Celle qui sait – Riley Sager

« On n’est jamais seule quand on a un livre sous la main, disait-elle souvent. Jamais, jamais. »

Celle quit sait de Riley Sager
En librairie depuis le 3 juillet 2026 chez Verso –  528 pages, 21.90€

Celle qui sait : le thriller phénomène mérite-t-il vraiment son succès ?

Chers lecteurs, chères lectrices,


Impossible d’être passé à côté de Celle qui sait ces dernières semaines. Le thriller de Riley Sager est partout, au point d’être devenu l’un des phénomènes littéraires de cet été. Et cette fois, ma curiosité avait une raison supplémentaire. Je viens de commencer un nouveau travail en librairie et j’avais envie de savoir ce qui se cachait derrière cet engouement. Comprendre pourquoi ce titre fonctionne autant, ce qui pousse les lecteurs à le recommander et, surtout, pouvoir m’en faire ma propre opinion.


Maintenant que je l’ai terminé, je pense comprendre.
Est-ce que je rejoins pour autant les lecteurs qui parlent de lecture exceptionnelle ou de thriller inoubliable ? Non.
Mais j’ai passé un très bon moment.


Tout commence avec une histoire vieille de plusieurs décennies.
En 1929, trois membres de la famille Hope sont assassinés dans leur demeure. Lenora Hope, dix-sept ans à l’époque, est immédiatement soupçonnée. Rien n’a pourtant jamais permis de prouver sa culpabilité.
Plus de cinquante ans plus tard, Lenora vit toujours à Hope’s End. Nous sommes désormais en 1983 et Kit McDeere, aide-soignante, arrive dans cet immense manoir pour s’occuper d’elle. Lenora est âgée, paralysée et muette à la suite de plusieurs AVC. Elle ne peut pratiquement plus communiquer. Jusqu’à ce que Kit lui propose une machine à écrire.
Et que Lenora décide de raconter ce qui s’est réellement passé cette fameuse nuit.
À partir de là, une question accompagne forcément notre lecture : Lenora Hope est-elle vraiment la meurtrière que tout le monde décrit depuis cinquante-quatre ans ?


Un thriller dans lequel il ne se passe finalement pas tant de choses


C’est probablement ce qui m’a le plus surprise. Pendant facilement les trois quarts du roman, objectivement, il ne se passe pas énormément de choses. Et pourtant, je ne me suis pas ennuyée.
C’est même là que j’ai compris pourquoi Celle qui sait fonctionne aussi bien. Riley Sager n’a pas besoin d’enchaîner les meurtres, les courses-poursuites et les révélations toutes les trente pages pour maintenir notre attention. Il utilise autre chose : son décor.
Hope’s End est probablement le personnage le plus important du roman après Kit et Lenora.


Ce manoir immense posé au bord d’une falaise, chargé de plusieurs décennies de secrets, crée à lui seul une atmosphère particulière. On découvre ses pièces avec Kit, on observe les personnes qui y vivent et on commence forcément à regarder tout le monde avec méfiance.
Qui ment ?
Qui sait quelque chose ?
Et surtout, que s’est-il réellement passé en 1929 ?


Le huis clos fonctionne parfaitement parce que les possibilités semblent se réduire à mesure que l’on avance, alors que nos certitudes, elles, deviennent de plus en plus fragiles. J’ai particulièrement aimé la manière dont Riley Sager construit Lenora. Pendant une grande partie du roman, elle est presque entièrement dépendante des autres. Elle ne parle pas, se déplace difficilement et ne peut communiquer qu’en tapant lentement sur une machine à écrire avec le seul doigt qu’elle contrôle encore.
Et malgré cela, elle occupe énormément d’espace.
Chaque mouvement devient suspect. Chaque phrase tapée prend de l’importance. Chaque interruption de son récit nous frustre. On ne sait jamais exactement quelle position adopter face à elle.
Est-elle une vieille femme injustement condamnée par l’opinion publique depuis son adolescence ? Une manipulatrice particulièrement intelligente ? Une meurtrière qui a réussi à vivre toute sa vie sans être condamnée ?
Cette incertitude fonctionne très bien.


Kit est finalement notre intermédiaire. Elle arrive à Hope’s End avec ses propres casseroles et n’est pas totalement vierge de tout soupçon elle-même. Elle cherche la vérité sur Lenora tout en étant confrontée au regard que les autres portent sur son propre passé.
J’ai trouvé ce parallèle intéressant parce qu’il évite de construire une opposition trop simple entre l’innocente aide-soignante et la mystérieuse meurtrière présumée.


Une lecture étonnamment confortable


Ce n’est peut-être pas le terme auquel on pense spontanément pour parler d’un thriller, mais Celle qui sait a été pour moi une lecture confortable.
Vous savez, ce genre de roman que l’on prend dans les mains en sachant que l’on va probablement y rester un bon moment. La plume est extrêmement accessible. Les chapitres s’enchaînent facilement et Riley Sager sait parfaitement quand arrêter une scène pour donner envie de continuer. Il ne se passe pas grand-chose et pourtant, j’avais constamment envie de reprendre ma lecture. Pas parce que j’étais oppressée par le scénario ou complètement obsédée par l’enquête. Simplement parce que j’étais bien dans cette histoire.
Et réussir cela sur plus de 500 pages alors que l’intrigue repose essentiellement sur un manoir, quelques personnages et une femme qui raconte son passé à l’aide d’une machine à écrire, ce n’est pas rien.

Puis Riley Sager décide enfin de lâcher les chevaux


Le dernier quart change considérablement de rythme.
Les réponses arrivent. Les certitudes tombent. Les informations que l’on avait accumulées commencent à prendre une autre signification.
Et les retournements de situation s’enchaînent.
Beaucoup.
Peut-être même un peu trop.
Ils sont efficaces et certains m’ont réellement surprise. La construction globale tient suffisamment bien pour que l’on puisse revenir mentalement sur certains événements et comprendre ce que Riley Sager avait préparé. Mais je ne parlerais pas pour autant d’un final sensationnel.


À force de vouloir encore retourner la situation, puis la retourner une nouvelle fois, j’ai fini par perdre un peu de cet effet de surprise. Le premier bouleversement fonctionne. Le suivant également. Puis arrive ce moment où l’on commence presque à attendre le prochain. Cela reste bien construit et très divertissant, mais je n’ai pas refermé le livre complètement abasourdie.


Alors, pourquoi un tel phénomène ?
Après l’avoir lu, je pense avoir une partie de la réponse. Celle qui sait est extrêmement accessible.
Il possède un concept immédiatement compréhensible, un décor fort, une héroïne mystérieuse, une vieille affaire criminelle, un huis clos, des secrets familiaux et suffisamment de retournements de situation pour alimenter les discussions une fois le livre terminé.
Il peut être lu aussi bien par quelqu’un qui dévore des thrillers toute l’année que par un lecteur qui en ouvre seulement occasionnellement. Et surtout, il se lit tout seul. La version française, publiée le 3 juillet 2026, a d’ailleurs connu un succès extrêmement rapide, jusqu’à la rupture de stock peu après sa sortie.

Et puisque nous parlons de phénomènes littéraires, je vais probablement m’attirer quelques foudres, mais tant pis. À choisir entre Celle qui sait et La Femme de ménage, mon choix est très vite fait.
Je trouve Celle qui sait beaucoup plus pertinent et, surtout, de meilleure qualité. C’est évidemment totalement subjectif. Je sais à quel point La Femme de ménage a séduit énormément de lecteurs et je ne cherche absolument pas à convaincre ceux qui l’ont adoré qu’ils ont tort. Mais puisque je tiens depuis toujours à rester sincère dans mes chroniques, je ne vais pas modifier mon ressenti sous prétexte qu’un livre est populaire.

Ici, j’ai trouvé davantage de travail sur l’atmosphère, sur le décor et sur la construction progressive du mystère. Même lorsque l’intrigue ralentit, Hope’s End suffit à maintenir quelque chose.
Et c’est précisément ce qui m’avait manqué ailleurs.

  • Pour l’excellente atmosphère de Hope’s End.
  • Pour découvrir un huis clos particulièrement efficace.
  • Pour la relation étrange et ambiguë entre Kit et Lenora.
  • Pour une lecture très accessible, même si vous lisez peu de thrillers.
  • Pour les nombreuses révélations du dernier quart.
  • Pour une plume fluide qui rend plus de 500 pages étonnamment faciles à dévorer.
  • Pour comprendre pourquoi tout le monde en parle actuellement.
  • Si vous avez besoin de beaucoup d’action, les trois premiers quarts pourront vous sembler longs.
  • Certains retournements finaux demandent d’accepter une part d’invraisemblance.
  • L’accumulation de révélations finit légèrement par diminuer leur impact.
  • Si vous ouvrez le livre en attendant le thriller révolutionnaire annoncé par l’engouement actuel, vos attentes risquent d’être trop élevées.

Je suis contente d’avoir voulu comprendre le phénomène Celle qui sait plutôt que de simplement l’observer passer entre les mains des lecteurs.

Parce que maintenant, oui, je pense comprendre pourquoi il plaît autant.

Riley Sager propose un thriller particulièrement efficace, accessible et atmosphérique, capable de maintenir notre attention pendant plus de 500 pages alors que son intrigue prend réellement son envol assez tard. J’ai aimé Hope’s End, le mystère entourant Lenora et cette sensation permanente que quelque chose nous échappait.

Les révélations finales fonctionnent sans être renversantes et certaines ficelles sont peut-être un peu grosses. Cela ne m’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir pendant ma lecture.

Est-ce que Celle qui sait fera partie de mes lectures marquantes de l’année ? Probablement pas.

Est-ce que je comprends pourquoi autant de personnes le recommandent actuellement ? Oui, surtout si il pousse les gens à lire.

Et finalement, c’est peut-être ce qui résume le mieux mon ressenti : un bon thriller populaire, efficace et parfaitement maîtrisé dans ce qu’il cherche à provoquer, sans être pour autant un livre qui restera longtemps avec moi.


Tout le monde est convaincu que Lenora Hope est la tueuse.
Et vous ?

Le massacre de la famille Hope, lors d’une nuit sanglante de 1929, a bouleversé les habitants du Maine. Si la plupart des gens sont persuadés que Lenora, dix-sept ans, en est responsable, la police n’a jamais pu le prouver. Après avoir nié à l’époque toute implication, l’intéressée n’a plus quitté Hope’s End, le manoir dressé en bord de falaise où le drame s’est produit.

Nous sommes en 1983 lorsque Kit McDeere, aide-soignante à domicile, se présente pour s’occuper de Lenora après la fuite inexpliquée de sa précédente infirmière. Âgée de plus de soixante-dix ans et en fauteuil roulant, Lenora a été rendue muette par une série d’AVC. Elle ne peut communiquer avec Kit que grâce à une vieille machine à écrire.

Jusqu’au soir où, de son seul doigt valide, elle commence à taper : je veux tout vous raconter

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