La femme muette – Mathieu Albaïzeta

« Mais l’espoir fait-il vivre ou mourir ? »

Note : 4.5 sur 5.
En librairie depuis le 20 octobre 2020 chez Les éditions des Lacs – 167 pages

Résumé éditeur :

Le 17 juin 2013, Stéphane Richard reste à la tête d’Orange, le parti socialiste essuie
une nouvelle défaite à l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot, et Louise Andrieu est retrouvée morte
à son domicile. Tous ceux dont la vie est ponctuée par la mort des autres encerclent ce qui était, il y a
encore une demi-heure, le corps frêle mais vivant d’une coquette dame âgée : les gendarmes et le
médecin de famille, lui aussi alerté par son mari. Mais… Est-elle morte ce jour de juin 2013 ou un
après-midi d’été, en 1963 ?
Quand d’un côté, la haine remplace progressivement l’amour et que de l’autre, l’amour continue de tout
pardonner, plongez dans les abîmes d’une vie subie dans laquelle le silence est… assourdissant.

Mon avis :

Le 6 mars 2022, Marie vient de terminer ce livre et est complétement chamboulée, la guerre en Ukraine est omniprésente, la rencontre avec Louise a eu lieu.

Ce livre est court, très court mais il dit l’essentiel. On est tous susceptibles de croiser Louise dans notre vie quotidienne : une amie, une collègue, une voisine, un membre de notre famille, une inconnu à la caisse d’un supermarché, une cliente au travail… Bref, cette liste est malheureusement non exhaustive. Louise c’est cette femme qui tente coûte que coûte d’en rester une malgré l’écrasement et la destruction qu’elle subit à travers son mari. Louise c’est cette femme qui ne dit rien, qui ne montre rien, qui pense (peut-être à tord) que le silence la sauvera. Louise c’est cette femme que vous allez rencontrer vous aussi en lisant La femme muette, c’est cette femme qui vous marquera pour toujours, qui, même si c’est tout ce qu’elle ne souhaite pas, va vous retourner le cœur et l’estomac.

Avec son roman témoignage, Mathieu Albaïzeta trouve les mots justes à placer sur ces maux injustes. Les chapitres courts donnent un rythme saccadé à l’ensemble, à l’image des courts (très courts) moments de bonheur qu’a eu droit Louise dans cette vie qui n’en n’est pas vraiment une. Saupoudrée de petits poèmes qui prennent tout leur sens à la fin, l’auteur nous offre toute sa sensibilité à travers sa plume aussi juste que magnifique. Le sujet, vous l’aurez compris est aussi dramatique que d’actualité, pourtant, il n’y aura aucun moment qui vous fera tomber dans le mélodrame. C’est terriblement beau et profond.

C’est vrai qu’on a parfois du mal à comprendre pourquoi Louise ne part pas. Mais qui sommes nous pour juger? Il faut aussi remettre cette histoire dans son contexte, c’est d’ailleurs habilement mené grâce aux petites notes d’actualités que l’auteur nous met à chaque début de chapitre. Tout commence en 1963. Il est facile de porter un jugement moralisateur aujourd’hui où les violences faites aux femmes sont médiatisées pour permettre une prise de conscience générale. Malgré ça, de nos jours, c’est un sujet complexe où la psychologie est telle qu’il est difficile de comprendre certaine situations. Alors imaginez un peu  quelles étaient les mentalités et les réactions des gens il y a presque 60 ans ?

Mathieu Albaïzeta donne ici la parole à ces femmes muettes, celles qui hurlent, qui pleurent, de l’intérieur. Celles qui se bercent d’illusions alors que leur vie n’est que désillusions. Il nous livre un récit pour toutes celles qui n’ont pas pu le faire. Il nous montre ce que peut être un silence assourdissant et pourtant tellement évocateur et il fait tout ça avec une plume poétique, pure et transparente. Chaque mot choisi à son importance, chaque phrase est révélatrice. Alors oui, il faut s’accrocher. Parce que c’est vrai qu’on ne tombe pas dans le sordide à proprement parlé mais on assiste impuissant à une vie brisée, gâchée d’autant plus qu’on sait parfaitement quand elle commence et quand elle se termine dès le début de l’histoire. Cette fin est inéluctable. On est spectateur d’une descente aux enfers. L’auteur ne diabolise pourtant personne. René a beau être ce qu’il est, vous vous en rendrez bien vite compte, à travers les yeux de Louise il reste pourtant bel et bien un homme, son homme. C’est cette nuance qui fait la différence avec d’autres ouvrages qui traitent du même sujet. C’est un constat. Un tragique constat.

en quelques mots

Vous dire qu’il faut lire ce livre pour vous évader serait vous mentir. En revanche, vous dire qu’il faut lire ce livre parce qu’il est nécessaire est une réalité. Oui, votre cœur sera gonflé de douleurs, de révoltes et parfois d’incompréhension. Oui, c’est un sujet dramatique, d’actualité. Oui, c’est tout ça à la fois mais c’est magnifiquement bien écrit. Mathieu donne la parole à toutes les Louise qui ne peuvent pas ou plus parler. Il nous exprime toutes les douleurs de toutes les Louise avec une telle délicatesse que le message est d’autant plus impactant, poignant, révoltant.

C’était aussi sublime que dramatique. Bravo.

Le 8 mars 2022, jour de la publication de mon avis sur La femme muette, journée internationale des droits des femmes. Ce n’est pas fait exprès mais ce n’est finalement pas anodin.

4 commentaires

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