Il y a des jours où je suis heureuse – Lucrezia Lerro

« Personne n’a rien à obtenir de moi. En plus, c’est justement cette foutue beauté qui m’a pourri la vie. Si j’avais été moins attirante, on m’aurait peut-être acceptée plus facilement. »

Note : 4 sur 5.
En librairie depuis le 23 février 2021 chez Les Éditions des Lacs – 143 pages

Résumé éditeur :

C’est un drame féminin, sincère et passionné, sur une maladie qui dévaste le corps et l’âme. Le quotidien d’une mère désemparée et de sa fille boulimique, qui libère sa parole dans un journal intime noirci de confessions à la fois tendres et implacables.
Nous pourrons parcourir les rues d’un village refermé sur lui-même, entendre les propos malveillants de ses habitants et compter les pas que l’héroïne accomplit dans son enfer quotidien, de la cuisine à la salle de bains.
Au fil d’une plume indocile, Lucrezia Lerro nous convie dans les méandres d’une maladie perverse et dépeint une mère rongée par la culpabilité, ainsi que la souffrance de se sentir différent dans un monde sans relief.

Mon avis :

Lucrezia Lerro livre ici une histoire violente, terrible avec des mots crus, sincères pour exposer les maux dont souffre cette jeune fille malade et cette maman démunie. En 143 pages, l’auteure nous décrit le quotidien de ces deux femmes unies envers et contre tous, c’est difficile, c’est poignant, c’est bouleversant. Les troubles du comportement alimentaire sont dévastateurs, que ce soit pour la personne qui en souffre comme pour les personnes qui en sont témoins. Des victimes collatérales d’un mal qui met à mal une famille entière. La violence des dialogues met en avant le mal être omniprésent dans ce foyer, la douleur de se remplir pour se vider, la douleur d’y assister sans rien pouvoir faire. J’ai été bouleversée, émue. En plus de ce monstre qui se loge dans le corps et la tête du petit écureuil, les problèmes d’argent rajoutent une dose supplémentaire de malheur, au point de pousser une mère à faire des choses impossibles pour le bien de son enfant, pour la survie de son foyer.

J’ai été touchée par ces deux personnages, par leur amour mutuel, par leurs épreuves. J’ai eu le cœur serré et l’impression d’assister à chaque scène avec un réalisme saisissant. L’écriture incisive met en lumière une maladie terrible aux conséquences tout aussi dramatiques. J’ai été subjuguée par cette plume, par cette approche de ce sujet. Tantôt par le point de vue de la maman, tantôt par les extraits du journal de la jeune fille. On assiste impuissant à cette descente aux enfers et nos espoirs de guérison s’amenuisent au fur et à mesure de la lecture. J’ai été effrayé par toute cette douleur, ce mal qui gangrène deux êtres qui pourtant, tentent de s’en sortir.

L’environnement familial et les événements passés entretiennent la situation et la résilience semble s’éloigner chaque fois un peu plus. Quand une mère assiste impuissante à la destruction de son enfant, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir goûté à la maternité pour tenter d’imaginer ne serait-ce qu’un instant la souffrance que cela doit engendrer. Culpabilité, incapacité, sentiment d’isolement, peur, angoisse… Voilà de quoi est teintée la vie de ces deux femmes. Mère et fille vivent cette maladie ensemble, ne sachant pas vraiment comment s’en sortir, c’est déroutant, révoltant, on aimerait tant pouvoir les aider mais comment? Cette question n’a pour le coup aucune réponse prédéfinie, aucun mode d’emploi n’est disponible.

Ce livre est fort, c’est un récit puissant qui ne se cache pas derrière des phrases alambiquées ou édulcorées. C’est brut, c’est violent, c’est probablement nécessaire pour faire prendre conscience de l’horreur de ce trouble dévastateur. Je suis particulièrement touchée par cette lecture car elle m’a été offerte par une personne que j’aime énormément et qui m’a laissée un petit mot de petit écureuil lourd de signification. J’ai appréhendé ce texte avec beaucoup d’émotions, j’ai tourné les pages comme si je risquais de l’abîmer, de le briser, avec une grande délicatesse. J’ai voulu me sentir le plus concernée possible afin d’apporter moi aussi, une vision de cette histoire aussi sincère et réaliste que possible, pour lui rendre hommage. De nature sensible, j’ai pris claque sur claque en lisant ces mots, j’ai eu les mains qui tremblaient, le cœur qui s’emballait.

La prise compulsive de quantité gargantuesque de nourriture, qui sera finalement entièrement rendue après des heures et des heures passées au dessus d’une cuvette de WC peut être choquante pour toute personne n’ayant pas vécu de près ou de loin ce trouble du comportement alimentaire. Pourtant c’est bel et bien une réalité qu’il est important d’évoquer. N’ayons pas peur des mots, Lucrezia Lerro elle, n’a pas eu peur de nous les exposer. Elle n’a pas eu peur de dire les choses telles qu’elles doivent être dites. C’était puissant, court mais extrêmement puissant. Une lecture difficile mais nécessaire.

Pour conclure

Un roman sous forme de témoignage qui a toute sa place dans l’ensemble des bibliothèques. Un roman fort, indispensable. Une plume superbe, ce fût un rendez-vous réussi avec l’auteure, elle m’a touchée en plein cœur. Si dans votre entourage vous avez quelqu’un qui souffre de cette maladie, ce livre raisonnera en vous, si ce n’est pas le cas, vous n’en serez pas moins émus. Un très bon moment de lecture même si paradoxalement il a été très difficile. Il y a des jours où je suis heureuse est à lire, par tous.

2 commentaires

Répondre à Caroline - Le murmure des âmes livres Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s