« Et si j’avais le droit de baisser les armes de temps en temps ? Et si être une femme forte ne signifiait pas être une femme forte tout le temps ? »

Une satire piquante qui interroge les romances à la mode
Chers lecteurs et chères lectrices,
Je vais commencer par une précision qui a son importance : si vous ouvrez Cucul en espérant lire une jolie comédie romantique pleine de papillons dans le ventre et de grands élans amoureux, vous risquez d’être surpris. Parce que sous son titre volontairement provocateur, ce roman a bien d’autres choses à raconter.
Marie est professeure de français dans un lycée privé catholique parisien. Pour compléter son salaire, elle écrit des romances sous pseudonyme. Jusqu’au jour où son éditrice lui demande de se lancer dans la dark romance, un genre qui rencontre un succès phénoménal mais dont les codes la mettent profondément mal à l’aise. Après une soirée un peu trop arrosée et une bonne dose d’agacement, Marie décide de tuer son héros sur le papier.
Le problème, c’est que le lendemain matin, ce même héros apparaît dans son salon. Bien vivant.
À partir de là, Camille Emmanuelle s’amuse avec les frontières entre fiction et réalité dans un récit complètement déjanté qui m’a souvent fait sourire.
L’idée de départ est excellente. Voir débarquer dans le monde réel un personnage de romance conçu à partir d’une accumulation de clichés est un terrain de jeu particulièrement amusant. James Cooper est beau, riche, charismatique sur le papier… mais une fois confronté au réel, les choses deviennent beaucoup plus compliquées. Et c’est justement là que le roman devient intéressant.
Car derrière l’humour, l’autrice questionne la manière dont certaines romances sont construites, produites et consommées. Elle s’interroge sur les modèles amoureux proposés aux lectrices, sur les fantasmes véhiculés par certains récits et sur la frontière parfois floue entre fiction et idéalisation. J’ai trouvé cette réflexion pertinente, même lorsqu’elle force volontairement le trait.
Parce qu’il faut lire Cucul comme une satire. Avec un peu de recul. Avec l’envie de sourire des excès qu’il met en scène. Et sans forcément prendre chaque phrase comme une vérité absolue.
J’ai parfois trouvé certains discours un peu appuyés. Certaines positions m’ont semblé manquer de nuance et j’aurais aimé que certains débats soient abordés de façon moins tranchée. Mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier la lecture dans son ensemble.
Le roman a du rythme, de l’énergie et surtout une vraie personnalité. Il ose se moquer d’un système éditorial, de certains clichés romantiques et de certaines tendances actuelles tout en restant divertissant. Ce que j’ai bien aimé, c’est que le propos ne repose jamais uniquement sur la romance.
D’ailleurs, malgré la présence d’un héros sorti tout droit d’un roman sentimental, Cucul n’est pas vraiment une romance. C’est davantage une réflexion déguisée en comédie.
Une réflexion sur les histoires que l’on raconte, celles que l’on lit et celles que l’on finit parfois par considérer comme normales.
Je me suis également retrouvée dans certains questionnements soulevés par le roman.
Car si je ne suis pas particulièrement attirée par la dark romance la plus extrême, je ne vais pas non plus faire semblant d’être insensible à une belle histoire d’amour. J’aime les romances qui prennent leur temps, les personnages qui se construisent ensemble et, oui, les scènes de smut lorsqu’elles servent réellement l’histoire et l’évolution des personnages.
Le problème n’a jamais été la présence de désir ou de sexualité dans un roman. Le débat est ailleurs. Et c’est précisément ce que Camille Emmanuelle tente d’explorer ici.
Avec humour, parfois avec maladresse, souvent avec beaucoup d’audace.
Bonnes raisons de lire ce livre :
- Pour son concept complètement décalé
- Pour son humour souvent très efficace
- Pour sa réflexion sur la romance contemporaine
- Pour le personnage de James Cooper débarqué dans le monde réel
- Pour la satire du monde de l’édition
- Pour les nombreux clins d’œil aux codes de la romance
- Pour les débats qu’il soulève autour de la dark romancePour une lecture qui sort clairement des sentiers battus

En bref :
Cucul est un roman original, drôle et volontairement provocateur qui utilise les codes de la romance pour mieux les questionner. Derrière son humour et son concept complètement loufoque, Camille Emmanuelle propose une réflexion sur la littérature romantique contemporaine, ses dérives, ses fantasmes et son influence. Une lecture qui demande un peu de recul, qui fera sans doute réagir, mais qui a le mérite d’ouvrir la discussion.
4ème de couverture :
Le jour, Marie Couston est prof de français dans un lycée. La nuit, elle écrit sous pseudo de la romance érotique. Mais lorsque son éditrice exige qu’elle abandonne ses romans cucul pour de la dark romance, Marie voit rouge. En clair, on lui demande de rendre sexy des violences conjugales et sexuelles. Sans regret, et un peu saoule, elle décide de tuer son personnage principal avant de s’endormir. Au réveil, elle n’en croit pas ses yeux : un inconnu est assis sur son canapé. L’homme, très beau dans son costume sur mesure hors de prix, lui explique alors le plus sérieusement du monde qu’il est James Cooper, le mâle alpha de sa romance…