La route du diable – Franck Thilliez

« Plus une seule barre. Désormais, il n’y a plus qu’eux, la route et la nature. Ils viennent de basculer dans un autre monde, un monde qui respire, prend le temps – un monde qui n’existe plus. »

La route du Diable de Franck Thilliez
En librairie depuis le 10 septembre 2026 chez Styx – 265 pages, 20.95€

La route du diable : ça ne se lit pas, ça se dévore

Chers lecteurs, chères lectrices,


Seriez-vous prêts à parcourir 666 kilomètres sur une route perdue au milieu de la taïga, sans réseau, sans possibilité de ravitaillement et avec, en prime, quelques habitants qui ne semblent pas particulièrement ravis de vous voir débarquer ?
Non ? Moi non plus.


Pourtant, c’est exactement là que Franck Thilliez a décidé de nous emmener avec La Route du Diable. Enfin, Franck Thilliez, pas tout à fait, puisque cette fois il prête sa plume à Caleb Traskman.

Imaginez un bon vieux film d’horreur de série B. Une route isolée, des personnages coupés du monde, des rencontres franchement inquiétantes et cette sensation que chaque décision prise pourrait être la mauvaise. Vous voyez où je veux en venir ?

Sur le papier, ce n’est pas forcément ce que je préfère chez cet auteur. Seulement voilà : derrière Caleb Traskman se cache toujours Franck Thilliez. Et forcément, les choses sont beaucoup moins simples qu’elles n’en ont l’air.

Tout commence avec Abigaël. Un an plus tôt, sa fille Iris et son petit ami Mathis ont disparu sur une route de 666 kilomètres perdue dans la taïga nord-américaine. Depuis, aucune réponse.
Abigaël décide donc de reprendre exactement le même itinéraire, accompagnée du père de Mathis et de deux influenceurs spécialisés dans le true crime, afin de comprendre ce qui est arrivé aux deux jeunes gens.
Personnellement, c’est probablement à ce moment-là que j’aurais décidé de rester chez moi, mais passons.
Parce que cette route est évidemment loin d’être accueillante. Elle est isolée, sans réseau, les possibilités de ravitaillement sont quasiment inexistantes et les habitants croisés en chemin ne donnent pas particulièrement envie de s’arrêter boire un café.


À partir de là, Thilliez assume complètement les codes du survival horrifique. L’isolement, la nature hostile, les rencontres inquiétantes et la violence construisent une ambiance que l’on imagine très facilement sur grand écran. Et pendant un moment, je me suis demandé si nous allions simplement rester là-dedans.
Un bon film d’horreur de série B transposé sur papier.
J’aurais dû me méfier.

L’auteur nous laisse suffisamment longtemps croire que nous avons compris quel genre d’histoire nous sommes en train de lire. Il installe les codes du film d’horreur, joue avec eux et nous laisse même parfois anticiper ce qui pourrait arriver.


Puis, progressivement, la mécanique apparaît.
Certains détails prennent une autre importance, notre perception de l’histoire évolue et ce qui ressemblait à un survival horrifique plutôt classique se révèle beaucoup mieux construit qu’il n’en avait l’air.
Vous pensiez vraiment que Thilliez allait simplement nous abandonner au milieu de la taïga avec quelques psychopathes et 666 kilomètres à parcourir ?
Bien sûr que non.


Ce n’est pas sa construction la plus vertigineuse et je ne placerai pas La Route du Diable au niveau de ses intrigues les plus complexes. Mais tout est suffisamment bien ficelé pour que le roman dépasse progressivement son point de départ assez classique.
Et surtout, c’est vraiment efficace.

Ces derniers temps, je lis peu. Je manque de temps, je suis fatiguée et mes lectures avancent forcément beaucoup moins vite qu’avant. Pourtant j’ai lu La Route du Diable en 24 heures, et ça, malgré mes presques 10h de travail par jour. Je pense que cela résume assez bien mon avis sur ce roman.


Vous connaissez cette fameuse phrase que nous prononçons tous en sachant pertinemment qu’elle est fausse : « Allez, encore un chapitre et j’arrête » ?
Bah voilà…


La plume est fluide, les chapitres s’enchaînent naturellement et Thilliez ne laisse pratiquement aucun temps mort à son histoire. Chaque nouvelle étape sur la route apporte quelque chose et, une fois lancée, j’avais simplement envie de savoir ce qui m’attendait quelques kilomètres plus loin. Puis encore quelques-uns et encore quelques-uns. Jusqu’à réaliser que j’avais dévoré le livre.
Dans une période où j’ai justement du mal à trouver suffisamment de temps et d’énergie pour lire, retrouver cette sensation m’a fait un bien fou (vraiment, vraiment).

Parce que finalement, c’est peut-être là que se trouve toute la nuance de mon avis. La Route du Diable ne deviendra pas mon roman préféré de Franck Thilliez. J’aime davantage ses thrillers très psychologiques, ses enquêtes complexes et ces intrigues capables de me retourner le cerveau. Ici, il propose autre chose.


C’est un roman d’horreur très visuel, brutal, rythmé, qui assume complètement ses références et son petit côté série B. Certains personnages sont volontairement typés et certaines situations nous rappellent immédiatement les codes du genre.
Mais faut-il forcément réinventer la littérature pour nous faire passer un excellent moment ?
Je ne crois pas.


Parce que Thilliez maîtrise suffisamment son histoire pour savoir quand accélérer, quand nous laisser croire que nous avons compris et quand ajouter ce petit quelque chose qui nous rappelle qui se cache réellement derrière Caleb Traskman.
Et moi, pendant ce temps-là, je tournais les pages. Un page-turner comme j’avais besoin, en somme.

C’est probablement ce que je retiendrai le plus de La Route du Diable. Pas forcément son horreur, pas forcément sa violence, même pas son intrigue.
Je retiendrai surtout le plaisir de lecture : celui qui fait qu’on reprend son livre dès qu’on dispose de quelques minutes. Celui qui nous pousse à négocier avec nous-mêmes un chapitre supplémentaire alors qu’on devrait probablement faire autre chose. Celui qui nous rappelle pourquoi on aime autant lire.
Ça ne se lit pas : ça se dévore et je n’en demande pas davantage.

  • Pour découvrir Franck Thilliez dans un registre franchement horrifique.
  • Pour son ambiance de film d’horreur de série B totalement assumée.
  • Pour l’isolement et l’atmosphère oppressante de cette route perdue dans la taïga.
  • Pour une histoire beaucoup mieux construite qu’elle n’en donne d’abord l’impression.
  • Pour retrouver la mécanique de Thilliez derrière la plume de Caleb Traskman.
  • Pour son rythme et sa fluidité redoutablement efficaces.
  • Pour un véritable page-turner qui peut facilement se dévorer en quelques heures.

Si vous aimez surtout Franck Thilliez pour ses thrillers très cérébraux, ses enquêtes complexes et ses constructions particulièrement tortueuses, vous risquez de trouver La Route du Diable plus simple que certains de ses autres romans.


Il faut également aimer, ou au moins accepter, les codes du cinéma d’horreur et du survival. Le roman ne cherche absolument pas à cacher ses influences et joue même volontairement avec certains clichés du genre. Et puis il y a la violence. Nous sommes dans un roman d’horreur signé Caleb Traskman : autant vous dire qu’il n’est pas venu nous proposer une jolie promenade touristique dans la taïga.

Alors, seriez-vous prêts à prendre la Route du Diable ?
Personnellement, après avoir découvert ce qui attend ceux qui s’y aventurent, je vais continuer à privilégier l’autoroute. Mais pour la lecture, je vous laisse volontiers tenter l’expérience.

J’ai aimé son efficacité, sa fluidité et cette manière qu’a Thilliez de partir d’un scénario qui pourrait presque tenir sur l’affiche d’un film d’horreur de série B pour construire quelque chose de beaucoup plus malin qu’il n’y paraît.

Mais je retiendrai surtout ces 24 heures.
Dans une période où je manque cruellement de temps et d’énergie pour lire, j’ai dévoré ce roman. Je l’ai repris dès que j’avais quelques minutes et j’ai retrouvé cette sensation toute simple que j’aime tant : ne pas avoir envie de poser mon livre.


Alors oui, j’aime les Thilliez plus complexes, plus psychologiques, ceux qui me font réfléchir encore longtemps après avoir tourné la dernière page. Mais parfois, j’ai simplement envie qu’un auteur m’attrape, m’installe dans son histoire et refuse de me laisser repartir avant la fin.
Mission accomplie.
La Route du Diable, ça ne se lit pas. Ça se dévore.


Embarquez pour un voyage sans retour…

Taïga nord-américaine, été 2017.
Abigaël se dirige enfin vers la fameuse Route du Diable. Un an plus tôt, c’est sur cette voie isolée longue de 666 km que sa fille Iris et son petit-ami Mathis ont cessé de donner signe de vie.
Accompagnée du père de Mathis et de deux influenceurs en quête de sensations fortes pour affoler les réseaux, elle se lance sur la route en vue d’accomplir le même trajet qu’eux, et d’obtenir des réponses.
Coupé du monde, sans possibilité de ravitaillement, le quatuor va vite devenir une proie de choix et découvrir que le surnom de la route n’est pas dû qu’à son kilométrage…

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