« Parce qu’ils pensaient comme des bêtes, ils croyaient que les bêtes pensaient comme des hommes. »

Un roman noir… vraiment noir
Il y a des polars qui enquêtent.
Et puis il y a ceux qui auscultent l’âme humaine.
Ici, pas de commissaire tourmenté ni de brigade suréquipée. Le cœur du récit se joue ailleurs, dans un lieu inattendu : un zoo familial, presque hors du monde. Un endroit clos, vivant, instinctif. Un territoire où les règles ne sont pas celles des hommes… et où, pourtant, la pire des violences humaines va se révéler.
Dès les premières pages, j’ai senti que je n’étais pas dans un thriller classique. On entre dans quelque chose de plus organique, plus viscéral. Un roman qui ne cherche pas à divertir, mais à remuer.
Bambi n’a rien d’un personnage de conte. Son quotidien, c’est la peur, l’humiliation, la survie. Le zoo devient pour elle un refuge, presque un espace de respiration, loin d’un environnement familial étouffant. Et c’est là qu’elle croise Noël Rivière, le directeur du parc, un homme taiseux, cabossé lui aussi, qui semble avoir trouvé dans les animaux une manière de comprendre le monde.
Leur relation est belle sans être naïve. Fragile. Presque silencieuse. On sent que chacun reconnaît chez l’autre une forme de solitude, de blessure ancienne.
Mais autour d’eux, une autre présence plane. Quelque chose, ou quelqu’un, qui observe, qui traque. Et le roman glisse alors vers une tension sourde, presque primitive.
L’animalité : instinct ou choix ?
Ce livre m’a marquée par la question qu’il pose sans relâche :
qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains… et qu’est-ce qui nous ramène à l’état de prédateur ?
À travers les animaux du zoo, l’autrice installe un miroir troublant. Les bêtes obéissent à l’instinct. Les humains, eux, ont la capacité de choisir. Et c’est précisément là que réside l’horreur.
La violence ici n’est pas gratuite. Elle est dérangeante parce qu’elle est ancrée dans des parcours de vie brisés, dans l’enfance abîmée, dans la misère sociale, dans l’absence totale de repères. On ne nous demande pas d’excuser. Mais de regarder en face.
La plume de Stéphanie Artarit est à l’image de son histoire : brute par moments, presque charnelle, puis soudain d’une poésie inattendue, surtout quand le regard passe du côté des animaux. Ces passages apportent une respiration étrange, presque lumineuse, au milieu de la noirceur. On ressent, on frissonne, on est mal à l’aise… mais on continue. Impossible de décrocher.
Les bonnes raisons de le lire :
- Pour un roman noir différent, sans enquête classique, mais avec une tension psychologique constante
- Pour la force des personnages, imparfaits, profondément humains
- Pour la réflexion passionnante sur la violence, l’instinct, l’enfance et la construction du mal
- Pour ce décor du zoo, à la fois refuge et arène
- Pour une écriture puissante, sensorielle, qui ose aller loin
À savoir avant de se lancer :
- Certaines scènes sont dures, vraiment dures
- L’ambiance est lourde, oppressante, il y a peu de lumière
- Ce n’est pas un thriller « divertissant », mais un texte qui bouscule

En bref :
On ne mange pas les cannibales est un roman qui laisse une trace. Pas forcément une lecture confortable, mais une lecture qui interroge, secoue et reste en tête longtemps après la dernière page.
Et cette question, qui continue de me hanter : qui est vraiment le plus dangereux… l’animal, ou l’homme ?
4ème de couverture :
Noël Rivière est le propriétaire d’un zoo familial du sud de la France. Sa vie froide et solitaire se trouve bouleversée lorsqu’il rencontre Bambi, une adolescente livrée à elle-même, qui s’introduit chaque jour dans le parc pour échapper à la misère de son quotidien et à la violence de son frère aîné. Touché par cette gamine farouche, Rivière décide de lui offrir un emploi, de l’aider, de la protéger. Jusqu’à sceller leurs destins.
Pour Noël et Bambi, un bonheur fragile semble à portée de main, mais le danger rôde. Alors que les humains l’ignorent, les animaux sentent la menace qui se rapproche. Ils reconnaissent l’odeur d’une bête qui n’appartient à aucune espèce. Un monstre imprévisible et cruel qui attend son heure pour bondir et tout saccager…