J’ai posé 10 questions à … PHILIPPE SETBON

1) Pouvez-vous vous décrire en quelques mots afin de vous présenter aux lecteurs de Black-Books?

Je m’appelle Philippe Setbon, j’ai 61 ans, j’ai connu plusieurs parcours successifs et complémentaires : auteur de BD à mes débuts, scénariste et réalisateur pour le cinéma et la télévision depuis les années 80, et plus récemment romancier et photographe. J’ai quitté Paris il y a bientôt deux ans pour m’installer sur la côte basque où je me consacre maintenant à ma carrière d’auteur de polars.


2) Depuis quand écrivez-vous et comment vous est venue l’envie?

J’écris depuis mon adolescence. J’ai publié mon premier ouvrage sur le cinéma avant mes vingt ans ! Dire d’où viennent les idées, comment ou pourquoi j’écris m’est impossible. Je pense que c’est dans les gènes, que c’est un besoin d’expression vital. Quelque chose qui ne s’apprend pas mais qu’on ne cesse d’affiner et de perfectionner pendant toute sa vie.

3)Votre inspiration vient-elle complétement de votre imagination ou une petite part de réalité à toujours sa place?

Je crois que l’imagination d’un auteur est forgée par son vécu. Donc quelle que soit la fiction, elle est toujours basée sur le réel, même s’il est déformé, masqué, voire méconnaissable. Les sentiments des personnages, la profondeur humaine qu’ils peuvent avoir proviennent de notre quotidien, de notre proche entourage. C’est, je pense, la seule façon de ne pas écrire des clichés, mais des êtres de chair et d’os… et de papier. Dans mes premiers romans, je me fermais au monde pour inventer un univers clos, construire mes histoires sans interférences de l’extérieur. Mais peu à peu, j’ai délibérément baissé ma garde et laissé pénétrer la réalité, pour ancrer mes récits dans un environnement crédible et familier. J’ai commencé avec « L’apocalypse selon Fred », qui a rapidement viré à la psychanalyse ! Dans ce livre, qui n’est pas tout à fait un polar mais presque, je crois donner quelques clés pour appréhender les sources de l’imaginaire d’un romancier. C’est même le sujet du livre…


4)Quels sont vos auteurs préférés et pourquoi?

Zola d’abord et avant tout, pour la noirceur de son écriture, pour le côté tentaculaire de son œuvre, pour l’incroyable minutie de son écriture. Dans un autre ordre d’idées, j’ai beaucoup appris en lisant des auteurs aussi différents que Patricia Highsmith, Sébastien Japrisot, John Irving et, c’est pratiquement inévitable vu l’extraordinaire densité de sa bibliographie, Stephen King. Il y en a beaucoup d’autres, mais ce sont les premiers qui me viennent à l’esprit.

5) D’où vous est venue l’idée d’écrire une histoire comme « Si je meurs avant mon réveil » ?

Pour démarrer un roman, et surtout aller jusqu’au bout de son écriture, j’ai besoin d’être porté par un challenge. Pour « Si je meurs avant mon réveil… », c’est l’envie de raconter une histoire policière sur plusieurs époques, avec une multitude de personnages, de les croiser, parfois jusqu’au vertige, tout en restant totalement lisible, compréhensible et n’abattre les cartes qu’au dénouement. Réussir ce genre de pari, est très gratifiant. La forme et le fond se confondent et se complètent.

6) Avez-vous un rituel d’écriture? Êtes-vous plutôt un écrivain du matin, du soir, de la nuit ou autre?

Plutôt du matin, je dirais. Mais étant quelqu’un de très concentré et d’assez rapide (une fois que la construction est arrêtée), quand la machine est lancée, rien ne peut la stopper et il m’arrive d’écrire pendant des journées voire des semaines entières. La première version vient toujours très rapidement. C’est le second passage qui prend davantage de temps. C’est là que je trouve réellement le style de la narration.

7) Êtes-vous sensible à la critique littéraire? 

Oui et non. Je ne vais pas mentir : une bonne critique – surtout si elle est intelligente et argumentée – est toujours plus agréable à recevoir qu’une mauvaise. Mais je crois qu’il faut être sûr de son travail. Si l’auteur pense avoir accompli ce qu’il voulait faire au départ, le reste n’a pas grande importance. Maintenant, c’est vraiment agréable de voir qu’on a été compris, apprécié pour les bonnes raisons.

8) Êtes-vous écrivain à part entière ou exercez-vous une profession à coté ? Si oui laquelle ? Que vous apporte-t-elle par rapport à votre travail d’écrivain ?

Je suis un cas un peu particulier : j’écris des romans depuis 1994 en parallèle avec mon travail dans l’audiovisuel démarré une bonne décennie auparavant. Les romans étaient ma plage de liberté dans un enchaînement souvent frustrant de « commandes » à la télévision où le compromis est roi. Aujourd’hui, le livre est pratiquement devenu mon activité principale, avec la photo. C’est donc à l’envers que je réponds à votre question : mon travail d’écrivain a été un espace créatif à 100% dans mon travail plus régulier et plus accaparant de scénariste et de réalisateur. Les deux activités n’ont que peu de choses en commun. Pour écrire un roman, j’ai toujours dû « oublier » mes techniques de scénariste, mes automatismes. Il en reste, bien sûr, toujours quelque chose. Un besoin d’efficacité, une volonté de clarté, de simplicité. Ce qui n’est pas forcément un handicap, d’ailleurs…

9) On dit souvent que l’auteur « fait passer un message » : est-ce le cas pour vous ? Si oui quel est ce message ?

Un message ? Je ne sais pas. Le seul message que je pourrais éventuellement faire passer c’est : « Lisez mon livre, oubliez vos soucis, pénétrez dans mon univers et laissez-vous porter jusqu’à la dernière page ». Si le lecteur a basculé dans une dimension parallèle pendant le temps de sa lecture, je suis pleinement satisfait. Et mon « message » sera passé !

10) Comment s’est fait le choix de votre maison d’édition ?

J’ai travaillé pour des éditeurs comme Rivages/Noir, Flammarion, Buchet-Chastel, puis au Caïman maison plus modeste spécialisée dans le polar où j’ai publié quatre romans avec bonheur. Récemment, j’ai fait la connaissance de Jean-Luc Tafforeau des éditions AO à l’occasion d’un livre de nouvelles et nous avons sympathisé. J’ai donc pensé à lui pour « Si je meurs avant mon réveil… ».

C'est un immense honneur pour moi d'avoir pu échanger avec Monsieur Philippe Setbon. Il est indispensable que vous lisiez ce livre afin de comprendre pourquoi "Si je meurs avant mon réveil..." est si merveilleux. Un GRAND merci !

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