« Quand je lis, je deviens sourd et aveugle au reste du monde. Quand je lis, l’univers se déploie, je sens passer à travers moi des siècles d’histoire, des géographies lointaines, la lame glacée du chagrin et l’incandescence de l’amour. Tout est plus intense, plus intéressant. Difficile alors de revenir aux choses ordinaires. »

Une fresque familiale qui m’a complètement embarquée
Chers lecteurs et chères lectrices,
Lorsque j’ai vu les presque cinq cents pages de ce roman, je me suis demandé combien de temps j’allais mettre à le lire étant donné que ce n’est pas trop mon style… Aujourd’hui, la vraie question serait plutôt : pourquoi n’y avait-il pas cent pages de plus ?
Parce que quitter les Balaguère n’a pas été simple.
Pendant plusieurs jours, j’ai vécu aux Chaumes. J’ai regardé les saisons passer sur cette ferme du Morvan. J’ai vu les enfants grandir, les hommes partir à la guerre, revenir changés ou ne jamais revenir. J’ai assisté à des amours contrariées, à des colères qui traversent les générations, à des secrets que l’on enterre en espérant qu’ils disparaissent alors qu’ils continuent de vivre silencieusement dans l’ombre.
Ce roman couvre plus d’un siècle d’histoire, de 1914 à nos jours, et pourtant je n’ai jamais eu l’impression de lire une fresque familiale froide ou distante. Bien au contraire. Anne-Laure Bondoux nous invite littéralement à partager la vie des Balaguère. On entre dans leur cuisine, dans leurs champs, dans leurs silences aussi. Et ce sont parfois ces silences qui racontent le plus de choses.
Tout commence avec Cytise, ses fils Anzême et Marty, et cette ferme qui semble immuable. Puis la Première Guerre mondiale éclate et, avec elle, une première fracture. Une parmi beaucoup d’autres.
Au fil des décennies, les générations se succèdent. Les prénoms changent mais quelque chose demeure. Une colère parfois. Une tristesse souvent. Une difficulté à dire les choses, à exprimer les émotions, à se libérer de certains poids hérités du passé. C’est ce qui m’a le plus touchée dans cette lecture.
Anne-Laure Bondoux parle de transmission, bien sûr, mais pas uniquement de celle que l’on choisit de transmettre. Elle s’intéresse aussi à tout ce qui se transmet malgré nous. Les blessures. Les regrets. Les non-dits. Les peurs. Comme si chaque génération récupérait une partie du fardeau de la précédente sans toujours en connaître l’origine. Et pourtant, malgré la dureté de certaines situations, je n’ai jamais trouvé ce roman plombant.
Les Balaguère souffrent, se trompent, prennent parfois de mauvaises décisions, mais ils continuent d’avancer. Ils tombent, se relèvent, recommencent. La vie poursuit son chemin, avec une obstination presque désarmante.
J’ai également beaucoup aimé la manière dont l’autrice fait entrer la grande Histoire dans le quotidien de ses personnages. Les guerres mondiales, la guerre d’Algérie, le sida, Tchernobyl ou encore les bouleversements sociaux traversent le récit sans jamais prendre toute la place. Ce ne sont pas des leçons d’histoire. Ce sont des événements qui viennent percuter des vies ordinaires et modifier leur trajectoire.
C’est ce qui rend le roman si vivant. On ne lit pas une succession de dates ou d’événements. On les traverse aux côtés des personnages. Et puis il y a cette ferme. Les Chaumes.
Je crois qu’elle est devenue, au fil des pages, l’un de mes personnages préférés. Tous reviennent un jour ou l’autre vers elle. Certains tentent de s’en éloigner. D’autres y restent coûte que coûte. Elle observe tout. Elle conserve les souvenirs, les secrets et les cicatrices de ceux qui l’ont habitée.
Lorsqu’on referme le livre, on a presque l’impression de laisser derrière soi un lieu réel.
Ce qui m’impressionne le plus, c’est la fluidité du récit. Avec autant de personnages, autant d’époques et autant d’années couvertes, il aurait été facile de perdre le lecteur. Or il n’en est rien. J’ai tourné les pages avec une facilité déconcertante, toujours curieuse de découvrir ce qu’allait devenir le prochain Balaguère.
Car c’est bien là la force du roman : réussir à nous faire aimer profondément une famille qui est loin d’être parfaite.
Bonnes raisons de lire ce livre :
- Pour découvrir une grande saga familiale qui s’étend sur plus d’un siècle
- Pour suivre plusieurs générations de personnages auxquels on s’attache profondément
- Pour les secrets de famille dévoilés progressivement
- Pour l’équilibre réussi entre destins intimes et grande Histoire
- Pour l’ambiance du Morvan et de la ferme des Chaumes
- Pour les thèmes de la transmission, des héritages familiaux et des non-dits
- Pour la fluidité du récit malgré son ampleurPour ces personnages imparfaits, profondément humains et terriblement attachants

En bref :
Nous traverserons des orages est une magnifique saga familiale qui m’a complètement embarquée. Anne-Laure Bondoux raconte un siècle de vie, d’amour, de secrets et de blessures avec une grande justesse. Derrière l’histoire des Balaguère, elle interroge ce que l’on hérite de ceux qui nous ont précédés et ce que l’on transmet à notre tour. Un roman ambitieux, captivant et profondément humain que j’ai eu beaucoup de mal à quitter.
4ème de couverture :
Voici l’histoire que je dois te raconter, Saule. C’est l’histoire d’une famille, d’une maison et d’un pays. Elle commence à la veille d’une guerre planétaire, dans une ferme de hameau qu’on appelle Les Chaumes. Elle s’achèvera un siècle plus tard, au même endroit. Entre ces deux époques, tu verras vivre ici quatre générations hantées par des secrets et des fantômes. Tu verras changer les saisons, les habitudes, les lois et les gouvernements. Tu verras des hommes tomber amoureux, rêver de grandes choses, partir à la guerre et en revenir sans mot et sans gloire. Jusqu’à moi. Jusqu’à toi.