« Mais ces temps-ci, j’ai des difficultés à communiquer avec les gens. Je ne sais pas si cela tient à moi ou à eux, mais tout essai de conversation s’évanouit habituellement au bout d’une minute ou deux et des barrières s’élèvent. »

Lettre à Charlie (et un peu à toi aussi, Algernon)
Charlie,
Je ne sais pas trop par où commencer. Peut-être par un merci.
Un merci qui serre la gorge, qui reste coincé quelque part entre le cœur et les yeux. Tu as pris la plume pour nous raconter ton histoire, je me devais de prendre la mienne pour te remercier.
Je ne t’ai pas choisi, tu sais. C’est un livre que j’ai ouvert presque par hasard, dans le cadre de notre book club. Une lecture “du mois”, comme ça, sur une table, la toute première depuis que mes amies et moi nous sommes réunies autour d’une passion. Je ne savais pas que j’allais te rencontrer toi. Que j’allais entrer dans ta tête. Que j’allais ressortir un peu différente.
Au début, je t’ai regardé avec douceur. Ta naïveté, ton envie d’apprendre, ton désir immense d’être “comme les autres”. Tu ne voulais pas être un génie. Tu voulais qu’on t’aime. Qu’on te parle normalement. Qu’on arrête de rire quand tu ne comprends pas.
Et ça m’a brisé le cœur de réaliser que c’est souvent ça, le vrai problème : on mesure l’intelligence, mais on oublie la gentillesse. On valorise l’esprit, mais on néglige le regard qu’on pose sur l’autre.
Quand ton intelligence a commencé à grandir, j’ai été fascinée. Comme tout le monde. Ta soif de savoir, ta lucidité fulgurante, ta capacité à comprendre le monde… Mais très vite, j’ai senti que quelque chose se fissurait. Plus tu comprenais, plus tu souffrais. Plus tu voyais clair, plus la solitude devenait immense.
Et c’est là que ce livre m’a frappée de plein fouet.
Parce qu’il dit quelque chose de terrible et de vrai : l’intelligence sans amour, ça ne sauve personne.
Savoir tout, analyser tout, comprendre les autres… ça ne comble pas le vide si personne ne vous tient la main. Si personne ne vous voit vraiment.
Charlie, tu es devenu brillant, mais tu es resté vulnérable. Tu as découvert les blessures de ton passé, les moqueries, les trahisons. Tu as compris les gens, leurs failles, leurs hypocrisies. Mais tu avais encore besoin de tendresse, de patience, de chaleur humaine. Comme avant. Comme toujours.
Et toi aussi, Algernon.
Petite boule de poils dans ton labyrinthe, tu étais la première. Celle qui a ouvert la voie. Celle qui a montré que c’était possible. Ton destin silencieux, ton corps qui lâche, ta course qui ralentit… Tu es devenue le symbole de ce que personne ne voulait voir. La limite. La fragilité. L’illusion d’un progrès qui ne maîtrise pas tout.
À travers toi, Charlie a compris.
Et à travers vous deux, moi aussi.
Ce livre ne parle pas seulement de science ou d’intelligence. Il parle de dignité. De regard. De ce qu’on fait des plus fragiles. De la cruauté ordinaire, celle qui ne se voit pas toujours, celle qui se cache dans un rire, une expérience, un “c’est pour ton bien”.
Il rappelle que la valeur d’une personne ne se mesure ni en QI, ni en performance, ni en réussite. Elle se mesure dans sa capacité à ressentir, à aimer, à espérer. Et ça, Charlie, tu l’as toujours eu.
Avant. Pendant, même si tu ne le voyais pas. Après.
Je referme ton histoire le cœur lourd. Pas parce qu’elle est triste, même si elle l’est, mais parce qu’elle est profondément humaine. Parce qu’elle me rappelle qu’on peut devenir “plus” aux yeux du monde et se sentir pourtant infiniment seul.
J’ai lu ce livre dans le cadre de notre book club, presque sans m’y préparer. Et je crois que c’est l’une des lectures qui m’a le plus bouleversée ces derniers temps. Une lecture qui ne fait pas de bruit, mais qui reste longtemps, très longtemps.
Alors merci, Charlie.
Et n’oublie pas… s’il y a des fleurs quelque part, elles sont pour toi aussi.

En bref :
En refermant Des fleurs pour Algernon, je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement une belle lecture, mais une expérience. Un roman qui parle d’intelligence, oui, mais surtout d’humanité, de regard sur l’autre, de dignité, de solitude et de besoin d’amour. Un texte qui traverse les années sans rien perdre de sa force, et qui rappelle que comprendre le monde ne suffit pas toujours à y trouver sa place.
Merci à notre book club, je mesure la chance d’avoir croisé la route de Charlie à ce moment précis. C’est le genre d’histoire qui ne fait pas de bruit, qui ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais qui vous accompagne longtemps après la dernière page. Une lecture touchante, profonde, et sincèrement marquante. Je frôle le coup de cœur.
4ème de couverture :
Algernon est une souris dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l’intelligence. Enhardis par cette réussite, les savants tentent, avec l’assistance de la psychologue Alice Kinnian, d’appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d’esprit. C’est bientôt l’extraordinaire éveil de l’intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l’amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jour, les facultés supérieures d’Algernon commencent à décliner… Cette édition augmentée contient, en plus du roman, la nouvelle originale « Des fleurs pour Algernon », ainsi que l’essai autobiographique Algernon, Charlie et moi.