« J’ai souvent détesté ma vie.
Je n’ai rien construit, à part un cimetière pour mes rêves.
Là au moins, on ne pourra pas me les voler. »

Quatorze uppercuts. Zéro lumière. Et pourtant… une humanité bouleversante.
Je vais être honnête : je ne suis pas une grande amatrice de nouvelles.
Trop court, trop frustrant. J’ai toujours cette sensation d’être laissée au bord du chemin au moment où je commence vraiment à m’attacher. Je veux plus, je réclame des pages, je m’accroche aux personnages et… on me retire déjà l’histoire.
Mais il y a une exception. Une évidence.
Quand le nom Karine Giebel s’affiche sur une couverture, j’y vais. Sans hésiter. Les yeux fermés, façon de parler, évidemment. Parce qu’à mes yeux, elle reste la reine des reines du roman noir, indétrônable depuis ma première rencontre avec son œuvre.
Et avec J’aime votre peur, elle ne fait pas que confirmer son talent. Elle le condense. Elle le brutalise. Elle le sublime.
Un recueil à l’objet-livre somptueux… et au contenu terriblement violent
Avant même de parler du texte, il faut le dire : l’édition est d’une beauté folle. Un recueil soigné, quasi collector, fait pour être gardé. Sauf qu’on ne va pas se mentir : ce livre-là n’est pas un bel objet qu’on feuillette distraitement au coin du feu.
Car dès qu’on ouvre la première nouvelle, on comprend : ce noir-là n’a pas de demi-teinte.
Ce n’est pas une noirceur “de genre”, divertissante ou spectaculaire. C’est un noir frontal. Un noir qui serre la gorge. Un noir humain. Social. Réaliste. Parfois insoutenable.
Ce qui frappe dans ce recueil, c’est la manière dont Karine Giebel parvient à créer, en quelques pages, des personnages d’une densité incroyable. On entre dans une vie, dans une détresse, dans une colère, dans une peur… et on n’en ressort pas intact.
Elle donne voix à des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées. À ceux qu’on n’écoute pas. À ceux qu’on bouscule. À ceux qu’on invisibilise.
Et chaque texte est une expérience à part entière.
Certaines nouvelles vous mettent en tension dès la première ligne. D’autres avancent lentement, puis frappent d’un coup. Mais toutes ont ce point commun : elles marquent.
Ce recueil est aussi une démonstration de la palette immense de Karine Giebel. Elle peut passer du thriller à l’angoisse pure, du drame social au récit quasi intime, et toujours avec une précision chirurgicale. Elle aborde des thématiques lourdes, actuelles, nécessaires : violences conjugales, harcèlement, vieillesse, handicap, maladie mentale, inégalités, guerre, traditions destructrices, vengeance, trauma…
Et ce qui rend la lecture encore plus saisissante, c’est que l’on sent constamment le réel derrière la fiction.
Un ascenseur émotionnel à chaque nouvelle
Lire J’aime votre peur, c’est accepter de se faire traverser par une tempête d’émotions.
J’ai ressenti :
- de la peur, évidemment
- de l’angoisse
- de la colère
- de la tristesse
- parfois même de la tendresse, au milieu de l’horreur
- et souvent, cet étonnement brutal quand la fin renverse tout
Car oui, Karine Giebel a un don : celui de retourner la lame au dernier moment, de renverser le point de vue, de vous faire reconsidérer ce que vous pensiez avoir compris. Et là, vous restez avec votre propre malaise, votre propre empathie, vos propres certitudes fissurées.
Les bonnes raisons de lire ce recueil :
- Parce que c’est du Karine Giebel dans ce qu’elle a de plus percutant
- Parce que les nouvelles sont d’une noirceur rare, sans concession
- Parce que les thèmes sont variés et profondément ancrés dans notre monde
- Parce qu’on passe par une palette d’émotions incroyable
- Parce que l’édition est sublime et mérite sa place en bibliothèque

En bref :
J’aime votre peur est un recueil qui ne caresse pas le lecteur dans le sens du poil.
C’est un livre qui cogne. Un livre qui blesse. Un livre qui révolte.
Mais c’est surtout un livre qui rappelle à quel point Karine Giebel écrit avec le cœur, même quand elle écrit le pire.
Je ne suis pas friande de nouvelles. Et pourtant, ce recueil m’a conquise. Parce qu’ici, il n’y a pas de frustration : chaque texte est un monde entier. Un impact. Un choc.
Un livre inoubliable. Et un rappel : Karine Giebel reste inégalable.
4ème de couverture :
La reine de la littérature noire vous présente ses plus belles nouvelles rassemblées dans un recueil à la fabrication ultra soignée.
Karine Giebel présente ici un recueil de 14 nouvelles: ses plus beaux textes, représentatifs de la diversité de son oeuvre.
Entre thriller, angoisse, mystère, romance et textes engagés.
Un univers constitué de personnages inoubliables en lutte contre le désespoir, la noirceur de l’âme humaine, les injustices sociales.
Des histoires de vie bouleversantes où les ténèbres côtoient la résilience, le courage, les plus belles preuves d’amour.
Un livre idéal pour découvrir ou redécouvrir l’une des plus grandes voix de la littérature noire contemporaine.
C’est la seule autrice pour qui je me lance dans un recueil de nouvelles les yeux bandés. Sinon je ne suis clairement pas une fan du genre.
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