« Il est possible de ressentir l’horreur de quelque chose tout en l’acceptant. Comment supporterions-nous de vivre, sinon ? »

Une famille dont les secrets dépassent l’entendement
J’avais eu un énorme coup de cœur pour La Dernière Maison avant les bois, un thriller qui m’avait particulièrement marquée par son originalité et sa construction. J’étais donc ravie de retrouver Catriona Ward avec Un cri dans le désert, même si je savais qu’après une lecture aussi forte, mes attentes seraient forcément élevées.
Les premiers chapitres m’ont pourtant un peu déconcertée. Je ne retrouvais pas immédiatement cette manière si particulière qu’a l’autrice de raconter ses histoires et de jouer avec notre perception des événements. J’ai même commencé à me demander si ce nouveau roman allait réussir à me surprendre autant que le précédent.
Mais mes doutes n’ont pas duré longtemps. Catriona Ward a rapidement retrouvé ce talent que j’avais tant apprécié : celui de nous entraîner dans une intrigue dont on pense comprendre les enjeux, avant de remettre en question tout ce que l’on croyait avoir saisi. Et autant vous dire qu’avec moi, cette façon de jouer avec les nerfs du lecteur fonctionne à merveille !
Rob vit avec son mari Irving et leurs deux filles, Callie et Annie. Derrière cette vie familiale déjà fragilisée par les infidélités et la violence de son époux, elle commence à s’inquiéter sérieusement du comportement de son aînée, Callie. Certains de ses gestes et de ses réactions lui semblent de plus en plus troublants, au point de réveiller des souvenirs qu’elle aurait préféré laisser enfouis.
Rob décide alors d’emmener sa fille à Sundial, une propriété isolée au cœur du désert, où elle a elle-même grandi dans des circonstances pour le moins singulières. Ce retour sur les lieux de son enfance va progressivement nous permettre de découvrir une histoire familiale dont les ramifications sont bien plus complexes qu’il n’y paraît.
Je préfère volontairement ne pas entrer davantage dans les détails, car une grande partie du plaisir de lecture repose sur la découverte de ce passé et sur les liens qui unissent les différents personnages.
Catriona Ward ou l’art de nous faire douter
Ce que j’aime particulièrement chez Catriona Ward, c’est sa capacité à nous faire perdre nos repères sans jamais donner l’impression de construire son intrigue au hasard.
Dans Un cri dans le désert, elle nous présente d’abord une situation que l’on pense pouvoir analyser assez facilement. Une mère inquiète, un couple dysfonctionnel, une enfant au comportement dérangeant et des secrets familiaux qui semblent expliquer les tensions. On commence naturellement à se faire une opinion sur chacun, à chercher les responsabilités et à imaginer ce qui pourrait se cacher derrière certains comportements.
Seulement, avec cette autrice, mieux vaut se méfier de ses premières impressions. J’ai adoré me faire balader de cette manière, découvrir un élément qui semblait apporter une réponse, puis réaliser quelques chapitres plus tard que cette réponse soulevait finalement bien d’autres interrogations. Catriona Ward prend un malin plaisir à modifier notre regard sur ses personnages, à brouiller les frontières entre ce que l’on sait, ce que l’on suppose et ce que l’on veut bien croire.
L’intrigue devient de plus en plus retorse à mesure que les différentes pièces du puzzle trouvent leur place. Certaines révélations obligent à reconsidérer des scènes précédentes, tandis que d’autres viennent complètement modifier notre compréhension des relations familiales.
C’est exactement ce que j’attends d’un thriller psychologique : être surprise, me tromper, revenir mentalement sur ce que j’ai lu et comprendre que l’autrice avait plusieurs coups d’avance sur moi.
L’inné, l’acquis et cette inquiétante question du mal
Au-delà de son intrigue particulièrement tortueuse, Un cri dans le désert s’intéresse à une question fascinante : qu’est-ce qui fait de nous les personnes que nous devenons ?
Sommes-nous déterminés par notre héritage biologique ou façonnés par notre éducation, notre environnement et les expériences que nous traversons ? Peut-on véritablement échapper à ce qui nous a construits ?
Ces interrogations prennent une dimension particulièrement dérangeante à travers l’histoire de Rob, de son enfance et des expériences scientifiques menées par ses parents sur le comportement animal.
Catriona Ward explore les rapports entre la violence, la peur, l’attachement et les mécanismes de domination, tout en nous confrontant à des personnages dont les réactions ne correspondent pas toujours à ce que nous attendrions d’eux.
J’ai trouvé particulièrement intéressante la manière dont ces thèmes s’inscrivent dans les relations familiales. Les liens entre parents et enfants, qui devraient normalement constituer un espace de protection, deviennent ici une source d’inquiétude et de méfiance. L’amour lui-même semble parfois difficile à distinguer de la volonté de contrôler ou de protéger à tout prix.
Cette dimension psychologique donne une véritable profondeur au roman. Les révélations ne servent pas uniquement à surprendre le lecteur : elles interrogent aussi notre manière de juger les autres et la part de responsabilité que chacun porte dans ses actes.
Une atmosphère oppressante jusque dans le désert
Le choix de Sundial comme décor contribue énormément à l’étrangeté du récit. Cette propriété isolée, entourée par l’immensité du désert, devient progressivement le centre d’une histoire où les souvenirs et les secrets semblent impossibles à fuir.
J’ai apprécié le contraste entre cet environnement ouvert, presque infini, et l’impression d’enfermement qui accompagne les personnages. Malgré l’espace qui les entoure, ils paraissent prisonniers de leur passé, de leurs relations et de ce qu’ils refusent parfois de reconnaître.
L’alternance entre les événements présents et les souvenirs de Rob permet de comprendre progressivement ce qui s’est joué à Sundial, tout en maintenant une certaine incertitude sur les motivations des personnages.
La violence psychologique est omniprésente et certains passages sont franchement dérangeants. Catriona Ward n’a pas besoin de multiplier les scènes spectaculaires pour installer le malaise : les comportements, les silences et les contradictions suffisent souvent à rendre une situation profondément inquiétante.
Et lorsque l’on commence enfin à entrevoir la logique qui se cache derrière tout cela, l’histoire prend une tout autre dimension.
Les bonnes raisons de lire Un cri dans le désert :
- Pour retrouver l’imagination particulièrement retorse de Catriona Ward et son talent pour déjouer nos certitudes.
- Pour une intrigue psychologique qui multiplie les surprises sans sacrifier la cohérence de son histoire.
- Pour ses personnages complexes, dont les motivations et les comportements ne cessent de nous interroger.
- Pour sa réflexion sur l’inné, l’acquis, la violence et l’influence de notre environnement familial.
- Pour son atmosphère oppressante, renforcée par l’isolement de Sundial et les secrets qui entourent cette propriété.
- Pour le plaisir assez particulier de se faire manipuler par une autrice qui maîtrise remarquablement bien son récit.

En bref :
J’attendais beaucoup de ces retrouvailles avec Catriona Ward, et si les premières pages m’ont un instant fait douter, j’ai rapidement retrouvé ce qui m’avait tant séduite dans La Dernière Maison avant les bois.
J’aime sa façon de construire des histoires qui nous échappent constamment, de nous amener à porter des jugements sur ses personnages avant de nous obliger à les revoir complètement. Elle possède un véritable talent pour nous entraîner là où nous ne pensions absolument pas aller, tout en donnant du sens aux révélations qui jalonnent son récit.
Un cri dans le désert est un thriller psychologique particulièrement tordu, dérangeant et intelligent, exactement comme je les aime. J’ai pris beaucoup de plaisir à me faire manipuler, encore et encore, jusqu’à découvrir les véritables enjeux de cette histoire familiale.
Et décidément, Catriona Ward confirme qu’elle possède une imagination aussi fascinante que redoutable. Je compte bien continuer à explorer sa bibliographie !
4ème de couverture :
Ne vous aventurez pas dans le désert. Méfiez-vous des chiens errants. Et surtout, ne faites confiance à personne.
Lorsqu’elle a fui Sundial, un ranch isolé dans le désert californien, Rob Cussen s’est jurée de tout oublier de son enfance et des terribles événements qui l’ont profondément marquée. Pour tenir ce passé sous clé et protéger ses deux filles, elle est prête à tout. Mais quand son aînée, Callie, se met à parler à des amis imaginaires et que des ossements d’animaux sont retrouvés dans leur maison, Rob comprend que sa fille constitue une toute nouvelle sorte de menace. Pour endiguer l’ombre qui commence à planer sur leurs existences, elle ne voit qu’une seule issue : emmener Callie à Sundial, là où tout a commencé, là où les fantômes de sa jeunesse attendent depuis longtemps son retour. Et la jeune fille terrorisée comprend rapidement qu’entre elle et sa mère, il se pourrait bien que l’une des deux seulement en ressorte vivante.