L’île où je ne suis pas morte – Marie Neuser

« Je ne me sentais aucunement à ma place au cœur d’une société de personnes sûres d’elles, cultivées et péremptoires, qui parlent avec le regard droit. J’étais une souris fuyante et mélancolique : ça aussi, c’était ainsi, je ne le regrettais pas et n’avais pas envie de le changer. »

L'île où je ne suis pas morte - Marie Neuser
En librairie depuis le 25 mars 2026 chez Rouergue – 352 pages, 22.90€

L’île où je ne suis pas morte : avis sur un roman noir psychologique aussi sombre qu’hypnotique

L’île où je ne suis pas morte est un roman noir, profondément psychologique, lourd de silences, de mémoire et de violence enfouie. Une lecture qui ne cherche jamais le spectaculaire, mais qui avance lentement, presque insidieusement, jusqu’à venir serrer quelque chose dans la poitrine.

Et honnêtement, cela faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant happée par son atmosphère.

Lorsque Daisy revient sur l’île de son enfance pour enterrer son père, elle retrouve bien plus qu’une famille éclatée. Elle retrouve surtout Shell House, cette maison familiale humide, abîmée, presque organique, saturée de souvenirs et de non-dits.

Et très vite, on comprend que cette maison n’est pas un simple décor. Elle est un personnage à part entière.

Chaque pièce semble garder une trace du passé. Chaque odeur, chaque objet, chaque mur paraît chargé de quelque chose de profondément malsain. Marie Neuser réussit quelque chose d’assez fascinant ici : rendre les lieux presque vivants. Shell House suinte littéralement la violence, les secrets et la peur. On ressent l’humidité, la moisissure, le poids des années et de tout ce qui n’a jamais été dit. Et cette ambiance devient rapidement étouffante… dans le bon sens du terme pour un roman de ce genre.

J’ai été très touchée par la relation entre Daisy et ses frères.

Parce qu’au fond, ce roman parle autant du traumatisme que de ce qu’il laisse derrière lui dans une famille entière. Chacun a survécu différemment. Chacun porte encore quelque chose de cette enfance fracassée.

Liam, surtout, m’a profondément émue. C’est celui qui est resté. Celui qui a porté la maison, le père, les ruines familiales sans jamais réellement partir. Il y a chez lui une douceur incroyable qui contraste avec toute la violence du récit.

Eliot, au contraire, est dans la fuite, dans la distance, dans quelque chose de plus fermé. Et entre eux trois, on sent une tendresse empêchée, maladroite, presque douloureuse. C’est ce que j’ai trouvé particulièrement juste dans ce roman : cette manière de montrer que les traumatismes ne détruisent pas forcément les liens… mais les transforment profondément.

L’île des Hébrides apporte énormément au récit.

On est loin d’une Écosse de carte postale. Ici, les paysages sont magnifiques mais oppressants, presque hostiles par moments. La nature semble observer les personnages, retenir leurs souvenirs, leurs blessures. En tant qu’amoureuse de ce pays, j’ai adoré visiter ce coin reculé. C’est d’ailleurs le tartan rouge sur la couverture qui m’a permis de m’arrêter sur ce roman.

L’isolement de l’île renforce cette sensation d’enfermement permanent. Comme si le passé ne pouvait jamais réellement quitter cet endroit. Et franchement, Marie Neuser maîtrise son ambiance d’une manière remarquable. Tout passe par les sensations : les odeurs, le froid, l’humidité, les corps qui réagissent avant même que les mots arrivent.

Sa plume est très sensorielle, très organique. On ne lit pas seulement cette histoire : on la ressent physiquement. L’humidité, les champignons, le froid, le ciel bas… J’avais l’impression d’y être.

Autre chose que j’ai vraiment aimé, c’est que le roman ne repose pas uniquement sur “la révélation” autour de “la Chose”. Bien sûr, on veut comprendre. On sent très vite qu’un événement terrible s’est produit lorsque Daisy avait dix-sept ans. Mais le cœur du roman est ailleurs.

Il est dans ce que deviennent les blessures quand elles ne sont jamais reconnues. Dans ce silence familial qui finit par contaminer tout le monde. Dans cette manière qu’ont certains parents de protéger les apparences au détriment des enfants.

C’est un roman sur les héritages empoisonnés.
Sur les familles qui étouffent.
Sur ce qu’on transporte malgré soi pendant des années.

Et Marie Neuser aborde tout cela avec énormément d’intelligence psychologique.

  • Pour son ambiance lourde, immersive et presque hypnotique
  • Pour la plume sensorielle et incroyablement évocatrice de Marie Neuser
  • Pour cette maison familiale qui devient presque un personnage
  • Pour la profondeur psychologique des personnages
  • Pour la relation entre les trois membres de la fratrie, bouleversante de justesse
  • Pour la façon dont le roman traite les traumatismes familiaux et les silences
  • Pour cette sensation constante d’oppression qui nous accompagne jusqu’aux dernières pages

J’ai trouvé ce roman extrêmement fort.

Ce n’est pas une lecture “facile”, ni un thriller au sens classique du terme. On est davantage dans un roman noir psychologique, lent, imprégnant, où l’atmosphère compte autant que l’intrigue.

Mais justement… c’est ce que j’ai vraiment aimé (en plus du fait que c’est en Écosse, bien évidemment).

J’ai aimé cette sensation d’être enfermée avec eux dans cette maison, dans cette île, dans cette mémoire familiale qui refuse de mourir. J’ai aimé la manière dont le passé remonte progressivement, par fragments, par sensations, sans jamais tomber dans quelque chose de démonstratif.

Et surtout, j’ai trouvé le roman profondément humain malgré toute sa noirceur.

L’île où je ne suis pas morte est un roman sombre, sensoriel et profondément marquant.

Un roman sur les blessures qu’on enterre trop longtemps.
Sur les maisons qui gardent tout.
Sur les enfances qui continuent d’habiter les adultes qu’on devient.

Marie Neuser signe ici un texte dur mais magnifique, porté par une écriture habitée et une atmosphère absolument incroyable.


Depuis la mort de sa mère, Daisy Rose McLean n’est plus guère revenue à Eileansay, cette île des Hébrides reliée au continent par un ferry, où l’on observe phoques et baleines. Et chaque fois, elle a dû surmonter sa terreur, gorge bloquée et coeur fou. Au décès de son père elle y retrouve ses deux frères aînés. À son sourcil, une cicatrice rappelle que quelque chose a eu lieu. Parfois, dans le miroir, elle ne voit plus qu’elle. Et pourtant, Daisy n’est pas morte à Shell House. Et la blessure dans son ventre n’existe que dans ses souvenirs. Par la voix meurtrie et coléreuse de son héroïne, Marie Neuser nous raconte l’amour et la trahison, l’histoire d’une fille grandie dans une famille protectrice, île dans l’île, jusqu’au jour où, sur le chemin de la bergerie, dix-sept ans de vie sont précipités dans un gouffre infini. Un roman habité par les paysages d’Écosse et tendu par les secrets qui hantent les protagonistes.

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