La Vallée – Bernard Minier

« On aurait dit que tout un pan de la montagne avait été arraché par les crocs d’un animal gigantesque. »

Martin Servaz n’a jamais oublié son histoire avec Marianne. Comment le pourrait-il? Mère de son enfant, enlevée et séquestrée, disparue depuis plusieurs années. Difficile de se construire après un événement aussi traumatisant. Devenu père du jour au lendemain d’un petit garçon à la santé fragile, voyant sa carrière de flic aguerri mise à rude épreuve (cf Sœurs, sortie en avril 2018), il trouve du réconfort auprès de Léa, femme de caractère et médecin. Seulement, son équilibre ne tient qu’à un fil, celui-ci se voit brisé cette nuit là où, contre toute attente, Marianne appelle. Un cri de détresse qui raisonne à travers le téléphone. Martin n’a pas le choix, il doit la retrouver. S’en suit alors une escapade dans les Pyrénées, où nous allons retrouver un personnage phare des aventures du célèbre Servaz. La vallée dans laquelle il se rend va se transformer en huit-clos étouffant et angoissant suite à un éboulement qui ferme l’unique porte de sortie et une enquête qui va bien au-delà de ce qu’il imagine va le contraindre à explorer ce qu’il y a de plus sombre dans l’humanité. La partie commence et le jeu sera destructeur.

Nous y voilà. Après deux ans d’attente, le dernier Bernard Minier mettant en scène notre attachant flic du sud-ouest est dans les bacs. Quelques jours après le déconfinement, je me suis jetée dessus, trop impatiente pour attendre. Certains diront que c’est l’enquête de trop. Un sixième tome qui prend du vieux pour faire du neuf. Pour ma part je trouve que ce roman était indispensable pour éviter la frustration que trop de lecteurs peuvent connaître lorsqu’on s’attache à un personnage et que celui-ci disparaît sans plus jamais donner de nouvelles.

Le décor est planté, on retourne dans les montagnes pyrénéennes que l’auteur sait nous décrire à la perfection. Cette fois on oublie la neige, le froid, l’atmosphère est beaucoup plus estivale. La ville de Aiguevives est mise à l’honneur, véritable bombe à retardement où Irène Ziegler (cf Glacé sortie en 2011) y est présente pour enquêter sur deux meurtres aussi horribles l’un que l’autre. A travers la plume de Bernard Minier, on ouvre ce livre en ayant l’impression de retrouver un vieil ami, de rentrer chez soi. Les références faites sur le précédents tomes sont omniprésentes, un petit rafraichissement est indispensable si vous voulez apprécier cette histoire. J’étais un peu perdue durant les premières pages, deux ans se sont écoulés depuis ma dernière rencontre avec Servaz et j’avoue avoir eu du mal à resituer les nombreux évènements.

La fragilité de Martin est palpable, on l’accompagne, parfois spectateur de l’enquête. Il est abimé (qui ne le serait pas après ce qu’il a vécu), il est vulnérable, il est inquiet -tout le temps- d’être un bon père, un bon flic. Il est vrai et authentique, ce qui rend le roman d’autant plus impactant. Certes les meurtres sordides, les habitants à fleur de peau qui cherchent un coupable coute que coute, la mairesse dépassée, l’enquête qui stagne, l’appel de Marianne, la suspension de Servaz font un mélange explosif et efficace pour un bon thriller comme on les aime. Seulement voilà, après avoir refermé La vallée, ce que je retiens personnellement, ce n’est pas ce jeu du chat et de la souris en pleine montagne, c’est principalement la déconstruction puis la reconstruction d’un personnage de roman présent dans ma vie depuis de nombreuses années. Ne nous mentons pas, si nous sommes si nombreux à nous ruer chez notre libraire lors de la sortie du dernier B.Minier, c’est surtout pour contenter notre appétit insatiable concernant la vie d’un flic hors du commun. Évidemment les histoires de l’auteur sont recherchées, palpitantes et riches mais elles doivent leur principale réussite à la l’édification complexe et attachante d’un personnage emblématique du monde du thriller français.

Vous l’aurez sûrement compris, j’ai vraiment apprécié ma lecture. J’ai aimé retrouver un univers familier après la sortie de ces semaines de confinement où nous avons tous vu notre vie chamboulée. Je me suis sentie en sécurité auprès d’un Martin Servaz humain et toujours présent, fidèle à lui-même. Je n’imagine pas de suite autour de ce personnage. L’auteur a su lui redonner ce qu’il méritait et il n’y a pas plus digne comme fin. Ce roman représente à mes yeux la fin des aventures extraordinaires (au sens propre) d’un flic inoubliable. Merci Monsieur Minier.

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