Son odeur après la pluie – Cédric Sapin-Defour

« Il faut pleurer me disait ma grand-mère, les larmes du dedans font autrement plus mal et pourrissent les os. »

Note : 4.5 sur 5.
En librairie depuis le 29 mars 2023 chez les éditions Stock – 286 pages, 20.90€

Ubac, c’est son nom (la recherche du juste nom est à elle seule une aventure), n’est pas le personnage central de ce livre, Cédric Sapin-Defour, son maître, encore moins. D’ailleurs, il ne veut pas qu’on le considère comme un maître. Le héros, c’est leur lien. Ce lien unique, évident et, pour qui l’a exploré, surpassant tellement d’autres relations. Ce lien illisible et inutile pour ceux à qui la compagnie des chiens n’évoque rien. Au gré de treize années de vie commune, le lecteur est invité à tanguer entre la conviction des uns et l’incompréhension voire la répulsion des autres  ; mais nul besoin d’être un homme à chiens pour être pris par cette histoire car si pareil échange est inimitable, il est tout autant universel. Certaines pages, Ubac pue le chien, les suivantes, on oublie qu’il en est un et l’on observe ces deux êtres s’aimant tout simplement.

C’est bien d’amour dont il est question. Un amour incertain, sans réponse mais qui, se passant de mots, nous tient en haleine. C’est bien de vie dont il est question. Une vie intense, inquiète et rieuse où tout va plus vite et qu’il s’agit de retenir. C’est bien de mort dont il est question. Cette chose dont on ne voudrait pas mais qui donne à l’existence toute sa substance. Et ce fichu manque. Ces griffes que l’on croit entendre sur le plancher et cette odeur, malgré la pluie, à jamais disparue.

Il s’appelle Leica, il a 8 ans et c’est notre samouraï, le trait d’union de notre foyer, l’indispensable, notre compagnon, notre ami. Sans jamais perdre de vue sa condition d’animal, de chien, il a pourtant une place à part entière dans notre famille. Il est une partie de nous et sûrement, nous sommes une partie de lui, j’ose en tout cas l’espérer. Il apporte cette lumière qui, il y a 8 ans, manquait à ma vie. Il est cet amour et cette loyauté sans faille que je n’avais jamais osé imaginer avant.

Chaque année nous fêtons son anniversaire, nous fêtons Noël ensemble. Il le sait, il devine même quel est le cadeau qui lui sera offert sous le sapin. Ses yeux brillent d’excitation lorsqu’il comprend que c’est le moment, celui où je prendrais ma voix d’amour dégoulinant pour l’ouverture de son présent. Il est comme ça notre Leica, il déborde d’émotions, c’est un sensible, un analyste, un primitif. Il est peut-être plus difficile que d’autres races de chiens. Son côté sauvage qui ressort sans crier gare, on le sait, on l’accepte, d’égal à égal, dans le respect de l’autre, toujours.

Son odeur après la pluie n’est pas des plus agréables, elle embaume la maison tout comme nos mains et nos narines mais c’est son odeur et j’ai bien conscience que quand elle aura disparu, elle me manquera plus que les mots ne peuvent le dire. Cédric Sapin-Defour a ouvert un gouffre béant au fond de mon cœur, me rappelant brutalement avec sa plume pure et dure que non, mon compagnon de vie n’est pas immortel, que la plus grande partie de sa vie est déjà derrière lui, derrière nous. Bon sang que j’ai mal.

Il me rappelle aussi, comme si cela était nécessaire, que chaque minute passée ensemble est une bénédiction. Son histoire, leur histoire, avec Ubac, c’est celle d’une amitié et d’un amour inconditionnel que deux êtres peuvent se porter. C’est un roman incroyable, rempli de sincérité, d’introspection et de vérités. J’ai été bouleversée, secouée, apeurée. Parce que la relation entre un chien et un humain n’est pas simplement réduite à de la compagnie. Nous avons une responsabilité énorme sur nos épaules pour rendre heureux ce petit être à poils. Nous nous devons d’être à la hauteur. Nous avons une vie, un travail, une famille, des amis mais lui, il n’a que nous. Nous sommes son monde, rendez-vous compte de l’importance de tout ça.

Ce livre est une ode à l’amour, au partage. J’ai le cœur gonflé, sans savoir si c’est de désespoir ou de reconnaissance. Un peu des deux sûrement. L’histoire de Cédric et Ubac, puis de Mathilde, Ubac, Cordée et Frison est transposable à toutes les personnes qui éprouvent un respect sans limite pour leur compagnon de vie. C’est une histoire sincère, forte, violente dans les émotions. Les décors me sont si familiers, mes parents habitant à Chambéry, que je les visualisais sans difficultés, rendant l’ensemble du récit encore plus palpable.

J’ai du mal à écrire cette chronique tant je me retrouve dans les mots de l’auteur et dans l’amour inconditionnel qu’il porte à son chien. C’est peut-être pour ça que je parle davantage de mon chien que du roman. J’ai peur, j’appréhende. Mais surtout, je profite et je chérie tous les moments passés avec Leica, quels qu’ils soient. Chaque minute compte, chacune réserve son lots de souvenirs. Au moment où j’écris ces lignes, Leica dort et doit peut-être rêver qu’il est en train de galoper quelques part dans la nature puisque ses pattes s’agitent et il gémit. J’ai les larmes aux yeux et le cœur qui déborde d’amour et de reconnaissance de l’avoir dans ma vie. Lisez ce livre, laissez vous envahir par ces émotions aussi terribles que nécessaires.

Mon amour de Leica

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