Filles de Lilith – Sarah Blau

« Les coïncidences sont une manière pour Dieu de rester anonyme, disait Einstein. »

Note : 3 sur 5.
En librairie depuis le 14 octobre 2021 chez Presses de la Cité

Résumé éditeur :

Plutôt mourir que de devenir mère…
Un tueur en série sévit à Tel-Aviv. Chaque victime est retrouvée ligotée, un poupon entre les mains, le mot  » mère  » inscrit sur son front.
Sheila Heller, spécialiste de la Bible, connaît les victimes. Elle connaît aussi la nature du pacte qu’elles ont conclu vingt ans plus tôt, lorsqu’elles ont décidé de devenir les  » Autres « . Et elle sait qu’elle pourrait bien être la prochaine sur la liste.
Ce qu’elle ignore, en revanche, c’est qui peut être à l’origine de ces crimes rituels macabres. D’autant qu’aux yeux de la police, tout l’accuse…

Mon avis :

D’après Google, Lilith est un démon féminin de la tradition juive, elle aurait été la première femme d’Adam, juste avant Eve. Redoutée par les femmes enceintes et par les jeunes enfants, elle sera une figure récurrente dans les rituels magico-religieux. Elle représenterait également un symbole de la cause féministe ayant été conçue de la même manière qu’Adam, contrairement à Eve, elle serait donc placée comme d’égale à égale et non plus comme une subordonnée. Voilà de quoi éclairer un peu vos lanternes sur ce qu’évoque le titre de ce thriller Israélien.

En commençant ce livre relativement court avec ses presque 250 pages, je ne savais pas forcément à quoi m’attendre mais une chose est sûre, certainement pas à cette ambiance et à cette intrigue. J’ai été surprise dès les premières pages par le ton employé dans les dialogues, la façon de penser des personnages, l’ambiance générale de l’histoire. Sheila est une femme d’une quarantaine d’années, sans enfants, sans mari, sans attaches. Malgré son âge, elle a un caractère plutôt juvénile. Une de ses anciennes meilleures amies est retrouvée tuée, puis une seconde et pour autant elle ne semble pas s’en émouvoir. On comprend vite que les amies ne sont plus amies depuis bien longtemps mais quand même, ça a de quoi surprendre. Une fois le style et la construction du roman apprivoisés, je me suis laissée porter par ma lecture. Imaginant à tord découvrir un polar ou un thriller bien noir, j’ai vite compris que ça ne serait pas le cas.

A travers des figures religieuses ou mystiques comme Lilith elle-même, la sorcière d’Endor, Mikhal, les thèmes de la maternité et de la place de la femme dans cette société judaïque sont abordés sans fard et sans tabou. Doit-on vraiment être mère pour être accomplie? Doit-on obligatoirement rentrer dans le moule qui nous est prédestiné depuis notre naissance? Ce sont les grandes questions que se sont posées Sheila, Dina et Ronit. Quand l’horloge biologique tourne à toute vitesse, elles reviennent sans cesse. Ai-je fait le bon choix? Qu’est-ce que ce manque que je ressens? Leur choix est perçu comme de l’égoïsme, comme un manque de considération. Elles sont les « Autres », celles qui ne rentrent pas dans les cases.

Dès la lecture de la 4ème de couverture, le sujet m’a fortement intéressé, à titre complétement personnel. Ma curiosité a été piqué, d’autant plus que je n’avais encore jamais lu de littérature israélienne. Voilà une bonne occasion de découvrir ça ! J’ai passé un bon moment de lecture, c’est assez fluide, souvent cynique. La gravité des crimes n’est pas mise en avant, les enquêteurs sont plutôt inintéressants. L’histoire fait surtout le focus sur Sheila et sur ce qu’elle peut ressentir. On oublie vite que ces pauvres femmes on subit un crime abjecte pour se concentrer sur les pensées et les états d’âmes des autres personnages. Loin d’être un livre noir ou sombre, c’est plutôt une ambiance légère et sans fioriture. Les échanges entre les personnages tout comme les pensées de chacun amènent le sourire que l’effroi. Sous ses airs un tantinet ringards et fades, l’héroïne dresse en réalité le portrait d’une femme qui s’accroche à ses opinions, à ses valeurs, tout ça dans une société qui ne lui accorde pas la place qu’elle mérite.

Finalement, savoir qui est le ou la meurtrier(e) m’a peu importé. Je n’ai jamais ressenti l’envie folle de le découvrir, il m’a semblé que c’était plutôt secondaire. Utiliser le crime comme prétexte pour exposer le sujet de la maternité et des femmes qui ne se sentent pas concernées.

En conclusion

Une bonne lecture, qui m’a plutôt surprise par son approche plutôt que par son intrigue. Sarah Blau a une plume caustique concernant son sujet, elle nous parle sans détour et c’est agréable. Avec le crêpage de chignon entre filles, les histoires de garçons, on est dans une ambiance légère qui n’est pas sans rappeler les cours de récréations. Les jalousies, les rivalités et les joutes verbales donnent une tout autre dimension à cette enquête.

Aucun regret, c’est un livre qui se lit plutôt vite et bien. Le décor de Tel-Aviv est inédit pour moi, j’ai voyagé dans une société qui m’est inconnue. J’ai appris pas mal de choses concernant les croyances de cette population et j’en suis ravie. J’ai été enrichie par ce livre bien qu’il ne restera pas gravé dans ma mémoire de longues années.

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