Le roi du silence – Claire Favan

« Elle coule à pic et plus rien, à part elle, ne peut la sauver. Et pour le moment, elle n’a pas trouvé la volonté de le faire. »

Le Roi du silence - Claire Favan
En librairie depuis le 6 mars 2024 chez Harper Collins – 368 pages, 20.90€

Le roi du silence – Claire Favan : chronique d’un thriller psychologique sombre et dérangeant

Et si une simple erreur d’adolescent pouvait déclencher une spirale impossible à arrêter ? Avec Le roi du silence, Claire Favan signe un thriller psychologique sombre et dérangeant, où le poids du silence devient plus dangereux que la vérité.

Mes chers lecteurs et lectrices de Black-Books, je ne vais tout de même pas vous présenter Claire Favan, n’est-ce pas ? Voilà un petit moment que je n’avais pas ouvert un de ses romans, ça m’avait manqué.

Avec Le Roi du Silence, dès les premières pages, il y a cette sensation étrange, presque insidieuse, que quelque chose ne tourne pas rond. Pas besoin d’en faire trop, pas besoin de scènes spectaculaires : tout repose sur une tension qui s’installe progressivement, mais sûrement. On reconnaît rapidement la fameuse patte de l’autrice, quel plaisir.

Et surtout, il y a ce point de départ qui glace. Une « bêtise », une impulsion, un geste irréfléchi… qui va tout faire basculer. Ce genre de situation qui, en y réfléchissant, pourrait presque arriver. Et c’est peut-être ça le plus dérangeant. On saute dans le grand bain, c’est parti ! À partir de là, on entre dans une spirale dont on sent immédiatement qu’elle ne pourra que mal se terminer.

Ce que j’ai trouvé particulièrement fort, une fois de plus, c’est la manière dont Claire Favan construit son histoire. On n’est pas dans un suspense classique où l’on cherche à découvrir la vérité. Ici, la tension ne repose pas tant sur le « quoi » que sur le « jusqu’où ». On démarre alors que les personnages sont enfants et on assite à la dégringolade…

Jusqu’où Alex et Jules vont-ils aller pour préserver leur silence ? Jusqu’où peut-on s’enfoncer quand on refuse d’affronter ce qu’on a fait ? Il y a quelque chose de profondément étouffant dans cette mécanique. Une impression que chaque décision, chaque non-dit, chaque fuite ne fait qu’aggraver la situation. Et plus on avance, plus cette sensation se renforce. Comme si tout devenait inévitable…

C’est l’un des points qui m’a le plus marquée : je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages… mais je n’ai pas réussi à les quitter non plus.

Jules m’a profondément dérangée. Il y a chez lui une évolution froide, presque inquiétante, qui met mal à l’aise sans jamais être caricaturale. On sent quelque chose qui bascule, lentement, mais sûrement.

Alex, de son côté, m’a laissée avec un sentiment beaucoup plus ambivalent. On perçoit ses failles, ses contradictions, mais sans jamais pouvoir totalement les accepter. C’est un personnage qui questionne, qu’on ne comprend pas vraiment.

Et puis il y a Corinne. Son parcours apporte une autre dimension au récit. Plus réaliste, plus ancrée, presque frustrante aussi. Elle incarne cette lutte contre un système, contre des évidences qu’on voit sans pouvoir les prouver. Et cette impuissance, je l’ai trouvée particulièrement forte. Objectivement, j’aurais lâcher si j’avais été à sa place. Parfois, celui qui réussi, c’est celui qui abandonne…

Ce trio fonctionne extrêmement bien. Pas parce qu’il est attachant, mais parce qu’il est crédible, dérangeant, profondément humain dans ses failles.

Je ne vais pas dire que j’ai « aimé » cette lecture au sens léger du terme. C’est un livre qui pèse. Qui met mal à l’aise. Qui dérange. Mais en même temps, impossible de le lâcher. On pourrait dire que c’est la définition même de chaque œuvre de Claire Favan, objectivement.

Je me suis surprise à vouloir avancer, encore et encore, malgré cette sensation d’inconfort. Parce qu’il y a quelque chose de fascinant dans cette descente. Une forme de curiosité presque malsaine : jusqu’où ça va aller ?

Et c’est là que le roman est particulièrement réussi. Parce qu’il ne cherche jamais à adoucir. Il assume pleinement son côté sombre.

Et le final dans tout ça ? Je ne dirai rien sur la fin, évidemment.

Mais elle m’a laissée avec un sentiment assez particulier. Pas forcément celui que j’attendais, et surtout pas celui qu’on espère parfois en refermant un thriller. Il y a quelque chose de réaliste, presque brutal, dans la manière dont tout se termine. Et même après avoir refermé le livre alors qu’il n’était pas encore 6h du matin, j’y ai repensé durant des heures.

  • Une intrigue psychologique maîtrisée et percutante
  • Une tension constante qui ne retombe jamais
  • Des personnages complexes, crédibles et dérangeants
  • Une lecture immersive et difficile à lâcher
  • Un thriller qui sort des schémas habituels

Le roi du silence n’est pas une lecture confortable.

C’est un roman qui dérange, qui met face à des choix, à des mécanismes humains qu’on préférerait parfois ne pas regarder de trop près.

Mais c’est aussi ce qui le rend aussi marquant.

Et même si je ne dirais pas que j’ai “pris du plaisir” au sens classique… je sais que c’est un livre que je ne vais pas oublier.


Il y a Alex, orphelin de mère et fils de flic. Et puis il y a Jules, élevé par une femme seule auprès de sa sœur handicapée. Deux cousins unis par un lourd secret. À moins de quinze ans, ils portent deux morts sur la conscience  : celles d’une jeune conductrice et de son bébé. Un coupable  : Jules. Mais, parce qu’il l’a bêtement poussé à commettre l’irréparable, Alex s’est mis en tête de le protéger. Alors, quand deux ans plus tard, au cours d’une soirée alcoolisée, les deux garçons se retrouvent avec le cadavre d’une camarade de lycée sur les bras, c’est au père d’Alex de faire disparaître les preuves. Une décision qui lui coûtera cher.
Dans cette trajectoire inéluctable vers le crime, un nouveau drame survient, et l’un des deux cousins est envoyé en prison. Qu’est-ce qui pousse ce gamin à se laisser accuser en préférant le silence  ? C’est ce que va tenter d’éclaircir la capitaine de police Corinne Amboise, bien déterminée à mener ce qui se révélera une suffocante chasse à l’homme. 

Laisser un commentaire