« Mais c’est ce qu’il y a de formidable dans la fiction, non? C’est une échappatoire. Un endroit où aller quand on veut être ailleurs. »

Quand un détail m’empêche de complètement fondre
Chers lecteurs, chères lectrices,
Je suis plutôt bon public pour les histoires qui parlent de librairies, de livres et de reconstruction. Donnez-moi un personnage un peu cabossé par la vie, mettez-le au milieu de quelques rayonnages et expliquez-moi que les livres vont l’aider à reprendre pied, et normalement, mon petit cœur de guimauve est déjà prêt. Pourquoi ? Parce que j’y crois.
Je crois au pouvoir des livres, à leur capacité à nous accompagner à certains moments de notre vie, à nous offrir un refuge lorsqu’on en a besoin ou simplement à mettre des mots sur quelque chose que nous n’arrivions pas à exprimer nous-mêmes.
Alors forcément, La Librairie de Primrose Hill partait avec un sérieux avantage. Sur le papier, tout était réuni pour me bouleverser.
Douze livres pour réapprendre à vivre
Tilly a perdu Joe, son mari, six mois plus tôt des suites d’une maladie. Depuis, elle survit davantage qu’elle ne vit. Elle travaille beaucoup, fuit leur appartement rempli des affaires de celui qu’elle a perdu et, surtout, elle n’arrive plus à faire quelque chose qu’elle aimait pourtant profondément : lire.
Jusqu’au jour où la librairie de son quartier la contacte. Avant de mourir, Joe a préparé pour elle douze livres. Un pour chaque mois de l’année à venir, chacun accompagné d’une lettre et choisi avec une intention particulière. Douze lectures qui vont progressivement pousser Tilly à sortir de son immobilité, à expérimenter de nouvelles choses, à voyager et surtout à envisager qu’avancer ne signifie pas oublier.
Vous comprenez pourquoi je pensais que ce roman allait m’avoir ? L’idée est belle et j’ai beaucoup aimé la place réellement accordée aux livres. Ils ne servent pas simplement à donner au roman une jolie couverture avec une librairie dessus : ils participent concrètement au cheminement de Tilly. Chaque lecture devient une impulsion et une manière pour Joe de continuer, pendant quelques mois encore, à lui tendre la main.
Et ça, forcément, ça me parle.
Oui, j’ai pensé à P.S. I Love You
Difficile pour moi de ne pas faire le rapprochement.
Je n’ai jamais lu P.S. I Love You, mais j’ai vu le film et le principe m’est immédiatement revenu en tête : un homme condamné prépare avant sa mort une série de messages destinés à accompagner la femme qu’il aime dans son deuil et à l’aider progressivement à recommencer à vivre. J’avais adoré.
Ici, remplacez les lettres par des livres et vous voyez où je veux en venir. Mais finalement, cela ne m’a pas particulièrement dérangée parce que La Librairie de Primrose Hill développe suffisamment son propre rapport à la lecture et à la reconstruction pour que j’accepte volontiers cette familiarité. Et surtout parce que je suis précisément le genre de lectrice qui peut tomber dans ce genre de piège émotionnel avec un grand sourire.
J’étais donc toujours parfaitement disposée à sortir les mouchoirs. Et puis un problème est arrivé. Un tout petit problème. Enfin, petit pour vous peut-être.
Les prénoms. Encore les prénoms. Toujours les prénoms.
Ceux qui me suivent depuis longtemps savent probablement déjà où je vais en venir. Je déteste les répétitions de prénoms. Mais vraiment.
C’est l’un de mes tocs littéraires les plus tenaces et, lorsque je commence à les remarquer dans un roman, c’est terminé. Mon cerveau ne voit plus qu’elles.
À croire parfois que les pronoms personnels ont été supprimés de la langue française et La Librairie de Primrose Hill a appuyé exactement là où il ne fallait pas. Au début, j’ai essayé de passer outre. Puis j’en ai remarqué une deuxième, une troisième, une quatrième et l’engrenage de l’agacement était lancé. À certains moments, j’ai même envisagé d’abandonner ma lecture uniquement à cause de ça.
Est-ce totalement disproportionné par rapport aux qualités du roman ? Probablement.
Mais nous avons tous nos petites obsessions de lecteurs, non ? Le détail qui passera totalement inaperçu chez quelqu’un d’autre et qui, chez nous, finit par prendre une place démesurée. Voilà la mienne.
C’est finalement là que se trouve toute ma frustration avec ce roman. Parce que je comprends parfaitement pourquoi il touche autant ses lecteurs. Les retours que j’ai consultés insistent beaucoup sur la douceur avec laquelle Libby Page traite le deuil, sur l’espoir qui traverse l’histoire et sur la place des livres dans la reconstruction de Tilly et je suis d’accord avec tout cela.
Le roman rappelle notamment quelque chose que je trouve très juste : se reconstruire après la disparition de quelqu’un ne signifie pas cesser de l’aimer. Tilly avance progressivement, parfois difficilement, et les livres laissés par Joe ne sont pas là pour effacer son chagrin mais pour lui permettre de retrouver peu à peu une place dans sa propre existence. C’est tendre, lumineux sans nier la douleur. Normalement, j’aurais dû fondre. Si, si, je vous jure.
Seulement, pour être véritablement touchée par une histoire comme celle-ci, j’ai besoin d’oublier que je suis en train de lire. Or, chaque fois qu’une répétition me faisait tiquer, je sortais de l’émotion pour revenir à la phrase elle-même. Et lorsqu’on commence à observer la manière dont un texte est écrit au lieu de vivre ce qu’il raconte, la magie fonctionne forcément moins bien.
Je n’ai pas trouvé La Librairie de Primrose Hill mauvais. Loin de là. J’ai aimé son idée, sa douceur, la manière dont les livres accompagnent Tilly et ce message auquel j’adhère complètement : parfois, une lecture arrive au bon moment et nous aide réellement à avancer. Mais je suis restée beaucoup plus à distance que je ne l’aurais imaginé.
Et je tiens à préciser que, dans les différents retours que j’ai lus après avoir terminé le roman, je n’ai quasiment vu personne relever ce problème de répétitions. Alors ne partez surtout pas du principe que vous allez forcément les remarquer maintenant que je vous en ai parlé. Le problème vient probablement davantage de moi et de mes fameux tocs littéraires.
Les bonnes raisons de lire La Librairie de Primrose Hill :
- Pour une histoire profondément tournée vers les livres et ce qu’ils peuvent nous apporter.
- Pour la jolie idée des douze romans choisis par Joe.
- Pour son approche douce du deuil et de la reconstruction.
- Pour Tilly et son cheminement pendant toute une année.
- Pour une lecture doudou qui conserve une vraie part de mélancolie.
- Pour son message sur la possibilité d’avancer sans oublier ceux que l’on a aimés.
- Pour tous ceux qui croient, eux aussi, que certains livres peuvent réellement nous aider à traverser une période de notre vie.
Les « moins » bonnes raisons de le lire :
Si, comme moi, vous avez une sensibilité presque maladive aux répétitions, notamment celles des prénoms, je préfère vous prévenir : cela pourrait devenir compliqué.
L’histoire repose également sur un schéma assez familier autour du deuil et des messages laissés par un être aimé avant sa mort. Si vous connaissez P.S. I Love You, le rapprochement risque donc de vous venir assez naturellement.

En bref :
Je crois que La Librairie de Primrose Hill restera pour moi le livre du « presque ».
Presque la lecture doudou parfaite.
Presque le roman capable de faire fondre mon petit cœur de guimauve.
Presque une histoire dans laquelle j’aurais pu complètement me laisser emporter.
Tout était pourtant là : une librairie, des livres qui ont un véritable rôle à jouer, une héroïne en reconstruction et cette idée que la littérature peut parfois nous aider à retrouver notre chemin lorsque la vie nous a complètement désorientés. J’y crois fort. C’est même probablement pour cela que j’attendais autant de cette histoire.
Mais des répétitions de prénoms sont venues s’installer entre Tilly et moi et, une fois que mon cerveau les a repérées, impossible de les faire disparaître. Alors oui, j’ai aimé, parfois en serrant un peu les dents et je suis presque certaine que beaucoup d’entre vous seront bien plus bouleversés que moi.
À condition, évidemment, que je ne vienne pas de vous transmettre mon obsession des prénoms.
Si c’est le cas, toutes mes excuses.
4ème de couverture :
Tilly Nightingale, rédactrice pour magazines à Londres, n’a pas ouvert un seul livre depuis la mort de son fiancé survenue cinq mois plus tôt. Alors, lorsqu’elle reçoit un appel de la librairie de Primrose Hill pour l’informer d’un dernier cadeau laissé par Joe, elle a du mal à y croire. Il ne s’agit pourtant pas d’une erreur : elle recevra 12 livres soigneusement choisis par Joe avant de mourir pour l’accompagner pendant les 12 prochains mois de l’année à venir sans lui. Grâce à ces lectures, à un libraire mystérieux et au soutien de ses proches, Tilly va réapprendre à vivre, à voyager, et surtout à aimer.