La mémoire de l’eau – Miranda Cowley Heller

« J’ai fait mon choix : renoncer à cet amour qui bat, douloureux, pour un amour d’un autre genre. Un amour patient. Un amour solide. Mais la souffrance est là, aiguë. »

Note : 4 sur 5.
En librairie depuis le 18 août 2022 chez Les Presses de la Cité – 528 pages, 23€ (existe en format poche)

Cinquante ans de la vie d’une femme au bord du précipice. Vingt-quatre heures pour prendre une décision qui changera sa vie pour toujours…

Un matin d’août. Tout le monde dort encore dans la maison familiale nichée au milieu des bois. Ellie se glisse dans l’eau froide de l’étang voisin. C’est ici, au cap Cod, que sa famille passe l’été depuis des générations. Mais ce matin est différent. La veille, Ellie et Jonas, son ami d’enfance, se sont échappés quelques instants pour faire l’amour.
Dans les heures à venir, Ellie va devoir choisir entre ce qu’elle a construit avec l’époux qu’elle chérit, Peter, et l’histoire qu’elle a longtemps désirée avec Jonas, avant que le sort en décide autrement.
Vingt-quatre heures et cinquante ans de la vie d’une femme au bord du précipice. Durant cette journée de doute mêlant bonheurs et regrets, Ellie sera rattrapée par l’héritage familial, tissé de tragédies intimes et de secrets.

Voilà un livre qui se lit avec lenteur pour laisser le temps à toutes les émotions de s’installer, de prendre place. La mémoire de l’eau est une histoire de famille, de secrets, de traumatismes, de deuil, d’amour… C’est tout ça à la fois et si au début, je ne voyais pas du tout où ça allait me mener, j’ai finalement été emportée auprès d’Ellie et de son histoire. Pour comprendre son présent et prendre une décision : celle du cœur ou celle de la raison, Ellie n’a d’autre choix que de se replonger dans ses réminiscences.

L’autrice nous offre un roman ancré dans le présent et pourtant, de très nombreux retour dans le passé viennent ponctuer cette journée de vacances au Cap Cod. Petit à petit, nous sommes amenés à découvrir une Amérique différente et une famille un peu bancale. D’un côté nous avons le portrait d’une mère assez égoïste, qui fuit les sujets importants et évite toute réalité. De l’autre, un père absent, plein de bonnes intentions et de promesses qu’il ne tient jamais. Le couple ne résiste pas, Ellie et sa sœur sont ballotées de maison en maison, supportant (ou pas) les pièces rapportées de leurs parents. Tout part de là… Puis vient Jonas, qui marquera la vie d’Ellie à jamais.

Alors qu’Ellie se baigne dans l’étang près de la maison de famille, l’eau vient remuer son passé. Comme un fil conducteur, un déclencheur, elle vient remonter à la surface une multitude de souvenirs, souvent plus douloureux que l’inverse. Les retours en arrières sont nombreux Puisque ce sont eux qui guide le roman. J’ai adoré ces sauts dans le temps qui donne une véritable profondeur à ce roman. Très fort, il aborde des sujets si importants et difficiles que souvent, j’ai eu un sentiment d’oppression, de gravité. Ce n’est nullement une lecture légère, elle est davantage dramatique et poétique.

La plume de Miranda Cowley Heller est percutante, franche. Elle ne se cache pas derrières ses mots pour exposer tous les maux. Elle ponctue son récit de dialogues pertinents, indispensables pour permettre au lecteur de s’attacher aux personnages. Il y a Ellie et Jonas il y a Ellie et Peter. Deux amours complétement différents et pourtant pas moins important l’un de l’autre. Difficile de choisir, difficile d’apprécier un homme plus que l’autre, l’autrice de nous simplifie pas la tâche. Là est toute la complexité de ce roman.

Avec un an de retard sur la rentrée littéraire, je me suis enfin décidée à sortir ce livre de ma pile à lire. J’ai réellement passé un moment hors du temps, puissant. C’est une histoire d’amour comme jamais j’ai pu lire. C’est dramatique, difficile. C’est un premier roman qui donne le ton, il est parfaitement maitrisé, n’offre aucune longueur mais des tas d’émotions. C’était beau, je recommande.

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