Quitter la vallée – Renaud de Chaumaray

« La vallée engloutissait les histoires et les vies, s’en gorgeait comme une éponge oublieuse. »

Quitter la vallée de Renaud de Chaumaray
En librairie depuis le 21 août 2025 chez Gallimard – 206 pages, 21€

Trois histoires, mais quel lien ?

Chers lecteurs, chères lectrices,


En ce moment, mon rythme de lecture a tendance à s’essouffler. Je manque de temps, la fatigue est bien présente et j’avais donc envie d’un roman relativement court, mais surtout d’une histoire capable de m’accrocher suffisamment pour me donner envie de tourner les pages.


Alors, pour une fois, je n’ai pas choisi. J’ai demandé conseil à ma collègue libraire du rayon littérature. Après quelques instants de réflexion, elle m’a tendu Quitter la vallée de Renaud de Chaumaray.


Trois histoires racontées en parallèle qui, au premier abord, ne semblent avoir absolument aucun rapport les unes avec les autres. Il ne m’en fallait pas davantage. J’adore ce genre de construction.

Évidemment, nous savons que ces trajectoires finiront par se rejoindre d’une manière ou d’une autre, sinon quel intérêt ? Mais toute la question est justement de comprendre comment. Et avec Quitter la vallée, il faut ajouter une deuxième question : quand ?

Nous sommes dans la vallée de la Vézère, au cœur du Périgord. D’un côté, il y a Clémence et son fils, venus trouver refuge dans une maison isolée pour échapper à un homme violent. Ailleurs, Fabien, spéléologue amateur qui travaille à Lascaux IV, explore avec sa fille Johanna une cavité qui pourrait bien abriter des peintures préhistoriques. Enfin, nous rencontrons Guilhèm, jeune paysan de la région qui tombe sous le charme de Marion, une vacancière à laquelle il va faire découvrir les secrets de sa vallée.


Vous voyez le rapport ?
Moi non plus.
Et c’est ce qui m’a plu.


Renaud de Chaumaray passe d’un récit à l’autre sans nous donner les repères qui nous permettraient de reconstruire facilement l’ensemble. Surtout, rien ne nous garantit que ce que nous lisons se déroule simultanément. Quelques jours séparent-ils ces personnages ? Plusieurs années ? Davantage encore ?
Je me suis forcément amusée à chercher les indices et à élaborer mes petites théories, mais le roman conserve suffisamment bien ses secrets pour que la véritable temporalité de ces histoires ne prenne tout son sens qu’à la fin.

Je crois d’ailleurs que c’est vraiment la construction qui m’a fait apprécier Quitter la vallée. Parce que prises séparément, ces trois histoires restent finalement assez simples. C’est leur juxtaposition qui crée le suspense.


À chaque changement de personnage, on abandonne une situation que l’on aurait aimé poursuivre tout en retrouvant une autre histoire qui soulève ses propres questions. Et pendant ce temps, quelque part dans notre tête, on essaie toujours de raccrocher les morceaux.


Pour ma part, j’ai eu une préférence pour Fabien et Johanna, ainsi que pour Clémence et son fils. La découverte de la grotte apporte évidemment tout un mystère autour de ce qui se cache sous cette vallée, tandis que l’histoire de Clémence possède une tension beaucoup plus immédiate, avec cette mère qui tente de protéger son enfant et de reconstruire quelque chose loin de la violence.


Le troisième récit, celui de Guilhèm et Marion, m’a un peu moins happée émotionnellement, mais il prend toute son importance lorsqu’on commence à regarder le roman dans son ensemble.

Il y a aussi un élément que j’ai vraiment aimé : le lieu.
Le Périgord et plus précisément la vallée de la Vézère occupent une vraie place dans le roman. Les grottes, la roche, les forêts, Lascaux et tout ce passé enfoui donnent une identité très particulière à l’histoire. Ce n’est d’ailleurs pas anodin dans un roman qui joue autant avec la temporalité : dans cette vallée marquée par la préhistoire, le passé est littéralement présent sous les pieds des personnages.


Et forcément, j’y ai été sensible parce que j’adore le Périgord. Petit aparté qui n’a absolument aucun rapport avec cette lecture : ce sera d’ailleurs la destination de mes prochaines vacances.
Promis, je ne compte explorer aucune cavité inconnue.

C’était bien sûr, ce que j’attendais. À partir du moment où un auteur me propose trois histoires apparemment impossibles à rattacher les unes aux autres, il faut que le moment où il dévoile son jeu soit à la hauteur. Sinon, toute la mécanique s’effondre. Ça fonctionne super bien.


Je ne vais évidemment rien vous expliquer, parce que comprendre la temporalité et les ramifications entre les différents récits fait partie intégrante de l’expérience. Mais j’ai trouvé le dénouement convaincant, cohérent et surtout crédible. Il n’y a pas cette impression que l’auteur cherche absolument à provoquer un énorme retournement de situation au détriment de la logique. Les éléments finissent simplement par trouver leur place et permettent de regarder différemment ce que nous venons de lire.
Et c’est ça que j’attendais.

  • Pour sa construction en trois récits dont les liens restent longtemps invisibles.
  • Pour jouer avec les différentes temporalités et essayer de comprendre comment tout cela peut bien s’imbriquer.
  • Pour son format court et son rythme qui en font une lecture particulièrement fluide.
  • Pour la relation entre Fabien et Johanna et l’exploration de la grotte.
  • Pour la tension qui entoure Clémence et son fils.
  • Pour la plume de Renaud de Chaumaray, que j’ai beaucoup aimée.
  • Pour cette très belle immersion dans le Périgord et la vallée de la Vézère.
  • Pour un dénouement qui ne cherche pas l’effet à tout prix et reste parfaitement cohérent avec ce qui précède.

Ma collègue avait donc plutôt bien compris ce dont j’avais besoin. Quitter la vallée n’a pas été un énorme coup de cœur, mais ce n’était pas non plus ce que je recherchais. Je voulais un roman qui se lise facilement, qui réveille un peu mon envie de lire et qui me donne suffisamment de matière pour avoir constamment envie de comprendre ce qui reliait ces trois histoires.
C’est exactement ce que j’ai trouvé.


J’ai aimé sa construction, sa plume, son Périgord et surtout ce jeu permanent autour de la temporalité. Jusqu’au bout, je me suis demandé non seulement comment ces trois récits allaient se rejoindre, mais surtout quand.
Et lorsque la réponse arrive, elle tient la route.
Un bon moment de lecture, tout simplement.


Au cœur du Périgord, dans la vallée de la Vézère, Clémence et son fils trouvent refuge dans une maison isolée afin d’échapper à la violence d’un homme. Dans ce lieu resserré, vert et minéral, ils peuvent enfin essayer de se reconstruire. Non loin de là, Fabien se prend à rêver : et s’il venait de découvrir une grotte ornée de peintures préhistoriques ? Accompagné de sa fille, le spéléologue amateur, employé à Lascaux IV, se lance dans l’exploration de la cavité inconnue. Dans le village voisin, Guilhèm, un jeune paysan, fait la rencontre de Marion, une vacancière au charme magnétique à laquelle il décide de dévoiler les secrets de sa vallée.
Mais un jour, devant la vieille demeure, alors que Clémence avait laissé son fils jouer sans surveillance, le petit garçon disparaît…

Par ces trois récits qui révèlent peu à peu leurs ramifications invisibles et dessinent une fresque inattendue, ce roman offre une plongée haletante dans un territoire où le temps et la roche se confondent.
Servi par une langue éblouissante, Quitter la vallée raconte le désir farouche que l’on éprouve, tôt ou tard, d’échapper à sa propre condition.

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