Et qu’importe la nuit – Claire Jéhanno

« Il y a des erreurs que l’on pardonne en se compromettant, en fermant les yeux. D’autres qui changent le cours d’une vie. »

Qu'importe la nuit - Claire Jéhanno
En librairie depuis 25 mars 2026 chez Harper Collins Poche – 320 pages, 8.60€

Jusqu’où peut-on aller pour protéger celui qu’on aime ?

Chers lecteurs, chères lectrices,


Cette lecture n’était absolument pas prévue. J’étais simplement en train de ranger les arrivages au rayon littérature lorsque je me suis arrêtée devant Qu’importe la nuit. Une couverture, un résumé, mon envie actuelle d’aller davantage vers la littérature générale et cette petite curiosité qui fait parfois qu’un livre termine dans notre panier alors qu’on ignorait son existence quelques minutes auparavant.

Je découvrais également Claire Jéhanno puisque je n’ai pas lu son premier roman, La Jurée.
Et si Qu’importe la nuit m’a beaucoup intéressée par ce qu’il raconte et surtout par les questions qu’il pose, je suis malheureusement restée un peu trop à distance pour en ressortir véritablement marquée.


Une nuit et une décision qui change tout. Victoire et Jérôme sont ensemble depuis dix ans et s’apprêtent à se marier. Un mois avant la cérémonie, après une soirée passée avec des amis dans leur maison familiale en Touraine, Jérôme prend le volant. Il a bu. Sur une petite route plongée dans le noir, il percute quelque chose.
Ou quelqu’un.
Il s’arrête, regarde autour de lui, ne voit rien et repart.
Peut-être un sanglier.
Peut-être pas.


Pendant ce temps, Marie, sommelière à Chinon, est retrouvée grièvement blessée après avoir été percutée à vélo. Elle est dans le coma. Le roman suit alors deux fils narratifs destinés à finir par se rencontrer : Jérôme et son entourage d’un côté, Marie de l’autre.


Mais finalement, savoir exactement ce qui s’est passé cette nuit-là n’est presque pas la question la plus intéressante du roman.
La vraie question est plutôt : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

C’est vraiment là que le roman m’a intéressée.
Jérôme doit-il se dénoncer alors qu’il ignore exactement ce qu’il a percuté ? Et une fois que Victoire apprend la vérité, que doit-elle faire de cette information ?
Dénoncer l’homme qu’elle aime ?
Le protéger ?
L’obliger à assumer ?
Et si elle garde le silence, à quel moment cesse-t-elle d’être simplement sa compagne pour devenir, moralement du moins, sa complice ?


Claire Jéhanno ne traite pas seulement du délit de fuite. Elle parle de culpabilité, de lâcheté, de loyauté, de responsabilité et de pardon. Elle s’intéresse surtout à ce qui se produit lorsque nos grands principes moraux se retrouvent soudain confrontés à quelqu’un que nous aimons.


Parce qu’il est très facile d’affirmer ce que nous ferions à la place de Victoire lorsque nous sommes tranquillement installés avec notre livre.
Dans la réalité ?
Je me suis posé la question énormément de fois. Et je ne suis pas certaine d’avoir la réponse. C’est ce que je retiendrai principalement de ma lecture.

Sur le fond, j’étais donc complètement intéressée.
Sur la forme, j’ai eu davantage de mal.


La plume de Claire Jéhanno est agréable, la construction autour des deux trajectoires fonctionne bien et j’ai apprécié la façon dont elle décortique les conséquences d’une seule décision sur un couple, une famille et des amitiés.


Mais malgré tout cela, je suis restée spectatrice. Je n’ai pas réussi à m’attacher véritablement à Jérôme, à Victoire ou aux autres personnages. Je comprenais leurs dilemmes, j’analysais leurs réactions, je me demandais régulièrement ce que j’aurais fait à leur place, mais sans jamais ressentir profondément leurs émotions. C’est finalement assez paradoxal pour un roman qui repose autant sur l’humain.

En cherchant d’autres retours après ma lecture, j’en ai trouvé un qui mettait précisément des mots sur cette impression : un sujet passionnant et propice aux questionnements, mais une intrigue qui finit par s’enliser et un certain détachement vis-à-vis des protagonistes. D’autres lecteurs évoquent également un récit parfois un peu plat ou long malgré l’intérêt du dilemme moral.

C’est exactement là que se situe ma réserve.

Je n’ai jamais eu envie d’abandonner Qu’importe la nuit. Je voulais connaître la suite. Je voulais voir jusqu’où Jérôme irait et quelles conséquences ses choix auraient sur les autres. Mais je ne peux pas non plus prétendre avoir été happée.


Il m’a manqué cette tension émotionnelle qui aurait pu rendre le dilemme beaucoup plus puissant. À certains moments, j’ai même ressenti une légère forme d’ennui.
Pas suffisamment pour parler de déception. Simplement suffisamment pour constater qu’un fossé s’était installé entre les personnages et moi et qu’il ne s’est jamais vraiment refermé. C’est d’autant plus frustrant que le sujet est vraiment très bon.


Claire Jéhanno part d’une situation finalement terriblement simple pour questionner nos certitudes. Courage et lâcheté ne sont plus aussi faciles à distinguer lorsqu’il faut réellement choisir. L’amour peut devenir protection, mais jusqu’où peut-il aller avant de devenir compromission ?


Et surtout : peut-on continuer à regarder de la même manière quelqu’un que l’on aime lorsqu’on découvre qu’il est capable d’un acte qui heurte profondément nos propres valeurs ?
Ça, en revanche, m’est resté.

  • Le dilemme moral posé par le roman est réellement intéressant.
  • La lecture pousse constamment à se demander ce que l’on aurait fait à la place des personnages.
  • Les thèmes de la culpabilité, du pardon, de la loyauté et de la lâcheté sont bien exploités.
  • La double narration permet d’observer les conséquences d’un même événement de différents côtés.
  • La plume de Claire Jéhanno est fluide et accessible.
  • Le roman offre matière à discuter longtemps après sa lecture.
  • Le rythme peut sembler assez plat par moments.
  • Certains passages donnent l’impression que l’intrigue tourne un peu autour de son dilemme.
  • L’attachement aux personnages peut être difficile.
  • Si vous avez besoin d’une forte connexion émotionnelle avec les protagonistes, le roman risque de vous laisser à distance.
Qu'importe la nuit - Claire Jéhanno

Qu’importe la nuit restera donc pour moi une lecture assez particulière. Parce que j’ai trouvé son sujet bien plus marquant que le roman lui-même. J’ai aimé les questions qu’il m’a posées. J’ai aimé réfléchir à la culpabilité, au pardon, à la responsabilité et surtout à cette frontière beaucoup moins nette qu’on ne le croit entre protéger quelqu’un et cautionner ses actes.
Mais je n’ai jamais réussi à véritablement entrer dans l’intimité des personnages.


Je les ai regardés prendre leurs décisions, se débattre avec leur conscience et leurs sentiments sans réussir à partager réellement leurs émotions. Et lorsque cette distance s’accompagne de quelques moments d’ennui, difficile pour moi de parler d’une lecture qui restera longtemps.


Ce n’est donc pas une déception. Ce n’est pas non plus une lecture marquante.
C’était une rencontre intéressante avec Claire Jéhanno, suffisamment pour que je reste curieuse de découvrir La Jurée un jour, mais Qu’importe la nuit restera simplement une lecture correcte dans mon année de lectrice.
Ni plus, ni moins.


Victoire et Jérôme mènent une existence heureuse. Ensemble depuis dix ans, ils s’apprêtent à se marier aux Ormes, une élégante maison de famille en Touraine. Mais à un mois de l’événement, en pleine nuit, Jérôme percute une silhouette au bord de la route. Une seconde d’inattention qui pourrait bouleverser des vies entières.
Peut-on tout pardonner à ceux qu’on aime ? Quelles sont les erreurs qui changent une trajectoire ?

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