Misery – Stephen King

« Si l’on était pas en compagnie de quelqu’un à qui parler, un livre était indispensable. »

Misery de Stephen King
En librairie depuis 2002 chez – 502 pages, 7.60€

Quand Stephen King transforme une chambre en véritable cauchemar

Chers lecteurs, chères lectrices,

Avec Stephen King, je ne sais jamais sur quel pied danser.

Depuis que je l’ai découvert, mes lectures sont faites de coups de cœur et de rendez-vous complètement manqués. C’est sans doute l’auteur avec lequel je suis la moins constante. Alors, à chaque nouveau roman que je décide de découvrir, j’y vais avec une certaine prudence. J’ai envie d’aimer, mais je sais que rien n’est garanti.

Cette fois, je partais avec un petit avantage : je connaissais déjà l’histoire grâce au film. Et pourtant, cela n’a absolument pas diminué les émotions ressenties pendant ma lecture. Au contraire.

Je savais ce qui m’attendait. Je connaissais Annie Wilkes, ses accès de violence, son imprévisibilité, sa folie. Malgré cela, Stephen King est parvenu à me faire douter, à me tendre les nerfs et à me faire vivre plusieurs scènes avec une véritable boule au ventre. C’est sans doute ce qui m’impressionne le plus dans Misery.

Le suspense ne repose pas sur un mystère ou un rebondissement spectaculaire. Il repose sur une femme dont personne, pas même le lecteur, n’est capable de prévoir les réactions. Une phrase de travers, un regard, un silence et tout peut basculer. Cette imprévisibilité rend chaque échange terriblement oppressant.

Le huis clos fonctionne à merveille. Très vite, j’ai eu la sensation d’être enfermée avec Paul Sheldon. La chambre devient une prison, la maison un piège, et Annie semble occuper tout l’espace. Sa présence est si forte qu’elle étouffe presque le lecteur autant que le personnage principal.

Annie est d’ailleurs, à mes yeux, l’une des plus grandes réussites du roman. Le King ne la réduit jamais à une simple « méchante ». Elle est profondément malade, capable de passer d’une douceur presque maternelle à une violence insoutenable en quelques secondes. Cette instabilité permanente est glaçante, parce qu’elle paraît finalement très humaine. On ne sait jamais quelle Annie ouvrira la porte de la chambre. Et cette incertitude est sans doute la pire des tortures.

J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont Stephen King explore la relation entre un auteur et son œuvre.

Sous ses airs de thriller horrifique, Misery raconte aussi l’histoire d’un écrivain prisonnier de son propre succès. Paul Sheldon voudrait tourner la page de son héroïne, évoluer, écrire autre chose. Annie, elle, refuse que cette histoire s’arrête. Elle incarne cette obsession du lecteur qui considère qu’un personnage lui appartient autant qu’à son créateur.

Je trouve cette réflexion particulièrement intéressante, parce qu’elle dépasse largement le cadre du roman. Elle parle de création, d’attentes, de liberté artistique mais aussi de la difficulté à se défaire d’une œuvre devenue plus grande que soi.

Et puis il y a cette tension permanente. Elle ne retombe quasiment jamais. Même dans les passages où il ne se passe, en apparence, pas grand-chose, King réussit à maintenir une pression constante. Chaque déplacement de Paul est une prise de risque. Chaque bruit dans la maison accélère le rythme. Chaque retour d’Annie fait naître une nouvelle inquiétude.

À plusieurs reprises, je me suis surprise à retenir mon souffle.

Certaines scènes sont également particulièrement difficiles à lire. Pas seulement parce qu’elles sont violentes, mais parce que King prend le temps de nous faire ressentir la douleur, l’humiliation et l’impuissance de Paul. Il ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il installe un profond malaise, presque physique.

J’ai ressenti du stress. Du dégoût aussi. Et c’est précisément ce que j’attends d’un roman comme celui-ci.

Finalement, Misery m’a rappelé pourquoi Stephen King est devenu une référence du genre. Il n’a pas besoin de monstres ou de phénomènes surnaturels pour terrifier son lecteur. Il lui suffit d’un écrivain immobilisé, d’une maison isolée par la neige et d’une femme convaincue d’agir par amour.

  • Pour l’un des huis clos les plus oppressants de Stephen King.
  • Parce que la tension est omniprésente du début à la fin.
  • Pour Annie Wilkes, antagoniste aussi fascinante qu’effrayante.
  • Pour la réflexion sur le métier d’écrivain, la création et le poids des attentes des lecteurs.
  • Parce qu’il prouve qu’il n’y a pas besoin de surnaturel pour faire naître une peur viscérale.

Je referme Misery avec le sentiment d’avoir retrouvé le Stephen King que j’aime.

Celui qui transforme une situation finalement assez simple en une expérience de lecture presque suffocante. Celui qui installe une tension permanente sans avoir besoin d’artifices. Celui qui crée des personnages que l’on n’oublie pas une fois le livre refermé.

Je continuerai sans doute à ouvrir chacun de ses romans avec une petite appréhension, parce que notre histoire de lecteur et d’auteur reste faite de hauts et de bas.


Misery, c’est le nom de l’héroïne populaire qui a rapporté des millions de dollars au romancier Paul Sheldon. Après quoi il en a eu assez : il a fait mourir Misery pour écrire enfin le « vrai » roman dont il rêvait.
Et puis il a suffi de quelques verres de trop et d’une route enneigée, dans un coin perdu… Lorsqu’il reprend conscience, il est allongé sur un lit, les jambes broyées dans l’accident. Sauvé par une femme, Annie. Une admiratrice fervente. Qui ne lui pardonne pas d’avoir tué Misery. Et le supplice va commencer.
Sans monstres ni fantômes, un Stephen King au sommet de sa puissance nous enferme ici dans le plus terrifiant huis clos qu’on puisse imaginer.

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