« Qu’y a-t-il donc à craindre, en vérité, quand la mort est la seule certitude ? »

Deux époques, des destins étroitement liés
J’avais beaucoup aimé Les Sorcières du phare et je me réjouissais de retrouver C. J. Cooke avec Le Livre des sorcières. Son précédent roman m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère particulière, de secrets profondément enfouis et d’une plume capable de nous entraîner dans des histoires où le passé n’est jamais tout à fait révolu. J’espérais retrouver ce plaisir de lecture et je n’ai pas été déçue. L’autrice nous propose cette fois une histoire fascinante, parfois difficile à lire tant elle est cruelle, mais dont j’ai aimé découvrir chaque facette.
En 1594, dans l’archipel des Orcades, en Écosse, Alison Balfour mène une existence relativement paisible auprès de sa famille. Guérisseuse reconnue pour ses connaissances, elle voit pourtant sa vie basculer lorsqu’elle est accusée de sorcellerie. Plusieurs siècles plus tard, Clem tente de comprendre ce qui est arrivé à sa fille Erin, retrouvée grièvement brûlée sur une plage de ces mêmes îles. Depuis son accident, la jeune femme semble avoir changé et certaines de ses paroles soulèvent des questions auxquelles sa mère ne trouve aucune réponse.
Ces deux histoires se construisent en parallèle et, pendant une bonne partie du roman, on cherche à comprendre ce qui peut bien les relier. C’est l’un des aspects que j’ai particulièrement appréciés, car C. J. Cooke prend le temps de nous familiariser avec chacune de ces femmes avant de dévoiler progressivement les liens qui les unissent.
J’aime cette façon qu’a l’autrice d’intégrer une intrigue contemporaine à un récit historique. Les passages consacrés à Clem et Erin apportent une autre dynamique, tandis que ceux d’Alison nous plongent dans une époque dont on connaît les atrocités, mais dont les détails restent toujours aussi difficiles à accepter.
Alison Balfour, victime d’une justice qui n’en avait que le nom
J’ai toujours été attirée par les romans qui abordent les chasses aux sorcières, autant pour leur dimension historique que pour les questions qu’ils soulèvent sur la place des femmes dans la société. Avec Le Livre des sorcières, cette fascination s’est accompagnée d’une profonde révolte.
C. J. Cooke s’inspire notamment du destin réel d’Alison Balfour, accusée de sorcellerie dans les Orcades à la fin du XVIe siècle. À travers son personnage, elle nous confronte à une époque où les connaissances d’une femme pouvaient devenir une menace, où les jalousies suffisaient à alimenter les soupçons et où les accusations étaient bien souvent plus importantes que les faits.
Les chapitres consacrés à Alison sont particulièrement marquants. On assiste à l’engrenage qui se referme sur elle, à cette succession d’accusations contre lesquelles elle ne peut pratiquement rien. Ce qui m’a le plus révoltée, au-delà de la violence des traitements infligés, c’est l’impunité de ceux qui les ordonnent. Sous couvert de religion et de justice, des hommes pouvaient décider du sort d’une femme, la priver de toute possibilité de se défendre et considérer leur propre cruauté comme parfaitement légitime.
Il est difficile de lire ces passages sans penser à toutes celles qui ont réellement subi ces persécutions. La fiction prend alors une dimension bien différente, car on sait que les souffrances décrites ne sont pas simplement le fruit de l’imagination de l’autrice. Cette proximité avec l’histoire donne au destin d’Alison une force qui m’a profondément touchée.
Des mères confrontées à l’impensable
Je ne m’attendais pas à ce que la maternité occupe une place aussi importante dans le roman, mais elle apporte beaucoup à l’histoire et à la manière dont les deux temporalités se répondent.
Alison et Clem vivent dans des mondes radicalement différents, avec des dangers qui n’ont rien de comparable, mais elles partagent cette peur de ne pas pouvoir protéger leurs enfants. L’une doit affronter une société qui lui refuse jusqu’au droit de se défendre, tandis que l’autre cherche désespérément à comprendre ce qui est arrivé à sa fille et ce qui semble désormais lui échapper.
J’ai aimé que C. J. Cooke donne autant d’importance à ces liens familiaux. Ils rendent les personnages plus proches de nous et donnent une autre portée aux événements, au-delà des mystères et des manifestations surnaturelles. Derrière chaque décision, chaque tentative pour comprendre ou résister, il y a des femmes qui essaient avant tout de préserver leur famille.
Le charme inquiétant de la plume de C. J. Cooke
L’un des grands plaisirs de cette lecture a été de retrouver l’atmosphère que l’autrice sait si bien installer. Les Orcades, avec leurs paysages sauvages, leur isolement et leurs légendes, offrent un cadre particulièrement adapté à une histoire de sorcellerie. On imagine facilement ces terres battues par les vents, ces lieux chargés de souvenirs et ces croyances qui semblent avoir traversé les siècles sans jamais disparaître complètement.
C. J. Cooke parvient à entretenir une inquiétude presque permanente, sans pour autant multiplier les effets spectaculaires. Elle laisse les questions s’installer, joue avec ce qui pourrait relever du surnaturel et nous pousse à chercher des explications aux événements qui se déroulent sous nos yeux.
J’ai aussi apprécié la place accordée à l’histoire et au folklore, qui ne servent pas uniquement de décor. Ils nourrissent véritablement l’intrigue et permettent à l’autrice d’aborder des sujets bien plus sombres que ne le laisse supposer, à première vue, un roman consacré aux sorcières.
Même si Le Livre des sorcières est différent des Sorcières du phare, j’y ai retrouvé ce qui m’avait donné envie de poursuivre ma découverte de C. J. Cooke : cette curiosité qui nous accompagne tout au long du récit et ce plaisir de se laisser entraîner dans une histoire dont on ne sait jamais exactement quelle direction elle va prendre. J’ai d’ailleurs préféré ce roman.
Les bonnes raisons de lire Le Livre des sorcières :
- Pour découvrir une histoire qui mêle habilement les chasses aux sorcières du XVIe siècle à une intrigue contemporaine.
- Pour le destin bouleversant d’Alison Balfour, inspiré de faits historiques.
- Pour l’atmosphère des Orcades, entre paysages sauvages, croyances anciennes et mystères.
- Pour les questions soulevées autour des persécutions, des abus de pouvoir et de la condition féminine.
- Pour la place accordée à la maternité et aux liens qui unissent les personnages.
- Pour retrouver la plume de C. J. Cooke, particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de faire naître l’inquiétude et d’entretenir le suspense.

Pour conclure :
J’ai pris un grand plaisir à lire Le Livre des sorcières, autant pour le mystère qui entoure ses personnages que pour la période historique qu’il nous fait découvrir. J’ai retrouvé avec bonheur la plume de C. J. Cooke, mais ce sont surtout les chapitres consacrés à Alison qui resteront dans ma mémoire. Ils m’ont rappelé à quel point les récits de sorcières peuvent être passionnants lorsqu’ils nous invitent à regarder au-delà des légendes pour nous intéresser aux femmes qui en ont été les victimes.
Entre fascination pour les croyances anciennes, colère face aux injustices et envie de comprendre ce qui relie les deux époques, cette lecture m’a fait passer par des émotions très différentes. Et c’est sans doute ce que j’apprécie le plus chez C. J. Cooke : elle sait nous captiver avec ses mystères tout en nous racontant des histoires humaines qui ne nous laissent pas indifférents.
4ème de couverture :
Quatre siècles les séparent, mais un livre maudit les unit.En 1594, sur les îles Orcades, Alison Balfour est accusée de sorcellerie. Dans quelques heures, elle sera brûlée vive…Plus de quatre cents ans plus tard, Clem accourt au chevet de sa fille, Erin, hospitalisée après avoir été retrouvée sur la plage de Fynhallow Bay, aux Orcades. Le corps calciné de son petit-ami a été découvert à ses côtés, sa meilleure amie a disparu. Erin ne se souvient de rien et ne répond qu’à un seul nom : Nyx. En explorant les îles écossaises, Clem fait de troublantes découvertes : et si le traumatisme d’Erin était l’effet d’une ancienne malédiction ? Pour sauver sa fille, Clem devra percer un secret vieux de plusieurs siècles, avant que les ombres de Fynhallow Bay ne réclament une nouvelle victime. Inspiré par la véritable histoire d’Alison Balfour, Le Livre des Sorcières est une oeuvre troublante, qui offre également une réflexion profonde sur la puissance de l’amour maternel.