembler les pièces.
Le duo d’enquêteurs est d’ailleurs l’un des gros points forts du roman. Manon et Salim sont attachants, complémentaires, crédibles. Leur dynamique est naturelle, fluide, et on sent qu’ils se font confiance. Ce n’est pas un duo “caricatural”, écrit pour faire joli : ça sonne juste. Et dans un thriller, c’est précieux, parce que l’attachement aux personnages joue énormément sur l’implication du lecteur, tout du moins sur la mienne, pour sûr.
Une légende urbaine qui pose un décor fascinant
J’ai beaucoup aimé le côté “légende locale” autour du garçon éternel. Ce folklore, alimenté par la rumeur, les réseaux sociaux, l’imaginaire collectif… crée une ambiance très particulière. On ne sait plus très bien où se trouve la frontière entre le réel, la peur et le fantasme.
La forêt, la nuit, les adolescents qui filment… tout cela donne un point de départ visuel, presque cinématographique, et Loubry maîtrise parfaitement cette atmosphère. Il installe une tension sourde, qui ne repose pas uniquement sur l’enquête, mais aussi sur ce qui rôde en périphérie, dans les non-dits, dans l’inconscient.
Le cœur du roman m’a réellement captivée. Le sujet est passionnant, intelligent, très fort… mais je ne peux pas en dire trop sans prendre le risque de divulgâcher le final, ce serait criminel.
Ce que je peux dire en revanche, c’est que l’auteur explore ici quelque chose de profondément humain : la manière dont certains traumatismes d’enfance, s’ils ne sont pas traités, continuent de nous hanter et de façonner nos vies, jusque très loin dans l’âge adulte. Le thriller devient alors un miroir : noir, brutal parfois, mais terriblement vrai.
Je dois être honnête : j’ai deviné la fin assez tôt. Je n’ai donc pas eu ce “coup de massue” final que certains lecteurs recherchent. Mais cela ne m’a pas frustrée. Parce que la fin est très bien construite : elle arrive avec logique, avec cohérence, et surtout avec toutes les informations nécessaires. Rien ne tombe du ciel.
Et c’est là qu’on reconnaît le talent : même sans surprise totale, le roman reste excellent, parce qu’il est juste. Il respecte son lecteur.
Les bonnes raisons de lire ce livre :
- La plume sensible et profondément humaine de Jérôme Loubry
- Un rythme très addictif grâce aux chapitres courts et aux temporalités alternées
- Un duo d’enquêteurs attachant (Manon & Salim)
- Une ambiance de légende urbaine et de forêt inquiétante très réussie
- Une exploration marquante des traumatismes d’enfance et de leurs répercussions

En bref :
Le garçon éternel est, pour moi, un très bon Jérôme Loubry. Un roman noir, prenant, émouvant, qui mélange enquête, mémoire, légende et blessures intimes. Même si je n’ai pas été surprise par le dénouement, la lecture m’a pleinement satisfaite : pour le rythme, l’atmosphère, les personnages… et surtout pour ce que l’auteur raconte en profondeur, sous la surface du thriller.
Du grand Loubry, en somme.
4ème de couverture :
Dans cette forêt, la mémoire, la folie et la vengeance tissent une légende meurtrière…
Une forêt en pleine nuit recèle bien des mystères. Ces deux adolescents partis chercher le succès en filmant leur aventure vont y trouver l’inimaginable : un cadavre de femme, mains et pieds coupés…
Sur place, l’inspectrice Manon Rousseau comprend tout de suite que le tueur a mis en scène sa découverte comme un rituel. Bientôt, la rumeur du retour du « garçon éternel » – une légende locale – surgit, alimentée par les réseaux sociaux.
Parallèlement, Cédric, journaliste rongé par le départ de sa femme, accepte de retranscrire les mémoires d’un vieil homme. Au fil des enregistrements qui lui sont fournis, il plonge dans la vie d’une mère dévouée à son fils, à la fin des années 1950. Mais si ce qu’il entend est vrai, quel terrible secret est-il en train de mettre au jour ?