Ici – Johana Gustawson & Thomas Enger

« Alors que nous avons tous l’air tout à fait calmes en surface, nos pieds moulinent à toute vitesse sous l’eau. Lorsque vous observer un interlocuteur, ne vous contentez pas de regarder ce qui se passe au-dessus de la table, jetez aussi un œil en dessous. »

Ici - Johana Gustawson & Thomas Enger
En librairie depuis le 4 février 2026 chez Calmann Levy Noir – 600 pages, 22.50€

Un thriller psychologique qui joue avec nos nerfs

J’attendais ce roman avec une vraie impatience. D’abord parce que le résumé m’intriguait énormément, ensuite parce que j’aime beaucoup la plume de Johana Gustawson. Ici, elle écrit à quatre mains avec Thomas Enger… et le résultat est d’une fluidité impressionnante. Impossible de sentir une rupture, un changement de ton ou de rythme : tout est parfaitement homogène. C’est le genre de duo qui fonctionne au point qu’on oublie complètement qu’il y a deux auteurs derrière le texte.

Dès les premières pages, l’atmosphère est lourde, presque oppressante. On sent que quelque chose cloche, que tout n’est pas dit. Et très vite, le roman nous enferme dans un jeu de faux-semblants où chaque détail compte.

Ce qui m’a particulièrement séduite, c’est l’angle choisi pour mener l’enquête. On ne suit pas seulement des policiers, mais surtout Kari Voss, comportementaliste spécialisée dans le langage corporel. Son métier apporte une dimension vraiment passionnante au récit. Elle observe, analyse les gestes, les micro-réactions, les silences. Elle voit ce que les autres ne voient pas.

Cette approche psychologique donne une profondeur supplémentaire à l’intrigue. On n’est pas seulement dans le “qui a fait quoi”, mais dans le “qui cache quoi” et “pourquoi”. C’est fin, intelligent, et ça change des schémas classiques du thriller. Kari, en plus, n’est pas un personnage lisse. La disparition de son fils la hante encore, et cette blessure influence sa manière d’enquêter. Elle ne lâche rien, quitte à se mettre en danger ou à aller contre l’avis de tous. Je l’ai trouvée humaine, déterminée, parfois fragile, mais toujours crédible.

Les chapitres courts donnent un rythme très soutenu. On enchaîne les pages presque sans s’en rendre compte. Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est la façon dont les auteurs jouent avec nous.

On croit avoir compris. On pense tenir un suspect, un mobile, une explication… et quelques pages plus loin, tout s’effondre. Une nouvelle information arrive, une révélation change la donne, une attitude prend un autre sens. On tourne en rond, on revient sur nos certitudes, on doute. Exactement comme les personnages.

Le titre prend alors tout son sens : ici, tout le monde ment. Personne n’est totalement innocent, personne n’est totalement transparent. Cette atmosphère de suspicion permanente crée une tension qui ne retombe jamais.

Au-delà de l’intrigue, ce sont aussi les personnages qui font la force du roman. Ils ne sont pas là uniquement pour faire avancer l’histoire : ils portent leurs blessures, leurs secrets, leurs contradictions.

Kari est évidemment centrale, mais les figures autour d’elle sont tout aussi importantes. Parents, amis, proches des victimes… chacun semble cacher une part d’ombre. Cette complexité rend l’ensemble très réaliste et renforce l’aspect psychologique du thriller.

  • Une écriture à quatre mains parfaitement maîtrisée
  • Des chapitres courts et un rythme ultra efficace
  • Une héroïne forte et attachante
  • L’angle de la comportementaliste, original et fascinant
  • Une intrigue qui manipule le lecteur du début à la fin
  • Une tension psychologique constante

Ici est un thriller psychologique qui joue avec nos certitudes et nos nerfs. Une lecture tendue, intelligente, construite comme un puzzle dont chaque pièce finit par trouver sa place. Difficile à lâcher, et encore plus difficile à oublier une fois refermé.


Kari Voss, brillante comportementaliste spécialiste du langage corporel, travaille avec la police d’Oslo. Dévastée par la disparition de son fils sept ans plus tôt, elle s’est plongée dans sa vie professionnelle pour avancer.
 
Pourtant sa douleur est ravivée quand deux adolescentes sont assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord. Eva et Hedda étaient les meilleures amies du fils de Kari. Le suspect, Jesper, à l’époque un petit garçon timide, était le quatrième de leur bande. Il a avoué.
 
Par son métier, par son instinct, Kari est celle qui voit ce que les autres ne voient pas. Dans cette affaire, les parents, les amis, les voisins, les victimes même semblent avoir quelque chose à cacher. Malgré les preuves accablantes, Kari est persuadée que l’histoire est bien différente de la version officielle, et, seule contre tous, elle va tenter de le prouver.
 
Car ici, tout le monde ment…

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