Les invisibles – R.J. Ellory

« La vérité lui semblait addictive, peut-être était-ce la drogue la plus puissante de toutes , et elle en était devenue dépendante. »

Les Invisibles de R.J. Ellory
En librairie depuis le 2 avril 2026 chez Sonatine – 552 pages, 24.90€

Quinze ans à poursuivre l’ombre

Chers lecteurs, chères lectrices,


Je ne vais même pas essayer d’être parfaitement objective avec R.J. Ellory.
C’est mon auteur britannique préféré. J’aime ses histoires, ses intrigues, sa plume et cette manière qu’il a de créer des personnages qui continuent souvent à m’accompagner après avoir refermé ses romans. Mais j’aime aussi l’auteur lui-même, ou plutôt l’homme que j’ai eu la chance de rencontrer : d’une gentillesse incroyable, avec cet humour so british que j’adore et une bienveillance qui ne semble jamais feinte.
Oui, oui, tout ça.


Autant dire que lorsque je commence un nouveau Ellory, mes attentes sont plutôt élevées. Pourtant, j’ai mis du temps à terminer Les Invisibles. Pas parce que je m’ennuyais ou parce que le roman ne fonctionnait pas, mais simplement parce que la fatigue et le manque de temps ont sérieusement ralenti ma lecture ces dernières semaines.
Parce que franchement ? C’est un sacré bon polar.

Tout commence en 1975. Rachel Hoffman est encore une jeune policière lorsqu’elle découvre le corps d’une institutrice assassinée, accompagné d’un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante.
Ce qui pourrait n’être qu’une enquête parmi d’autres va finalement la poursuivre pendant près de quinze ans. C’est cette durée qui donne au roman toute son ampleur.


Ellory ne raconte pas uniquement une succession de crimes et la traque de celui qui les commet. Il raconte les années qui passent, une carrière qui se construit, les méthodes d’investigation qui évoluent et notamment les débuts du profilage criminel. Rachel change elle aussi, mais l’affaire reste là, quelque part, prête à ressurgir. Cette construction m’a passionnée parce qu’elle permet de mesurer progressivement le prix de cette enquête. Au début, Rachel veut résoudre son enquête. Puis elle veut absolument comprendre. Et la frontière entre détermination et obsession devient de plus en plus difficile à distinguer.

C’est aussi là que je retrouve tout ce que j’aime chez Ellory. Il sait écrire des intrigues policières, évidemment, mais ses romans ne reposent jamais uniquement sur la question de savoir qui a tué qui.
Ce qui l’intéresse, ce sont les gens.


Rachel est brillante, obstinée, parfois difficile, capable d’une incroyable clairvoyance lorsqu’il s’agit d’analyser les autres et beaucoup moins lorsqu’il est question d’elle-même. Plus les années passent, plus l’enquête prend de la place, jusqu’à devenir presque indissociable de son identité.
Une question finit par apparaître : que reste-t-il d’une vie lorsque la recherche d’un homme en devient le centre ?


Sa vie personnelle se réduit, ses relations sont affectées et la nécessité de comprendre semble progressivement prendre le dessus sur tout le reste. Ce n’est plus seulement Rachel qui poursuit un criminel, c’est aussi une enquête qui refuse de la laisser vivre.
J’ai trouvé cette évolution ultra réussie.

Parce que Les Invisibles est noir. Vraiment noir.
Les crimes sont violents, la psychologie occupe énormément de place et Ellory nous entraîne très loin dans ce que l’être humain peut avoir de plus dérangeant.


Les références à Dante ne sont d’ailleurs pas simplement décoratives. Cette idée de descente aux enfers accompagne parfaitement le parcours de Rachel et donne une vraie cohérence à la construction du roman. Plusieurs parties reprennent directement cette progression entre Enfer, Purgatoire et Paradis, tandis que Rachel s’enfonce elle-même toujours davantage dans son obsession.


J’ai aussi beaucoup aimé tout ce qui concerne l’évolution de l’enquête criminelle. Nous sommes à une époque où le profilage commence à prendre forme et où essayer de comprendre psychologiquement un meurtrier n’a rien d’aussi évident qu’aujourd’hui. Cela donne au roman un petit côté Mindhunter qui fonctionne particulièrement bien sans jamais faire oublier que nous sommes avant tout chez Ellory.

Les Invisibles n’est pas un thriller construit sur un rebondissement toutes les vingt pages.
Ellory prend son temps et, personnellement, je trouve que c’est justement ce qui permet au roman de fonctionner.


Il faut sentir les années passer. Il faut comprendre que Rachel ne poursuit pas cet homme pendant quelques semaines, mais qu’elle lui abandonne progressivement une partie immense de son existence.


J’ai lu que certains lecteurs ont d’ailleurs trouvé le roman trop long ou plus étiré que d’autres titres de l’auteur.  Je peux comprendre cette réserve, mais je ne l’ai pas vécue ainsi. Si ma lecture a duré, c’est uniquement parce que mon quotidien ne me permettait pas de lire davantage.


Dès que je retrouvais Rachel, j’avais envie de savoir.
Parce que l’écriture d’Ellory possède toujours cette capacité à m’embarquer. Elle est précise, sombre, profondément psychologique, mais surtout terriblement humaine. Et c’est pour cela que je reviens toujours vers lui.

  • Pour Rachel Hoffman, personnage complexe dont on suit l’évolution pendant près de quinze ans.
  • Pour une enquête qui devient progressivement une véritable obsession.
  • Pour la noirceur et la profondeur psychologique propres à R.J. Ellory.
  • Pour la construction autour de La Divine Comédie de Dante.
  • Pour découvrir l’évolution des méthodes policières et les débuts du profilage criminel.
  • Pour un polar qui prend le temps de développer ses personnages autant que son intrigue.
  • Pour une traque qui raconte finalement autant le chasseur que celui qu’il poursuit.
Les Invisibles de R.J. Ellory

Je pourrais vous dire que mon amour pour R.J. Ellory fausse probablement un peu mon jugement.
Mais après tout, si c’est devenu mon auteur britannique préféré, ce n’est pas tout à fait par hasard.


Les Invisibles réunit beaucoup de choses que j’aime chez lui : une intrigue solide, une noirceur qui ne sert jamais uniquement à choquer, une véritable profondeur psychologique et surtout un personnage principal dont il prend le temps de raconter les failles autant que les forces.


J’ai passé près de quinze ans aux côtés de Rachel, à la regarder poursuivre une vérité qui lui échappe constamment et à me demander jusqu’où cette obsession allait finir par l’entraîner.

Un sacré bon polar.
Et un sacré bon Ellory.


 » Il est partout. Et il est nulle part. Exactement comme le diable. « 
1975, Syracuse, État de New-York.
Rachel Hoff man, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d’être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C’est le début d’une série d’homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin.
Cinq ans plus tard, alors que l’affaire semble close, une nouvelle vague d’assassinats frappe New York, étonnamment similaires aux premiers. Rachel, qui s’apprête à rejoindre l’unité d’analyse comportementale du FBI, ignore encore qu’il lui faudra plus d’une décennie, avec nombre d’autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l’obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.
Dans cette traque obsédante qui, année après année, dévore l’existence de son héroïne, R. J. Ellory nous entraîne dans un voyage au bout de l’enfer, digne de Seul le silence et d’Une saison pour les ombres. On y retrouve sa puissance romanesque, son humanité vibrante, son sens inégalé du suspense : tout ce qui consacre, encore et toujours, le maître incontesté du thriller.

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