Fauves – Mélissa Da Costa

« Le bien, le mal, tout ça, c’est des foutaises. Ça prend pas sur moi. On sauve sa peau, rien de plus. »

Fauves - Mélissa Da Costa
En librairie depuis le 7 janvier 2026 chez Albin Michel – 484 pages, 23.90€

Un roman noir, viscéral…

Il y a des autrices qu’on lit avec la certitude qu’elles ne nous décevront pas. Mélissa Da Costa fait partie de celles-là. Depuis que je l’ai découverte, je fonce tête baissée sur chacune de ses parutions, parce qu’elle a ce talent rare : celui de se renouveler à chaque roman, de changer de registre, de ton, d’ambiance… sans jamais perdre ce qui fait sa force. Cette petite pulsation humaine, ce fil émotionnel qui vous attrape le cœur sans prévenir. Elle représente absolument tout ce que j’aime dans la littérature. Elle propose des choses qui m’emportent, systématiquement. Une magicienne.

Avec Fauves, elle franchit encore une étape. Ici, pas de douceur tranquille ni de récit “consolateur” comme on en associe parfois, à tort, à son nom. Fauves est un roman noir. Un roman tendu. Charnel. Difficile. Et pourtant… d’une beauté renversante.

Dès les premières pages, j’ai été happée par l’univers du cirque itinérant dans les années 80. Un monde à part, un monde rude, où les apparences de spectacle cachent une réalité souvent bien plus sombre. Mélissa Da Costa nous embarque au plus près des odeurs, des bruits, de la poussière, de la sueur… et du danger. On ressent tout.

Le décor m’a énormément plu, justement parce qu’il n’est jamais romantisé. Il est montré dans ce qu’il a de fascinant, mais aussi de violent, d’épuisant. Pourtant, je ne suis absolument pas alignée avec le cirque et l’exploitation des animaux. Et c’est dans cette ambiance brute que Tony, dix-sept ans, débarque après avoir fui la violence paternelle. Il cherche un refuge mais est-il au bon endroit ?

Je dois le dire : ce roman a été une épreuve par moments. Pas dans le mauvais sens. Plutôt dans ce sens où l’on lit en ayant la gorge serrée. Car vivre avec cette troupe de circassiens, assister impuissante à la manière dont les fauves sont traités… c’est difficile pour la sensible que je suis. Mon petit cœur a eu beaucoup de mal avec cet aspect. Pourtant, c’est indispensable. Parce que c’est là que Mélissa Da Costa est brillante : elle ne cherche pas à édulcorer. Elle nous oblige à regarder. À ressentir. À comprendre.

Et surtout, elle construit un parallèle magistral.

Ce que j’ai trouvé saisissant, c’est la manière dont elle tisse un miroir entre l’humain et l’animal. Ici, les fauves ne sont pas juste des lions, des tigres ou des panthères. Les fauves, ce sont aussi les êtres humains quand la violence s’insinue dans leur vie, insidieusement, sournoisement, jusqu’à transformer ce qu’ils sont.

Et la violence, dans ce roman, n’a pas une seule forme. Elle se décline. Elle se camoufle. Elle peut être physique, psychologique, sociale, institutionnelle. Elle peut être criée ou silencieuse. Elle peut être héritée, reproduite, subie, infligée.

Le roman ne propose pas une liste, il ne moralise pas : il montre. Et il frappe juste.

Malgré la dureté de certains passages, j’ai dévoré ce livre. Parce qu’il est prenant, parce qu’il est tendu, parce qu’il y a cette sensation constante que quelque chose se prépare. On sent que la lumière n’est pas loin… mais on doute, on doute énormément. On se demande comment ce récit pourrait trouver une issue, comment ces personnages pourraient sortir de leur cage.

Et alors ce final…
À la hauteur du roman. Vraiment.

J’ai encore les poils de ma nuque qui se dressent quand j’y pense. Tout s’aligne. Tout résonne. Et ce n’est pas juste une fin “efficace” : c’est une fin qui fait sens, qui fait mal, qui fait du bien, qui laisse une trace. Mélissa Da Costa avait-elle besoin de ce livre pour prouver son talent ? Bien sûr que non. Mais si quelqu’un avait encore un doute, Fauves est le genre de roman qui le balaie d’un revers de main.

  • Pour découvrir (ou re-découvrir) Mélissa Da Costa dans un roman noir, viscéral et surprenant
  • Pour un décor de cirque fascinant et oppressant
  • Pour des personnages profondément humains et marquants
  • Pour le parallèle puissant entre l’animal et l’humain face à la violence
  • Pour un final intense, parfaitement à la hauteur du récit

Fauves est un roman beau, terrible, poignant. Une lecture difficile par moments, mais d’une intensité rare. Mélissa Da Costa y confirme ce que je pense d’elle depuis longtemps : elle est capable d’écrire dans tous les registres, de nous surprendre, et surtout… de nous faire ressentir.

Un roman qui ne se contente pas de raconter une histoire : il griffe.


« Je veux jouer avec le feu, trembler, sentir la morsure de la mort. Défier les instincts les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »
Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…
Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au cœur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

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