Ombres portées – Ariana Neumann

Souvenirs et vestiges de la guerre de mon père

« Une nouvelle étape a été franchie dans nos vies : un ignoble étiquetage au moyen d’une étoile jaune. C’était une humiliation si épouvantable que beaucoup ont préféré mettre fin à leurs jours […] . »

Note : 4.5 sur 5.

Résumé éditeur :

À Caracas, dans le vaste domaine familial, Ariana Neumann, huit ans, joue à l’espionne. En fouillant dans les affaires de son père, Hans, elle trouve une pièce d’identité. Elle reconnaît son père jeune homme, mais il porte un autre nom. Effrayée, elle tait cette découverte et s’efforce de l’oublier.
Des années plus tard, à la mort de son père, Ariana retrouve ce mystérieux document dans une boîte contenant des photos, des lettres et d’autres souvenirs de la jeunesse de celui-ci à Prague. Elle mettra près d’une décennie à trouver le courage de faire traduire cette correspondance. Ce qu’elle découvre la propulse dans une quête pour découvrir l’histoire de sa famille, la vérité sur son père et les raisons de son silence…

Mon avis :

La rentrée littéraire 2021 commence sur les chapeaux de roues en ce qui me concerne. Ma première lecture de cet événement tant attendu dans la vie des lecteurs a été riche, intense et bouleversante. En voilà une histoire qui est difficile à chroniquer. Comment donner son avis sur cette réalité et ce travail incroyable de recherches ? A travers les documents administratifs, les lettres, les cartes postales, les photos (que vous pouvez retrouver tout au long du livre), on plonge en plein cœur de cette guerre abominable, on vit l’invasion des nazis en Tchécoslovaquie de l’intérieur tout comme la dégradation progressive des conditions de vie des juifs jusqu’à la tristement célèbre « solution finale ». En voulant retracer la vie et l’histoire de son père, Ariana Neumann a finalement retracer une grande partie de l’Histoire avec un grand H.

Ombres portées est un livre difficile, on a beau avoir appris à l’école les événements de 1939 à 1945, tout prend une autre dimension lorsque ceux-ci sont relatés avec autant de précision, de vérité et de douleur. Ici, j’ai découvert des choses dont j’ignorais tout : la guerre à Prague, le ghetto de Terezin, la résistance, le combat pour survivre, que ce soit pendant les années de conflits ou après, quand la reconstruction semble impossible. En voulant apprendre qui était vraiment son père, l’autrice est remontée aux origines de sa famille et de ses racines. Elle a fait connaissance avec ses grands-parents, ses cousins, ses oncles, à travers tous les trésors qu’elle a pu récolter. Cette véritable quête identitaire, qui a duré 20 ans l’a amenée à découvrir l’autre facette de son père, celle qu’il avait enfoui au plus profond de lui-même.

Dans sa façon de nous raconter l’histoire de sa famille, on sent une volonté profonde de ne porter aucun jugement, d’être la plus fidèle possible à ce qui s’est réellement passé. Elle ne tente pas de combler impérativement les trous avec de trop nombreuses spéculations. Elle nous partage ses doutes, ses sentiments, ses suppositions, sans jamais affirmer leurs exactitudes. Je suis profondément admiratrice du travail colossal qui a été fourni.

En lisant ce récit familial, on s’aperçoit que les événements vécus n’ont pas tous été perçu de la même façon selon les personnes, les émotions et les personnalités de chacun sont parfaitement retranscrites sans jamais avoir l’envie de cacher quoi que ce soit. C’est du moins ce que j’ai ressenti. On ne ressort pas indemne d’une lecture comme celle-ci. On a beau savoir à l’avance le destin funeste qui attend certains membres de la famille Neumann, on s’attache vite à eux et c’est d’autant plus difficile de lire les lignes qui décrivent les horreurs qu’ils ont pu vivre. Ella, Otto, Zdenek, Lotar, Hans… Tous ces prénoms laissent une trace dans ma mémoire.

Bien qu’il soit difficile d’imaginer réellement ce qu’ils ont pu vivre, l’aperçu que j’en ai eu m’a vraiment secouée, chamboulée, bouleversée. Avec ces 356 pages de récit, j’ai ce sentiment d’honneur qui m’emplit. Je me sens privilégiée d’avoir pu lire et être informée de l’histoire de cette famille. Je suis touchée que l’autrice ait fait le choix de partager ça avec les lecteurs du monde entier et d’avoir pu en faire partie.

En conclusion

Évidemment, ce n’est pas un livre pour se distraire, bien que son sujet est si dramatique que vous en oubliez vos tracas quotidiens. C’est une lecture forte, spectaculaire de part ses années de recherches. Des centaines et des centaines de pièces à récolter puis à assembler pour tenter de créer la chronologie parfaite des événements. Oui il y a des trous, mais il n’en reste pas moins un témoignage extrêmement bien ficelé, travaillé et sincère.

Ce livre raconte l’histoire des Neumann mais il pourrait en fait raconter celle de toutes les autres familles brisées par cette guerre. Il est nécessaire, indispensable, poignant.

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