« Il y a dans certaines sensibilités profondes une richesse troublante, il suffit qu’une corde frémisse, sans raison apparente, pour que montent les larmes. Plus précisément, celui qu’on dit « hypersensible » perçoit une intensité, une densité des sens qui échappe aux regards ordinaires. »

Une atmosphère avant tout
Le chat du jardinier est un roman relativement court, délicat, presque suspendu, qui s’apparente davantage à une fable contemporaine qu’à un récit à intrigue.
On y suit Louis, jardinier solitaire en Provence, profondément enraciné dans la nature et dans ses silences. Sa vie, déjà discrète, se fissure lorsqu’il apprend que son chaton est malade. Autour de lui gravite Thalie, voisine fantasque fraichement débarquée, professeure de lettres à la retraite, qui l’invite à faire entrer la poésie dans son quotidien, littéralement, en la déclamant aux arbres, aux plantes, au vivant.
C’est avant tout une histoire d’atmosphère. Tout y est sensoriel : la terre, les saisons, le vent, la présence animale. Le temps semble s’étirer, ralentir, comme si le livre lui-même nous demandait de lever le pied. On ne lit pas Le chat du jardinier pour savoir ce qu’il va se passer, mais pour ressentir ce qui se joue, à bas bruit.
L’écriture est poétique mais accessible, jamais prétentieuse. Elle épouse parfaitement ce rythme lent, contemplatif, presque méditatif. C’est un texte qui invite à respirer, à observer, à écouter, à se reconnecter à quelque chose de simple et d’essentiel.
Le chat, cœur silencieux du roman
Ce qui m’a le plus touchée, sans hésitation, c’est la place accordée au chat, si vous avez l’habitude de me lire, vous ne devez guère être surpris par ça. Il n’est pas représenté comme un simple animal de compagnie, mais comme une présence pleine, attentive, presque philosophique. Son regard sur le monde, sur Louis, sur le temps qui passe, apporte une forme de sagesse tranquille, très juste.
L’histoire autour de ce petit chat m’a profondément emportée. Il incarne cette capacité qu’ont les animaux à nous ramener à l’essentiel, sans discours, sans détour, sans faux-semblant. C’est là que le roman m’a semblé le plus fort et le plus sincère.
La poésie est omniprésente dans le texte, à travers de nombreuses citations et références à de grands auteurs. Si l’intention est belle :transmettre, partager, faire dialoguer les mots avec le vivant, cet aspect a parfois freiné mon rythme de lecture. Les citations, très nombreuses, ont haché ma progression et m’ont tenue un peu à distance.
Louis, personnage taiseux et profondément humain, est extrêmement touchant. Thalie, en revanche, m’a laissée plus mitigée. Fantasque, lumineuse, peut-être un peu trop pour moi. Une question de sensibilité, sans doute.
Les bonnes raisons de lire Le chat du jardinier :
- Une écriture douce et sensorielle, qui fait la part belle à la nature, aux silences et aux émotions simples
- Une très belle place accordée au chat, présence discrète mais essentielle, presque philosophique
- Un roman contemplatif qui invite à ralentir, à respirer, à savourer chaque page
- Des thèmes universels abordés avec pudeur : le deuil, la transmission, le temps qui passe, la sensibilité
- Un court roman idéal à lire au calme, avec un thé, pour une parenthèse hors du temps
Les petites réserves, me concernant :
- Un rythme lent (très lent), sans véritable intrigue : ici, l’atmosphère prime largement sur l’action
- De très nombreuses citations et références poétiques, qui peuvent casser le rythme de lecture
- Un personnage (Thalie) parfois un peu trop fantasque selon les sensibilités
- Un texte qui parlera surtout aux amoureux de poésie ou aux lecteurs très sensibles à ce genre

En bref :
Le chat du jardinier est un roman que je qualifierais de doux et singulier. Il trouvera sans aucun doute son public : les amoureux de textes contemplatifs, de nature writing, de poésie, ou simplement les lecteurs sensibles à ce type de propositions littéraires. Pour ma part, ce ne sera ni un coup de cœur, ni une déception. Une lecture honnête, délicate, touchante par endroits, notamment grâce à l’histoire du chat, mais qui ne restera pas parmi mes lectures les plus marquantes. Mon faible appétit pour la poésie, malgré un parcours scolaire littéraire, explique sans doute cette distance.
Cela reste toutefois un livre à lire lentement, dans le calme, avec un thé… et un chat pas trop loin.
4ème de couverture :
« La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie. »
Une tempête vient de ravager l’arrière-pays provençal. Louis, jardinier hypersensible, ne parvient plus à faire face aux épreuves qui s’accumulent et plonge dans une souffrance muette. Il va alors faire la connaissance d’une femme extraordinaire.
Thalie, professeure de français fraîchement retraitée, à la fantaisie solaire et communicative, va lui proposer un pacte : Louis soignera les oliviers et les lauriers-roses de son domaine voisin dévasté tandis qu’elle l’initiera aux pouvoirs de la poésie.
De Sappho à Hugo et Rimbaud, de Pessoa à Neruda, un hymne aux mots des plus grands poètes, à l’amitié et à la vie.