Les saules – Mathilde Beaussault

« Le désespoir des uns permet de relativiser les petits malheurs étriqués des autres. »

Les saules - Mathilde Beaussault
En librairie depuis le 6 mars 2026 chez Points – 256 pages, 8.40€

Quand le polar prend racine dans la campagne bretonne

Chers lecteurs, chères lectrices,


Cette lecture, je la dois à ma collègue libraire du rayon polar. Évidemment, lorsqu’une personne qui passe ses journées entourée de polars vous glisse un titre entre les mains en vous disant de le lire, difficile de ne pas lui faire confiance. C’est donc comme ça que Les Saules de Mathilde Beaussault est arrivé jusqu’à moi.
Et la recommandation était plutôt très bonne.


Après La Colère de S.A. Cosby, me voilà donc définitivement revenue à mes premières amours avec la littérature noire. Mais changement radical d’ambiance : direction un petit hameau breton, ses fermes, ses rivalités, ses silences et une rivière bordée de saules sous lesquels une jeune fille vient d’être retrouvée morte.

Marie a dix-sept ans lorsqu’elle est découverte étranglée au bord de la rivière. Dans une communauté aussi petite, sa mort provoque forcément un séisme. Tout le monde se connaît, chacun possède son avis sur les autres et les rancœurs semblent parfois avoir traversé plusieurs générations. Alors les gendarmes interrogent. Et les habitants parlent. Beaucoup.


Ce que j’ai aimé dans la construction du roman, c’est justement cette manière de profiter de l’enquête pour ouvrir progressivement les portes des maisons.
Les témoignages ne servent pas uniquement à découvrir qui a tué Marie. Ils racontent les jalousies, les vieilles querelles, les réputations qui collent à la peau et cette facilité avec laquelle une communauté entière peut décider de ce qu’est une personne.
Marie elle-même en est victime.
Elle était « Marie-couche-toi-là ».
Une réputation. Quelques mots. Et presque une identité entière résumée à cela. Au fil du roman, Mathilde Beaussault vient évidemment gratter derrière cette image et nous oblige à regarder l’adolescente autrement.

Et puis il y a Marguerite. C’est probablement elle que je retiendrai le plus. Marguerite est une petite fille solitaire, presque mutique, que les autres considèrent comme simple d’esprit. Elle est maltraitée à l’école, négligée par des parents accaparés par leur exploitation et passe énormément de temps seule près de la rivière. Et Marguerite a vu quelque chose.
Elle devient alors une témoin silencieuse de toute cette agitation adulte.


J’ai trouvé très juste le contraste entre ce que les autres pensent d’elle et ce que nous découvrons lorsque le récit nous permet d’approcher son monde intérieur.
Elle observe énormément. Elle ressent. Elle comprend probablement bien plus de choses que ce que les adultes imaginent. Surtout, elle apporte énormément d’humanité à une histoire qui aurait pu être beaucoup plus froide.

La ruralité quant à elle n’est absolument pas un simple décor. Mathilde Beaussault raconte le travail agricole, l’isolement, les difficultés matérielles, les rapports entre voisins et les familles qui vivent les unes à côté des autres depuis suffisamment longtemps pour que personne n’oublie jamais rien.


Il y a quelque chose d’étouffant dans cette proximité.
Tout le monde connaît tout le monde, mais finalement, connaît-on réellement quelqu’un ?
L’autrice parle d’un monde qu’elle connaît. Fille d’agriculteurs bretons, elle a puisé dans ses propres origines pour construire ce premier roman. Et je pense que cela explique en partie cette impression d’authenticité qui accompagne toute la lecture.

On sent la terre, la rivière, l’humidité, les fermes.
J’ai vraiment aimé cette ambiance de rural noir, à la fois belle et oppressante.

Pour un premier roman, j’ai trouvé la plume de Mathilde Beaussault particulièrement assurée.
Elle peut être rugueuse lorsqu’elle raconte les hommes et leur quotidien, puis devenir beaucoup plus délicate lorsqu’elle s’approche de Marguerite ou de la nature.
La construction participe également énormément au rythme. Les points de vue changent, les interrogatoires permettent aux habitants de raconter leur propre version des événements et les informations arrivent progressivement.


On avance donc autant pour comprendre le meurtre que pour découvrir ce petit monde et les secrets qu’il cache.
C’est ce que j’ai préféré. Parce que Les Saules est bien un polar, mais je l’ai surtout lu comme un roman noir et social. Le meurtre de Marie est le point de départ. Tout ce qu’il permet de révéler autour est, à mes yeux, encore plus intéressant.

  • Vous aimez le rural noir et les atmosphères très marquées.
  • Vous appréciez les polars où les personnages comptent autant que l’enquête.
  • Les histoires de secrets, de rancœurs et de petites communautés vous attirent.
  • Vous aimez les romans noirs avec une véritable dimension sociale.
  • Vous cherchez une plume à la fois âpre, sensible et très visuelle.
  • Vous avez un faible pour les personnages d’enfants singuliers et profondément touchants.
Les saules - Mathilde Beaussault

J’ai beaucoup aimé cette plongée dans une Bretagne rurale qui ne sert jamais simplement de joli décor. Mathilde Beaussault en fait un véritable territoire littéraire, avec ses codes, ses silences, ses rancœurs et ses habitants.
L’enquête fonctionne, mais ce n’est finalement pas elle qui restera le plus de cette lecture.
Je garderai surtout Marguerite, la rivière, les saules, cette communauté qui parle beaucoup tout en taisant l’essentiel et une plume que j’ai vraiment pris plaisir à découvrir. Pour un premier roman, c’est une très belle entrée en matière. Et lorsque je vois que Les Saules a décroché le Grand Prix de littérature policière 2025, je comprends assez facilement ce que le jury a pu lui trouver.
Une très bonne découverte qui confirme définitivement mon retour du côté de la littérature noire.


Allongée au bord de la rivière, cachée par les saules pleureurs, Marie, dix-sept ans, semble paisible, endormie, ce que démentent les marques sombres sur son cou.
Sa mort brutale ébranle toute la communauté, et surtout Marguerite, une petite fille solitaire que tous croient simple d’esprit. Ses parents, peu enclins à manifester leur affection, travaillent leur terre du matin au soir. Livrée à elle-même, maltraitée à l’école, elle aime se réfugier au bord de la rivière où elle se sent en sécurité sous les saules.
C’est là qu’elle a vu quelque chose, cette nuit-là. Elle voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Mutique derrière sa chevelure sale et emmêlée, elle observe l’agitation des adultes qui, gendarmes ou habitants, mènent l’enquête. Mais comment discerner la vérité parmi les rumeurs de village, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?

Laisser un commentaire