Boréal – Sonja Delzongle

« Mais de cela il s’est à jamais coupé, répondant à l’appel des sens, au chant des glaces et de la nature, à cette voix sauvage qui est devenue la sienne. »

Luv était loin de se douter qu’en acceptant cette mission scientifique au Groenland alors que ça vie personnelle ressemble à un château de cartes sur le point de s’effondrer, elle allait y vivre l’une des pires épreuves qu’un être humain puisse imaginer. Elle part y retrouver un groupe de chercheurs sur la base Arctica où chacun a pour mission d’étudier le réchauffement climatique qui menace la plus grande île du monde. Glaciologue, biologiste, sismologue, tout le monde est là. Seulement voilà… La découverte d’un cimetière gelé de bœufs musqués par centaine, semblant refléter la peur absolue dans leurs yeux encore ouverts chamboule tous les plans des scientifiques. Que s’est-il passé dans ce lieu où la place de l’Homme ne semble pas acceptée? En pleine nuit polaire, l’enquête commence, les disparitions inexpliquées aussi…

Bienvenue au nord de l’océan Atlantique où la canicule qui s’installe en France n’y trouve pas sa place. Venez vous rafraichir avec des températures en dessous des -35 degrés, où chaque parcelle de votre peau à l’air libre brûle sous l’effet du gel. Sonja Delzongle ne vous épargnera pas. Malgré un titre évocateur de l’une des plus belles merveilles de la nature, les aurores boréales ne seront ici qu’une ouverture minime sur le gouffre dans lequel nous plongeons à travers ce roman aussi noire que la nuit polaire qui s’est installée sur la région de Thulé. Munissez-vous de votre ulu si vous le souhaitez, sans grand espoir qu’il vous aidera à vous en sortir entier.

A travers cette histoire aussi glaciale que magistrale, vous allez découvrir un monde connu uniquement des explorateurs chevronnés qui ont osé, que soit pour un challenge personnel ou pour des recherches visant à sauver cette partie du globe du réchauffement climatique qui, en plus de menacer la faune locale, risque de provoquer la perte de l’humanité toute entière. Une entrée en enfer, qui vous fera relativiser les fortes chaleurs qui écrasent notre pays.

Les personnages décrits ici sont profonds et extrêmement bien construits. Vous allez apprendre à les connaitre, découvrir leurs secrets les plus intimes, leurs drames personnels, les aimer, les haïr, les comprendre, les prendre pour des fous… Bref un ascenseur émotionnel qui vous fera vaciller entre chair de poule et sueur froide. Comment réagirions-nous face à une nature où la glace domine l’Homme, où la lumière ne perce plus à travers le ciel, où une hécatombe nous tombe dessus sans que l’on puisse l’expliquer? Difficile à dire… Je préfère regarder les glaçons fondre dans mon verre que m’imaginer partir en expédition dans un endroit où je ne suis pas plus forte qu’un flocon de neige s’écrasant contre un ours.

A travers Boréal, l’auteure nous fait passer un message fort, très fort. Qui sommes-nous fasse à la nature? Que faisons-nous subir à notre planète? Que sommes-nous prêt à faire par instinct de survie? Jusqu’où sommes-nous capable d’aller pour garder un tant soit peu d’humanité? Un plaidoyer en faveur d’un peuple oublié par beaucoup, les inuits, qui, tout en ayant un respect profond pour la nature qui les entoure tente de survivre à une vie chamboulée par le climat et la pollution. Leurs failles (aussi profondes que celles de la banquise) sont exposées ici pour nous mettre la réalité en face des yeux. Impossible de les fermer, il faut faire face.

Que soit la glace qui gronde, les ours polaires affamés que nous allons rencontrer, les températures si extrêmes que notre corps n’est pas conçu pour les supporter, vous ne pouvez pas imaginer ce qui vous attend en ouvrant ce livre. Aucun répit n’est offert aux personnages, à nos 8 aventuriers et donc à nous même, spectateurs impuissants d’une déferlante de catastrophes. On subit, on encaisse, on tente de prendre du recul, bien que ce soit difficile face à certaines situations inimaginables.

Une fois de plus, Sonja Delzongle prouve que sa plume est à la auteur de l’intérêt que lui porte les lecteurs. Les légendes qu’elle invente pour nous tenir en haleine, la personnalité profonde de ses personnages, la description du froid, de la glace, des tempêtes, la douleur des choix cruciaux à faire pour espérer (même un tout petit peu) s’en sortir, les motivations de chacun pour rester en vie, tout y est. C’est palpitant, renversant et percutant.

En conclusion, bien qu’il m’est difficile de m’arrêter de commenter cet exceptionnel roman, vous ne trouverez à travers ma chronique que la partie émergée de l’iceberg. Il vous faut lire Boréal pour comprendre les propos dithyrambiques que j’ai pu tenir ici. A vous de juger si le talent de l’auteure est à la hauteur de ce que ma chronique démontre. Foncez, tête baissée et partez vous faire des engelures aux doigts (et au cœur).

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