Le Groupe – Isabelle Lagarrigue

« Je me réveille avec un sentiment d’angoisse qui m’étreint. Ca m’arrive assez régulièrement. C’est comme une ombre qui s’installe en moi au moment où j’émerge du sommeil. »

Le groupe de Isabelle Lagarrigue
En librairie depuis le 9 avril 2026 chez Recamier – 288 pages, 20.90€

Et si la société oubliait une partie des victimes ?

Chers lecteurs et chères lectrices,

Je découvre Isabelle Lagarrigue avec Le Groupe et je peux déjà vous dire une chose : je ne regarderai plus jamais les « accidental killers » de la même manière.

D’ailleurs, avant ce roman, connaissiez-vous seulement cette expression ?

Un accidental killer, c’est une personne qui a causé la mort d’un autre être humain sans jamais avoir voulu le faire. En français, on parlerait d’homicide involontaire, mais cette traduction ne dit finalement pas tout. Derrière ces deux mots se cache une réalité terriblement complexe. Celle de personnes dont la vie s’est arrêtée le jour où celle d’une autre s’est éteinte.

Et si je vous disais que cela pourrait arriver à n’importe qui ?

Le roman évoque notamment l’affaire Alec Baldwin, ce tournage où une arme censée être inoffensive a provoqué la mort d’une personne. Une erreur, une seconde, un geste banal qui détruit plusieurs vies à la fois. C’est glaçant. D’autant plus lorsque l’on découvre qu’aux États-Unis, une personne tue accidentellement quelqu’un toutes les dix-huit minutes.

C’est cette réalité qu’Isabelle Lagarrigue choisit d’explorer.

Sur un campus universitaire américain, Cornell, professeur de psychologie, crée un groupe de parole destiné à de jeunes adultes ayant provoqué un décès involontaire. Ava, étudiante franco-américaine en psychologie, rejoint ce projet afin d’observer ces séances et d’accompagner Janice, Lexie et Aaron.

Trois histoires. Trois drames. Trois façons de survivre.

Janice laisse ses émotions la submerger. Lexie analyse tout pour tenter de garder le contrôle. Aaron, lui, s’est construit une véritable forteresse. Ils n’ont rien en commun, si ce n’est cette blessure invisible qui les accompagne depuis des années.

Le roman ne cherche jamais à excuser. Il cherche à comprendre. Et cette nuance change absolument tout.

Parce que finalement, la société sait accompagner les victimes. Elle sait condamner les responsables. Mais que fait-elle de ceux qui sont les deuxièmes victimes d’un accident dont ils portent déjà le poids chaque jour ? Cette question m’a suivie pendant toute ma lecture.

J’ai adoré la manière dont Isabelle Lagarrigue construit la psychologie de ses personnages. Rien n’est forcé. Rien n’est caricatural. On découvre peu à peu leurs mécanismes de défense, leurs blessures, leur culpabilité, mais aussi cette idée bouleversante développée par Cornell : il existe une différence entre se sentir coupable d’un acte et finir par croire que cet acte fait de nous une mauvaise personne.

Cette réflexion est probablement celle qui m’a le plus marquée.

Une autre phrase revient régulièrement dans le roman : « Chaque humain mène un combat intérieur dont le reste du monde ignore l’intensité. » Je crois que nous gagnerions tous à nous en souvenir un peu plus souvent.

Nous jugeons parfois en quelques secondes des personnes dont nous ignorons absolument tout. Nous voyons un comportement, une attitude, une erreur, sans jamais connaître l’histoire qui se cache derrière. Le Groupe nous oblige justement à ralentir ce jugement si instinctif.

J’ai également beaucoup apprécié que le roman ne cherche jamais à opposer la souffrance des victimes à celle des accidental killers. Compatir à la douleur de ceux qui vivent avec un accident ne retire absolument rien à celle des familles endeuillées. Les deux peuvent exister en même temps, et c’est toute la force de ce livre de nous amener à accepter cette idée.

Je dois tout de même reconnaître que j’attendais une fin un peu plus marquante. Je m’étais préparée à un dernier chapitre qui me bouleverserait complètement. Isabelle Lagarrigue fait un autre choix, plus apaisé, plus délicat. Avec le recul, je trouve qu’il correspond finalement très bien au message du roman. Après tant de violence intérieure, c’est peut-être la douceur qui avait le plus de sens.

Je referme cette lecture avec beaucoup de gratitude. Parce qu’elle m’a appris quelque chose. Parce qu’elle m’a obligée à regarder autrement une réalité dont je ne savais presque rien. Et parce qu’elle rappelle une évidence que nous oublions trop facilement : une vie peut basculer en une seconde, et personne n’est totalement à l’abri.

  • Parce qu’il aborde une thématique aussi rare que passionnante.
  • Parce que la psychologie des personnages est d’une remarquable finesse.
  • Parce qu’il pousse à questionner nos propres réflexes, sans jamais imposer une vérité.
  • Parce que c’est un roman qui continue à vivre en nous une fois la dernière page tournée.
  • Parce qu’il rappelle qu’avant de juger une personne, nous ignorons presque toujours le combat qu’elle mène.
Le groupe de Isabelle Lagarrigue

Un roman profondément humain qui explore la culpabilité, la reconstruction et notre capacité à faire preuve de compassion. Une lecture qui ne cherche pas à donner des réponses toutes faites, mais qui ouvre une réflexion passionnante sur la complexité de l’être humain.


Ils ont tué sans le vouloir.
Comment vivre après ça ?

Ils avaient quatre, six ou huit ans.
Un accident. Un geste. Une seconde.
Et leurs vies ont basculé.

Sur un campus californien, trois jeunes adultes –; Janice, Lexie et Aaron –; intègrent un programme expérimental, destiné à ceux qui ont causé la mort sans l’avoir voulu : les accidental killers.
Ava, étudiante franco-américaine en psychologie, rejoint le groupe pour écouter et observer les participants. Ils semblent porter une culpabilité que personne ne sait nommer. À mesure que les séances avancent, les silences se fissurent, et chacun affronte ce qu’il préfère taire.
Peut-on se réparer quand on est sans cesse ramené à l’irréparable ?

Un roman puissant sur la culpabilité qui dévore, la honte qui isole, et la lumière que l’on trouve auprès des autres. Avec une sensibilité rare, Isabelle Lagarrigue, l’autrice phénomène qui fait vibrer ses lecteurs, confirme ici toute la force de sa voix

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