« Ceux qui ont une moins bonne mémoire semblent beaucoup moins soupçonneux à l’égard du monde, moins querelleurs. »

Psychologique, oui, mais pas tout à fait comme je l’espérais
Chers lecteurs, chères lectrices,
Rebelote, encore un titre qui m’a fait lever les yeux au ciel. La Thérapeute.
Après les femmes de ménage, les femmes au foyer et tous ces titres qui semblent soudain se multiplier dès qu’une formule fonctionne, j’avoue que je commence parfois à avoir l’impression qu’on me vend davantage une tendance qu’un roman. Mais vous me connaissez : je râle et ensuite je lis quand même.
D’autant plus qu’ici, le titre me promettait exactement ce que j’aime dans un thriller : de la psychologie. Et puisque Helene Flood est elle-même psychologue, j’espérais vraiment retrouver cette dimension au cœur de son histoire. Ajoutez à cela qu’il s’agit d’un thriller norvégien et j’avais déjà un deuxième préjugé à combattre. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai souvent du mal avec la littérature nordique. Pourtant je persiste, parce que rester enfermée dans mes goûts et mes certitudes, ce n’est vraiment pas mon truc.
Une disparition et beaucoup de questions
Sara est thérapeute et reçoit ses patients dans la maison qu’elle partage avec son mari, Sigurd, sur les hauteurs d’Oslo. Un vendredi matin, celui-ci part rejoindre des amis pour un week-end à la montagne. Quelques heures plus tard, il lui laisse un message lui annonçant qu’il est bien arrivé. Sauf qu’il n’est jamais arrivé.
À partir de ce mensonge, Helene Flood installe progressivement le doute. Que faisait réellement Sigurd ? Que savait Sara de son mari et de leur couple ? Et surtout, jusqu’à quel point peut-elle se fier à ses propres souvenirs ?
Le roman nous enferme dans son point de vue, entre présent et souvenirs de son mariage, tandis que leur maison en travaux devient elle-même de plus en plus inquiétante : des objets semblent changer de place, des bruits apparaissent et Sara commence à remettre en question ses propres perceptions. C’est d’ailleurs l’un des aspects du roman qui revient régulièrement dans les analyses que j’ai lues : le suspense repose beaucoup sur l’incertitude et l’intériorité de Sara plutôt que sur l’action. Sur le principe, c’était exactement ce que j’étais venue chercher.
Mais Sara et moi, ça n’a pas pris
Mon principal problème avec La Thérapeute tient finalement à son personnage principal. Je n’ai développé absolument aucun attachement pour Sara. Plus encore, j’ai parfois été assez déroutée par son manque d’empathie et la froideur de certaines de ses réactions. Ce qui est plutôt paradoxal pour une femme dont le métier consiste précisément à écouter, comprendre et accompagner les autres.
Je comprends pourtant ce que cherche Helene Flood avec ce personnage. Sara analyse les autres quotidiennement, mais se révèle beaucoup moins lucide lorsqu’il s’agit de sa propre vie, de son couple ou de ses émotions. Cette contradiction est même l’un des ressorts intéressants du roman. Seulement, là où ce détachement pourra intriguer certains lecteurs, il m’a surtout maintenue à distance. Et dans un thriller aussi centré sur l’intériorité de son héroïne, c’est forcément compliqué.
Trop vite compris
Il me manquait également cette sensation que j’attends d’un thriller psychologique : celle de me faire manipuler. J’avais envie de douter de tout, de construire plusieurs théories, d’en abandonner certaines et de découvrir à la fin que je m’étais fait avoir depuis le début. Sauf que j’ai compris où l’histoire voulait m’emmener aux alentours de la moitié du roman.
À partir de là, même si j’avais envie de vérifier que j’avais raison et que le livre se lit suffisamment facilement pour entretenir l’envie de continuer, une partie du suspense avait disparu. Ce n’est donc pas un thriller qui m’aura particulièrement surprise, ni une lecture qui restera longtemps dans ma mémoire.
Pour autant, je ne peux pas dire que je me sois ennuyée. L’idée de départ fonctionne, la maison inachevée apporte une atmosphère assez particulière et le roman se lit vite. J’ai aussi apprécié cette réflexion autour de ce que l’on connaît réellement de la personne avec laquelle on partage sa vie.
Simplement, j’attendais davantage. Plus de vertige psychologique. Plus de manipulation. Peut-être aussi un personnage auquel j’aurais eu davantage envie de m’accrocher. La Thérapeute aura donc été une lecture agréable, mais pas marquante. Un thriller que j’ai lu avec un petit plaisir sur le moment et que je risque probablement d’oublier assez rapidement.
Et vous savez quoi ?
Je continuerai quand même à tenter la littérature nordique. Dans quelques temps et juste quelques fois.
Je suis têtue comme ça.
Les bonnes raisons de lire La Thérapeute :
- Pour son ambiance froide et assez oppressante.
- Pour le doute qui s’installe progressivement autour de Sara et de ses souvenirs.
- Pour la maison inachevée qui participe vraiment à l’atmosphère du roman.
- Pour la réflexion autour du couple et de ce que l’on connaît réellement de l’autre.
- Pour un thriller qui se lit facilement et assez rapidement.
Les moins bonnes raisons de le lire :
Si vous avez besoin de vous attacher au personnage principal, Sara risque de vous laisser à distance. Et si vous êtes habitués aux thrillers psychologiques et aimez être complètement retournés par leur dénouement, il est possible que vous anticipiez une partie de ce que le roman vous réserve.

En bref :
La Thérapeute avait beaucoup d’éléments pour me convaincre et je comprends ce que d’autres lecteurs ont pu trouver dans son atmosphère et son travail autour du doute. Mais entre une héroïne avec laquelle je n’ai jamais réussi à créer de véritable lien et un dénouement que j’avais largement anticipé, il m’a manqué ce petit supplément de tension psychologique qui aurait pu faire toute la différence.
J’ai passé un bon moment.
Sans plus.
Et parfois, ce n’est déjà pas si mal.
4ème de couverture :
TES SOUVENIRS CHANGENT. LA VERITE, NON.
Sara a 30 ans. Psychologue, elle suit des adolescents confrontés à des problèmes familiaux. Avec son mari, Sigurd, elle a récemment emménagé dans une maison surplombant Oslo. C’est là qu’elle a installé son cabinet. Lorsque Sigurd part passer la nuit chez des amis, à la montagne, le dernier message qu’elle reçoit de lui est une note vocale qui lui confirme qu’il est bien arrivé.
Mais le soir même, un ami de Sigurd l’appelle et s’inquiète parce qu’il n’est toujours pas là. Sigurd a-t-il menti ? Soudain, elle se sent prise de malaise dans cette maison aux pièces inachevées. Lorsque la police arrive et l’interroge, elle commence à craindre que la clé de la disparition de Sigurd se trouve peut-être dans ses propres souvenirs. Plus Sara se rapproche de la vérité, plus il lui paraît impossible de garder le contrôle de sa vie…
Elle qui a appris à interpréter les émotions des autres, est-elle en train de perdre sa lucidité et basculer dans un autre monde ?