Les mille et une vies de Billy Milligan – Daniel Keyes

« Je hais ce mur. Merde à ce mur! Il veut se rapprocher de moi, plus près, toujours plus près. […] Il faut que je surveille ce mur ou bien ce mur qui rit aux éclats va me foncer dessus, m’envahir, m’écraser. »

Nous sommes le 26 octobre 1977, William Stanley Milligan est chez lui, dans son appartement de l’Ohio. Son avenir bascule en une soirée lorsque débarque à son domicile une ribambelle d’officiers venus l’arrêter. Les chefs d’accusation sont nombreux, on parle de viol sur au moins deux femmes et de vol. Les preuves sont retrouvées dans son appartement. Tout semble l’accabler.

Seulement, William, alias Billy Milligan ne comprend pas ce qui lui arrive, il se fait arrêter pour des actes dont il n’a aucun souvenir et dont il ne peut imaginer en être l’auteur. Alors que pour la police l’enquête semble promise à une résolution rapide, les agents sont à ce moment, loin de se douter ce qui va arriver. En effet, Billy n’est pas un criminel comme un autre, vraiment pas. C’est grâce à ses avocats commis d’office que la lumière va se faire sur lui.

Vous allez découvrir à travers cette lecture complétement différente de ce que j’ai l’habitude de lire, l’histoire vraie d’un jeune homme dans la vingtaine qui se trouve être malade. Ici, on parle d’une maladie hors du commun au sens littéral. Avez-vous déjà imaginé qu’un seul être puisse abriter 24 personnalités différentes? Il est question de 24 personnalités où l’on peut rencontrer un homme ou une femme, un enfant ou un adulte, des nationalités diverses lors des entretiens avec le prévenu. Je ne vais pas vous parler de schizophrénie, non non, ici il s’agit de tout autre chose. On appelle ça le trouble dissociatif de l’identité ou plus communément, trouble de la personnalité multiple.

Après une enfance où maltraitance est chose quotidienne (difficile d’imaginer pire…) et afin de se protéger, les psychiatres vont comprendre que les identités de Billy sont toutes aussi différentes les unes des autres. Entre Ragen, yougoslave protecteur des enfants, Arthur, londonien cultivé et réfléchi , Allen, petit manipulateur qui prend souvent « la lumière » (prise de parole), Tommy, l’expert de l’évasion etc… le panel d’« habitants » (comme Billy les appelle afin de les représenter comme des personnes à part entière) dont une partie est reléguée chez les « indésirables » (les nuisibles) est variée. Daniel Keyes, écrivain relatant cette histoire a suivi Billy durant une grande partie de sa vie, il a vécu les déboires de ce jeune homme balloté de prisons haute sécurité à hôpital psychiatrique, il explique la réalité de la situation. A travers les entretiens avec les avocats, les psychiatres, il nous explique dans son livre qui n’a rien d’un documentaire, un trouble mental encore inconnu pour la plupart d’entre nous. Comment ne pas croire en la véracité de ses dires quand Billy qui a arrêté l’école très tôt est capable à travers Ragen de parler slave? Comment peut-il être parfois être myope et parfois non? Là où je veux en venir, c’est qu’il nous donne l’impression d’utiliser son cerveau plus intensément que le notre.

L’histoire est racontée de façon chronologique, nous, lecteurs, assistons impuissants à la vie de Billy qui, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte n’est que malheur. Ce trouble est difficile à imaginer, ce qui, vous vous en doutez bien, laisse dubitative la justice qui a l’impression d’être abusée. En plus de rester bouche bée face à cette maladie, j’ai été touchée par Billy que je n’ai finalement pas beaucoup rencontré. Déshumanisé, jeté en pâture aux médias, il est très vite devenu la persona non grata. Keyes nous montre à travers ce livre, grâce à ses nombreuses entrevues avec les habitants, les médecins et les avocats pourquoi et comment chaque personne à un rôle bien défini. Leur hôte (Billy) ne vient que rarement dans la lumière, petit à petit l’auteur nous explique comment, à travers un (des) traitement(s) la fusion entre toutes les personnalités est tentée afin de le sauver.

Bref, vous l’aurez compris, ici on ne parle pas de personnages fictifs où la fin est prévisible. En commençant ce livre, préparez-vous à être secoué, bouleversé et touché. Pour les plus sceptiques, je vous laisse le plaisir de découvrir Les mille et une vies de Billy Milligan et vous verrez par vous même que notre ignorance peut parfois rendre nos jugements trop attifes.

M.Night Shyamalan, réalisateur connu pour avoir offert Sixième sens au public s’est d’ailleurs librement inspiré de Milligan pour son personnage dans Split. Si vous avez vu ce film, aussi spectaculaire soit-il de part le jeu d’acteurs, rassurez-vous, il ne relate absolument pas le témoignage de Daniel Keyes.

Un livre vraiment exceptionnel, qui m’a permis de découvrir une personne extraordinaire (au sens strict) et un système judiciaire américain complexe. Je peux vous garantir que vous ne sortirez pas indemne d’une telle histoire. Chapeau bas pour l’auteur !

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