Ce que nous confions au vent – Laura Imai Messina

« Au prix de sa vie, de sa vie de rien du tout, Yui ne permettrait pas qu’il arrive malheur à cette chose et à l’endroit qui en transmettait la voix. »

Note : 5 sur 5.
Date de parution : le 31/03/2021

Résumé éditeur :

Sur les pentes abruptes du mont Kujira-yama, au milieu d’un immense jardin, se dresse une cabine téléphonique : le Téléphone du vent. Chaque année, des milliers de personnes décrochent le combiné pour confier au vent des messages à destination de leurs proches disparus.
En perdant sa mère et sa fille, emportées par le tsunami de 2011, Yui a perdu le sens de sa vie. C’est pour leur exprimer sa peine qu’elle se rend au mont Kujira-yama, où elle rencontre Takeshi, qui élève seul sa petite fille.
Mais une fois sur place, Yui ne trouve plus ses mots…

Avis :

Et voilà, pour la deuxième fois cette année, ma lecture se tourne vers le Japon. Ce que nous confions au vent est un roman fort, sincère et poétique. Un roman qu’on ouvre sans vraiment savoir à quoi s’attendre si ce n’est l’envie de prendre des vagues et des vagues d’émotions. Ce fût le cas, oh oui ce fût vraiment le cas, croyez-moi. Je n’avais encore jamais de livre qui met en avant des thèmes tels que le deuil, la douleur, l’amitié et l’amour. D’autant plus qu’avec cette histoire de Laura Imai Messina, il n’est pas question de roman à l’eau de rose gnan-gnan ou improbable. En fait il n’a rien à voir avec n’importe quel autre roman.

Vous allez entrer dans la vie de Yui, femme brisée, dévastée après avoir perdu sa petite fille et sa maman lors du Tsunami du 11 mars 2011. Comment guérir après un tel drame ? Comment vivre après cette tragédie ? Je n’ai pas la réponse mais l’auteure est là pour m’éclairer.

En plus de l’histoire personnelle de Yui, nous allons rencontrer de nombreuses personnes perdues, qui tentent, tant bien que mal de se relever après la perte d’un être cher. Ce roman est une ode aux sentiments, aux émotions, à l’amitié et l’amour. L’écriture est fluide, entière. Rien n’est édulcoré, c’est brut sans fioriture car c’est inutile. Les mots choisis parlent d’eux-même, il délivre un message universel. Le deuil est personnel.

Cet endroit étonnant à Otsuchi, ce téléphone si particulier est une idée venue d’un japonais qui n’imaginait pas l’ampleur bienfaitrice qu’elle allait prendre. Comme une thérapie, un soutient, une béquille, il suffit de décrocher le combiner pour dire à notre proche disparu ce qu’on a sur le cœur, car c’est de ça qu’il s’agit : ouvrir son cœur en espérant réussir à panser ses plaies. Le vent porterait le message dans l’au-delà. C’est magique et ce qui m’a le plus touché c’est cet état d’esprit et ce partage de douleurs, d’histoires, d’anecdotes qui se créé autour de cet objet. Le soutien, l’accompagnement, l’écoute sont si présents et de façon si authentique que c’est bouleversant.

La relation qui se construit page par page entre les personnages est le fil conducteur vers la résilience de chacun. Avec délicatesse, l’auteure nous ouvre les portes de leur chagrin, de leur peur, de leur espoir. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, on ne voit pas les chapitres passer, tout s’enchaîne, le cœur serré, il m’a été impossible de laisser Yui, Takeshi, Hana, M. Suzuki et tous les autres. J’ai eu besoin de les accompagner, de ne pas les laisser seuls en fermant mon livre pour faire autre chose. J’ai été admirative, parfois un peu envieuse par cette capacité à croire à ces choses aussi spirituelles. Cette culture si éloignée de la mienne qui je trouve, est fascinante. L’approche qu’ils ont vis-à-vis de la mort ou de leurs défunts est réconfortante. Je ne peux pas vous dire qu’il me serait impossible d’aller moi-même décrocher ce téléphone pour y chuchoter les quelques mots qui partiront dans le vent rejoindre un être cher. Quand on lit le bien que cela fait, difficile d’être insensible.

Aucun rebondissement, ils sont inutiles. Juste des mots sur des maux. Une mélancolie écrite pour nous mener vers la paix, ou du moins quelque chose qui s’en approche. Les petits billets qui se glissent entre deux chapitres rendent l’histoire d’autant plus intime, plus confidentielle. Je me suis sentie privilégiée de connaître tous ces petits détails sur la vie de chacun.

En conclusion, vous l’aurez compris, Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina est un roman unique, bouleversant ( de part les émotions qu’il décrit et les témoignages des victimes du Tsunami). Il fait réfléchir, il donne de l’espoir, de la confiance en l’autre, il aide, dans un certain sens pour au moins un petit moment. On n’a pas envie de le refermer et pourtant il se lit vite, très vite.

Un grand merci aux Editions Albin Michel pour cet ouvrage magnifique qui m’a complétement sorti de ma zone de confort, de mes lectures habituelles bien qu’elles soient de plus en plus variées. C’est un livre à offrir, à s’offrir, à garder.

Pour découvrir par vous-même l’histoire de Yui et de ses amis, vous pouvez cliquer juste ici 🙂

Le téléphone au vent – Otsuchi

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