Entre deux mondes – Olivier Norek

« A la fin, il faudra regarder tout ce qu’on accepte de faire, murmura-t-il. Et ce jour là, j’ai peur de me dégouter. »

Adam et sa famille sont en danger dans leur pays, la Syrie. Leur Eldorado? L’Angleterre ou Youké comme le disent les migrants. Un long voyage commence pour rejoindre Calais et sa jungle, soit disant lieu de passage où la qualité de vie est meilleure que la leur. Mensonge. Nora & Maya doivent partir en premières, le père les rejoindra.
Adam découvre là-bas, un entre deux mondes, un lieu où la population est divisée en plusieurs ethnies selon les origines de chacun, un lieu immense, 10 000 migrants s’entassent dans l’attente de traverser la Manche par n’importe quel moyen. Violence, misère et espoir se côtoient. Où se trouve sa femme et sa fille? Adam ne les trouve pas, ne comprend pas. Flic dans son pays, c’est pour ne pas devenir fou qu’il tente d’élucider le(s) crime(s) dans la jungle. Lieu de non-droit pour les policiers de Calais, Bastien, lieutenant fraichement débarqué de Bordeaux n’y a jamais mis les pieds. Il va découvrir ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Difficile pour lui de faire face. Deux hommes, deux flics venant chacun d’un monde différent vont se rencontrer.

Olivier Norek a passé 18 ans en tant que Lieutenant dans le 93. Il nous livre ici un roman où l’enquête policière n’est qu’un prétexte pour vous mettre face à un réel problème social et politique. Vous allez devoir, contre votre gré, ouvrir les yeux. Terriblement difficile tant les mots sont vrais, préparez-vous à vous sentir mal, vraiment très mal. Norek a ce talent magnifique de vous donner les points de vus des migrants, des calaisiens, des policiers, des anglais, des associations humanitaires et du gouvernement sans JAMAIS prendre partie. Il ne vous guide pas vers ses idéaux, non, non, il vous amène face à la réalité des choses. C’est puissant, c’est terrible. Lors de votre périple, vous allez rencontrer Adam et Bastien bien sûr mais aussi Ousmane, Kilani, le petit soudanais ou l’innocence volée. Des personnages tellement intenses et entiers que vous allez avoir l’impression de les connaître.

Ce roman transpire la cruauté de la réalité. Certes aujourd’hui la jungle de Calais n’existe plus à proprement parlé mais franchement, ne soyons pas stupide, ouvrons simplement les yeux au lieu de faire semblant de ne pas être concerné. Des migrants, vous en voyez partout. Ces âmes perdues, loin de leur terre et de leur racine qui tentent tant bien que mal de trouver un monde meilleur.

A ce jour, il ne m’a jamais été donné de lire un livre d’une telle difficulté. Tout au long de la lecture je me suis sentie hypocrite dans ma petite vie bien rangée. Ai-je le droit de me plaindre d’avoir un problème de connexion internet quand au bout de ma rue, je sais qu’il y a un camp avec trois familles qui vivent dans un bidonville déplorable?

J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer Olivier Norek, je l’ai écouté raconter son histoire. En regardant les informations, tout comme moi je l’admets, il a pris peur en voyant ce flux migratoire arriver sur la France chaque jour. Puis il a ouvert son esprit, a pris conscience que « Norek » était un nom polonais (mes arrières grands-parents étaient aussi polonais…) et il s’est senti mal. Tellement mal, qu’il a pris son sac à dos et qu’il est parti passer trois semaines dans la jungle de Calais. Trois semaines qui ont à tout jamais changé sa vie. De là est né Entre deux mondes. Military Man, c’est lui.

D’une sincérité à vous couper les jambes, cette histoire est définitivement une bonne claque dans la figure, un coup de poing dans le ventre. Inutile de romancer des faits aussi terrible, ici, n’est décrit que la réalité des choses. Lorsque l’auteur me dit qui lui a fallu deux ans pour s’en remettre, je le crois aisément. Après voir lu les remerciements, à la fin du livre, j’ai tellement pleuré et je me suis sentie si honteuse… Grosse remise en question. Ce bouquin est une torture de laquelle il est impossible d’échapper. J’avais mal, j’avais honte mais je ne pouvais pas le lâcher. Non pas que j’aime me faire du mal hein! Mais quand on se prend un million d’émotions dans la tronche, on veut rester digne et fort, par respect pour cette histoire, par respect pour l’auteur, pour garder espoir.

Sortez vos mouchoirs, évitez les miroirs…

Monsieur Olivier Norek, merci d’avoir remis en cause mon intégrité, merci de m’avoir bousculé sans ménagement, merci d’avoir écrit cette histoire qui je le sais, me hantera longtemps. Très, très longtemps.

Merci.

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