Pour ne rien regretter – Henri Loevenbruck

« Du coup, je me suis dit qu’au fond c’était pas si mal de vieillir, parce que quand on est jeune, on connaît pas encore le goût de la mélancolie, ce machin doux-amer qui nous rend heureux d’être triste. »

Note : 5 sur 5.
Pour ne rien regretter - Henri Lœvenbruck
En librairie depuis le 17 octobre 2024 chez XO Éditions – 336 pages, 21.90€

Coup de cœur

Lorsque j’ai refermé Nous rêvions juste de liberté, deux fois puisque je l’ai lu puis relu, ce roman dont la force émotionnelle m’avait marquée à vie, j’étais emplie de cet étrange sentiment : l’envie de retrouver cette étincelle, cette flamme qui brûlait chez Bohem, le protagoniste inoubliable d’Henri Loevenbruck. Alors, quand j’ai appris que Pour ne rien regretter sortait, une « suite indirecte » selon les mots de l’auteur lui-même, je n’ai pas hésité. L’excitation, l’appréhension, la peur même d’être à nouveau bouleversée ou déçue… tout était là. Et dès les premières pages, j’ai senti que ce roman allait lui aussi toucher des cordes sensibles, bien qu’il le fasse d’une manière plus douce, plus lente. Ici, nous découvrons Véra, une jeune fille écorchée mais tenace, prête à tout pour défendre les valeurs qui lui sont chères : la liberté, l’écologie, la loyauté envers les siens. Pour ne rien regretter est un hymne à cette terre qui saigne et aux âmes qui se battent pour elle. Véra souffre d’introversion, comprenez un léger trouble autistique qui la rend singulière, presque magique tant elle est touchante.

L’écriture de l’auteur est reconnaissable entre mille : un style à la fois poétique et profondément accessible, qui parvient à transmettre des émotions puissantes sans jamais en faire trop. Dans Pour ne rien regretter, cette plume si caractéristique se retrouve avec tout autant de force, pour mon plus grand plaisir. Henri Loevenbruck réussit à rendre chaque scène vivante, chaque pensée de Véra palpable, comme si elle nous parlait directement, ce qu’elle fait, dans un certain sens. Ce talent d’écriture renforce instantanément notre attachement pour elle, cette narratrice singulière, qui dévoile ses doutes, ses espoirs, et sa douleur avec une sincérité brute. On est happé par cette voix fragile mais pleine de conviction, qui fait de Véra une héroïne inoubliable.

« Je m’appelle Véra et je voulais vous parler du bruit de la pluie sur la tôle ondulée, qui fait drôlement de peine, comme bon souvenir. »

Cette phrase du livre résonne comme un murmure, une invitation à pénétrer dans le monde intérieur de Véra, dans ce lieu où chaque bruit, chaque odeur, chaque instant semble inscrit dans sa mémoire.

À Providence, cette ville qui semble figée dans le temps, Véra devient peu à peu une voix de révolte et d’espérance. Elle incarne une génération qui refuse de détourner le regard, même face à l’adversité, même quand tout semble perdu. C’est une héroïne contemporaine, à la fois fragile et forte, une fleur qui pousse sur les ruines, nourrie par la colère mais aussi par un amour inconditionnel pour sa terre. Henri Loevenbruck a ce talent inouï de donner vie à des personnages que l’on n’oublie pas, et Véra en est l’exemple parfait.

L’écologie, dans Pour ne rien regretter, n’est pas qu’un simple thème de fond : elle est le socle même de l’histoire. Véra et les siens luttent contre les forces destructrices qui pèsent sur leur communauté et sur leur environnement. Cette lutte symbolise une résistance bien plus vaste, une quête de liberté face à un monde moderne qui cherche à tout régenter, à tout soumettre. La nature, chez Henri Loevenbruck, n’est pas seulement un cadre mais une force, un personnage à part entière.

La liberté, quant à elle, imprègne chaque page. Celle de choisir, celle de résister, celle de dire « non » quand le monde entier vous dit « oui ». Véra incarne ce désir farouche de ne pas plier, de vivre selon ses propres valeurs, quitte à risquer gros. C’est ce combat entre le courage et la résignation qui rend le livre aussi captivant.

Retrouver Freddy dans Pour ne rien regretter est comme retrouver un vieil ami, dont la présence réchauffe mais qui nous rappelle aussi d’anciennes blessures. Freddy est là, non pas comme le personnage principal, mais comme une flamme persistante, un rappel de ce que signifie vraiment la liberté. Ses apparitions font écho à Nous rêvions juste de liberté, et l’auteur, avec une sensibilité unique, nous offre la chance de clore un chapitre tout en ouvrant un autre.

Henri Loevenbruck m’avait confié, lors de l’une de nos rencontres, que ce roman permettait de faire son deuil du premier. J’ai compris pourquoi en atteignant les dernières pages. Pour ne rien regretter n’a pas la même intensité émotionnelle que Nous rêvions juste de liberté — il est moins impétueux — mais il n’en est pas moins touchant. C’est un livre qui prend son temps, qui s’infiltre lentement dans le cœur du lecteur, qui laisse des traces sans fracas mais avec une profondeur immense.

Ce livre est une ode à la terre, aux combats silencieux mais nécessaires, aux personnes qui choisissent de se battre même lorsque tout semble perdu. Henri Loevenbruck nous invite à réfléchir, à sentir, à écouter cette voix intérieure qui murmure que, même face aux géants, on peut se lever et résister.

Si vous avez aimé Nous rêvions juste de liberté, préparez-vous à vivre une expérience différente mais tout de même marquante. Car Véra et son combat vous toucheront, vous inspireront et, qui sait, peut-être vous donneront-ils envie, vous aussi, de ne rien regretter.


À Providence, petite ville perdue dans le grand nulle part, une voix s’élève doucement au milieu du silence. Une voix différente. La voix de Véra. Peu à peu, cette jeune fille écorchée va devenir un symbole de résistance face aux injustices du monde moderne. À la force du cœur et par amour de sa terre, elle va entraîner les siens dans l’ultime combat de David contre Goliath. Parce que, même sur les ruines d’une terre dévastée, il est des fleurs fragiles que rien ne peut empêcher d’éclore.

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