J’ai posé 10 questions à …

C’est avec un énorme plaisir que j’ai eu la chance d’échanger avec R.J. Ellory, auteur britannique de romans noirs extrêmement bienveillant, accessible et gentil. Ce moment de partage avec lui restera un événement important dans ma vie de lectrice. Je vous laisse découvrir l’entretien que nous avons fait ensemble, traduit de l’anglais par Faustine Guéant.

Pour commencer pouvez-vous vous présenter en quelques lignes pour le peu de lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ? To start with, can you introduce yourself for the few readers that don't know you yet?

My name is Roger Ellory. I am published as RJ Ellory. I have released fifteen books in English, and I am translated into twenty-six languages. I actually sell more books in French than all the other languages combined, and I have a very kind and devoted French-speaking readership. I am a musician and songwriter. I have a band called The Whiskey Poets. We have played in the UK and France, and we are soon to record our third album. I am also a very enthusiastic photographer, and most recently I have started writing original film screenplays and adaptations for television.

Mon nom est Roger Ellory. Je suis publié sous le nom de RJ Ellory. J’ai sorti quinze livres en anglais, et je suis traduit dans trente-six langues. Je vends, actuellement, plus de livres en français que dans toutes les autres langues combinées, et j’ai un lectorat francophone très bienveillant et dévoué. Je suis un musicien et parolier. J’ai un groupe appelé The Whisky Poets. Nous avons joué au Royaume-Uni et en France, et nous allons bientôt enregistrer notre troisième album. Je suis aussi un photographe enthousiaste, et j’ai plus récemment commencé à écrire des scénarios originaux de films, et des adaptations pour la télévision.

Vous avez écrit de nombreux romans tous très noirs et très intenses niveau émotions où allez-vous cherchez votre inspiration ? You have written many novels, all of them very emotionally dark and intense. Where do you find your inspiration?

My primary interest is people. That’s the sum total of my interest. The situations they get themselves into. How they deal with them. How they react. The decisions they make as a result. That’s what fascinates me and that’s what I want to write about. The crime genre can encompass so very much as far as subject matter is concerned. A crime thriller can be historical, it can be political, it can be a straight homicide investigation, it can be a conspiracy. It gives you an enormous canvas. We all know that the way criminal investigations are portrayed on TV is about as far from reality as you could imagine. I spent some time with a homicide detective in Washington in January, and she told me that she would sometimes be working four or five or six homicides simultaneously. Aside from the fact that such a schedule prohibits any kind of personal life, it also means that the amount of attention that can actually be devoted to one case is very limited. Homicide investigation is a tough, unforgiving, unrewarding, brutally dark and relentless vocation, and there are very few people capable of doing it. I think that crime fiction reflects that more honestly than any crime series on TV. And the thing that never ceases to amaze me is the indomitability of the human spirit, the things that people are capable of overcoming, and the fact that they can then survive beyond that. For me, writing ‘crime thrillers’ or ‘mysteries’ is not so much about the crime itself, even the investigation, but the way in which such events can be used to highlight and illuminate the way that people deal with things that are not usual. If there is one common thread throughout my books, though they are all very different stories, it is that we are always dealing with an ordinary person thrown into an extraordinary situation. That’s the common theme. That’s the thing that I want to write about. I suppose I am a romantic at heart, and I try very hard to be in touch with the emotional nature of people and things. I am always striving to have a reader feel what the characters are feeling, to get an idea that they have spent some time with real people, and to bring about the sense that they were aware of what was going on with that character on many levels. That, for me, seems key to making a book memorable. And presenting characters with difficult situations that people ordinarily don’t have to deal with gives you the whole spectrum of human emotions and reactions to write about. So, in summary, my inspiration comes from life – from conversations, from meetings, from things that I read about, from real-life events, and I am listening and taking notice of these things all the time.

Mon premier intérêt, ce sont les gens. Mon unique intérêt. Les situations dans lesquelles ils se retrouvent. La façon dont ils les gèrent. Comment ils réagissent. Les décisions qu’ils prennent et qui en résultent. C’est ce qui me fascine et ce sur quoi je veux écrire. Le roman policier peut englober tout ça en ce qui concerne le sujet. Un thriller criminel peut être historique, il peut être politique, ça peut être une simple enquête sur un homicide, ça peut être une conspiration. Il vous donne une toile immense. Nous savons tous que la manière dont les enquêtes criminelles sont présentées à la télévision est à peu près aussi éloignée de la réalité que vous pouvez l’imaginer. J’ai passé du temps avec une inspectrice de la police criminelle à Washington en janvier, et elle m’a dit qu’elle travaillait parfois sur quatre, cinq ou six homicides simultanément. Outre le fait qu’un tel programme empêche toute forme de vie personnelle, cela signifie également que la quantité d’attention qui peut réellement être consacrée à un cas est très limitée. L’enquête sur les homicides est une vocation difficile, ingrate, impitoyable, brutalement sombre et implacable, et il y a très peu de gens capables de le faire. Je pense que le polar reflète ceci plus honnêtement que n’importe quelle série policière à la télévision. Et ce qui ne cesse de m’étonner, c’est l’indomptabilité de l’esprit humain, les choses que les gens sont capables de surmonter et le fait qu’ils puissent alors survivre au-delà de ça. Pour moi, écrire des “thrillers policiers” ou des “mystères” ne concerne pas tant le crime lui-même, ni même l’enquête, mais la façon dont de tels éléments peuvent être utilisés pour mettre en évidence et éclairer la façon dont les gens traitent des choses qui ne sont pas habituelles. S’il y a un dénominateur commun à travers mes livres, quand bien même ils ont tous des histoires très différentes, c’est le fait que nous avons toujours affaire à une personne ordinaire jetée dans une situation extraordinaire. C’est le thème commun. C’est la chose sur laquelle je veux écrire. Je suppose que je suis un romantique dans l’âme et que j’essaie très fort d’être en contact avec la nature émotionnelle des gens et des choses. Je m’efforce toujours de faire ressentir au lecteur ce que les personnages ressentent, pour avoir l’impression qu’ils ont passé du temps avec de vraies personnes, et pour apporter la sensation qu’ils étaient conscients de ce qu’il se passait avec ce personnage sur plusieurs niveaux. Cela semble être, pour moi, la clef de ce qui rend un livre mémorable. Et présenter les personnages dans des situations difficiles que les gens n’ont généralement pas à gérer vous donne tout le spectre des émotions et des réactions humaines sur lesquelles écrire. En résumé, mon inspiration vient de la vie – des conversations, des rencontres, des choses sur lesquelles j’ai lu, des événements de la vie réelle, et j’écoute et je prends note de ces choses tout le temps.

Le premier roman à paraître en France est Seul le silence en 2008.  Les Français ont très bien accueilli votre livre. Vous avez d’ailleurs reçu le prix du Nouvel Observateur du roman noir 2009 Catégorie roman étranger ainsi que le prix Des lecteurs Le livre de poche En 2010. Vous attendiez vous à autant d’enthousiasme de la part des lecteurs français ? The first novel to be published in France was A Quiet Belief in Angels, in 2008. French people welcomed it warmly, and you received the Nouvel Observateur's Award for a foreign dark novel in 2009, as well as the « Le livre de poche »'s Reader's Choice Award in 2010. Were you expecting as much enthusiasm from French readers?

The enthusiasm and support was a great surprise to me. The book has now sold hundreds of thousands of copies in France, and I am about to release my twelfth novel in French. The support over the years has been incredible, and I feel very privileged to have enjoyed such success in a country which I have come to love. My wife and I have visited more than a hundred towns and cities in France, and we have been welcomed with great kindness by everyone we have met. It is always a pleasure to be there. This year we have been unable to visit, of course, and it has been a great problem for us! I am really hoping that 2021 will be different, and we will be able to attend the festivals and meet with readers again. I don’t think I can take another year without some travelling in France!

L’enthousiasme et le soutien étaient une surprise géniale pour moi. Le livre s’est, aujourd’hui, vendu à plus de centaines de milliers d’exemplaires en France, et je suis sur le point de sortir mon douzième roman en français. Le soutien que j’ai eu au fil des années a été incroyable, et je me sens privilégié d’avoir pu profiter d’un tel succès dans un pays que j’ai appris à aimer. Ma femme et moi avons visité plus d’une centaine de villages et villes en France, et nous avons été accueillis avec une gentillesse géniale par toutes les personnes que nous avons rencontrés. C’est toujours un plaisir d’être là. Cette année, nous n’avons pas été en mesure de visiter, évidemment, et ça a été un grand problème pour nous! J’espère réellement que 2021 va être différente, et que nous serons capable de participer à des festivals et de rencontrer les lecteurs à nouveau. Je ne pense pas que je puisse rester une autre année sans voyager en France!

Je sais qu’en plus de l’écriture, d’autres passions animent votre vie. Notamment la musique : pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Il y a d’ailleurs dans « Le chant de l’assassin » une place importante à la musique. Est-ce votre façon de réunir deux de vos passions ? I know that, in addition to writing, you have other hobbies, including music. Can you tell us more about it? Music has an important place in Mockingbird Songs. Was that your way of putting both of your passions together? 

Well, I played guitar for a little while when I was a teenager, but didn’t pursue it. About eight or ten years ago, my son expressed an interest in playing so I bought a guitar for him and helped him as best I could. He didn’t really fall in love with it, but I did. I kept on playing, and then I started writing songs. I got to the point where I had written sixty or seventy songs, and I really wanted to record some of them. I was introduced to a very successful musician and recording engineer who used to play in a band called Electric Light Orchestra. He started working with me on recording some of the material, and then he suggested we form a band together. We did that, we started playing live, and then we recorded the first album (‘Low Country’). We were then asked to write six songs and six instrumentals by Universal Records, and that material is now used in films and TV programs all over the world. We then recorded our second album (‘Native Strangers’), and I have just finished writing the material for the third album which we will record as soon as we are able. We do have a website at http://www.whiskeypoets.net

Eh bien, j’ai joué de la guitare pendant un temps lorsque j’étais adolescent, mais je n’ai pas continué. Il y a huit ou dix ans, mon fils a exprimé un intérêt dans le fait de jouer d’un instrument, alors je lui ai acheté une guitare et je l’ai aidé du mieux que j’ai pu. Il n’en n’est pas vraiment tombé amoureux, mais moi si. J’ai continué de jouer, et j’ai commencé à écrire des chansons. J’en suis arrivé au point où j’avais écris soixante ou soixante-dix chansons, et je voulais vraiment en enregistrer certaines. On m’a présenté à un musicien à succès et ingénieur du son, qui jouait avant dans un groupe appelé ‘Electric Light Orchestra’. Il a commencé à travailler avec moi sur l’enregistrement d’une partie du matériel, puis a suggéré que l’on crée un groupe ensemble. C’est ce que nous avons fait, et nous avons commencé à jouer en concert, puis nous avons enregistré le premier album (‘Low Country’). Universal Records nous a demandé d’écrire six chansons et de composer six instrumentales, qui sont utilisées dans des films et des programmes télévisés partout dans le monde. Nous avons ensuite enregistré notre deuxième album (‘Native Strangers’), et je viens de terminer d’écrire le matériel pour le troisième album, qui sera enregistré dès que nous serons en mesure de le faire. Nous avons un site : www.whiskeypoets.net

La photographie est un domaine dans lequel vous excellez aussi, décidément vous êtes un artiste accompli ! A travers vos romans, la profondeur de votre plume est très visuelle, voire cinématographique. Est-ce l’œil du photographe qui arrive à décrire les émotions fortes que vous souhaitez transmettre ? As an accomplished artist, you're also an excellent photographer. The sense of depth in your writing through your novels is very visual, in fact cinematic. Is it thanks to the eye of the photographer that you succeed in describing the strong emotions you want to convey? 

I don’t know how to answer that question! My first passion in life was photography. That was what I wanted to do. I wanted to be a photojournalist, but for one reason and another I never pursued that goal. It’s a subject that has always fascinated me, and I am great fan of Cartier-Bresson, Capa, Ansel Adams, Salgado, Doisneau and many others. As for writing cinematically, film has always been a great passion. I have loved film ever since I was a child, and I think my writing style is actually influenced more by film than literature. I think in pictures and scenes. I think in images. I think about how words can create images in the reader’s mind, and how to evoke an atmosphere. To be honest, I think writing books and films, writing songs and playing music, even taking photographs is all a way of communicating to others. I think I am just interested in communication, and so I use any method I can to engage with other people and create as much positive effect as possible.

Je ne sais pas comment répondre à cette question! Ma première passion dans la vie, c’était la photographie. C’était ce que je voulais faire. Je voulais être un photojournaliste, but des raisons et d’autres je n’ai jamais poursuivi ce but. C’est un qui m’a toujours fasciné, et je suis un grand fan de Cartier-Bresson, Capa, Ansel Adams, Salgado, Doisneau et bien d’autres. Pour ce qui est d’écrire cinématographiquement, le cinéma a toujours été une grande passion. J’ai aimé les films depuis que j’ai été enfant, et je pense que mon style d’écriture est plus influencé par le cinéma que par la littérature. Je pense en photos et en scènes. Je pense en images. Je pense à combien les mots peuvent créer des images dans l’esprit du lecteur, et évoquer une atmosphère. Pour être honnête, je pense qu’écrire des livres et des films, écrire des chansons et jouer de la musique, même prendre des photos est une façon de communiquer avec les autres. Je pense que je suis juste intéressé par la communication, et donc j’utilise toutes les méthodes que je peux pour interagir avec les autres et créer le plus d’effet positif que possible.

Avant de percer dans le milieu littéraire, vous avez essuyé énormément de refus (plus de 600 si je ne me trompe pas). Comment expliquez-vous cela ? Comment avez-vous réussi à garder votre volonté intacte malgré cela ? Ressentez-vous un certain sentiment de revanche aujourd’hui ? Before succeeding as an author, you had to face a lot of refusals (more than 600, if I'm not wrong). How do you explain that? How did you manage to keep your determination unaffected despite the situation? Do you feel like you’ve now had your revenge? 

I certainly don’t feel like I have had my revenge! I was never looking for revenge. I didn’t blame someone else for my failure to get published. I just decided to persist until I found a publisher who believed in what I was doing with enough conviction to give me a publishing contract. The fact that it took so long and so much persistence isn’t anyone’s fault! Why was I rejected so many times? Simply because the publishers both in the UK and America had the very definite idea that it was not possible for an English author to write successfully about the United States. That was all. So I just worked and worked and worked, and I keep writing and writing, and finally – with my twenty-fourth novel – I found someone who was prepared to take a risk.

Je n’ai certainement pas l’impression d’avoir eu ma revanche! Je n’ai jamais cherché ça. Je n’ai blâmé personne pour mon échec de publication. J’ai juste décidé de persévérer jusqu’à avoir trouvé un éditeur qui a cru en ce que je faisais avec suffisamment de conviction pour m’offrir un contrat de publication. Le fait que ça ait pris autant de temps et de pugnacité n’est la faute de personne! Pourquoi ai-je été rejeté autant de fois? Simplement parce que les éditeurs au Royaume-Uni comme en Amérique avaient l’idée très arrêtée que ça n’était pas possible pour un auteur anglais d’écrire avec succès à propos des Etats-Unis. C’est tout. Alors j’ai travaillé, et travaillé, et travaillé, et j’ai continué d’écrire et d’écrire et, finalement – avec mon vingt-quatrième roman – j’ai trouvé quelqu’un qui était prêt à prendre un risque.

Que vous apporte l’écriture ? Que ressentez-vous durant tout le processus d’écriture (du moment où vous avez l’idée au moment où le livre est paru en librairie) ? Êtes-vous un auteur anxieux ? What does it take for you to write? How do you feel during the writing process (from the moment you have the idea to the one where your novel is published)? Are you an anxious author? 

I am not an anxious writer. I just start with a very basic idea or a specific scene that I have thought of, and I just write. I don’t have a plan or an outline. Sometimes I don’t know where the novel will go or what the main subject will be. I just write, and in that way I kind of allow the story to come to me as I work. I never know the end until I get there. That may seem strange, but that’s the way I have always worked. For years I wrote longhand, almost three million words, but now I use a computer. Sometimes when I’m away from home I’ll write longhand, and then transcribe when I return. I write a complete book in about ten weeks, and then I go back through from start to finish and handle all the things that don’t work, and I tidy it up before sending it to my editor. It’s kind of organic in a way, like it’s something that takes on certain character aspects of its own. It’s like living with a bunch of people for a few weeks, and you watch them grow, watch them take control of certain elements of the story, and then when you’re done it’s like losing something. Capote once said that finishing a story was like taking a child out into the yard and shooting them. Perhaps a little melodramatic, but I know what he means! When a book is finished it kind of leaves a hole in you, and then you have to start a new project right away. I am disciplined. I start early in the day. I try and produce three or four thousand words a day. A couple of months and it’s done. Sometimes it takes longer, sometimes shorter. For me a book always begins with the emotion I want to evoke in the reader. That’s the most important thing for me. How does a book make you feel, and does that memory stay with you? So that’s my first consideration: the emotional effect I am trying to create. The second thing is the location. Location is vital for me as the location informs and influences the language, the dialect, the characters – everything. I choose to start a book in Louisiana or New York or Washington simply because that ‘canvas’ is the best for to paint the particular picture I want to paint. I buy a new notebook, a good quality one, because I know I’m going to be carrying it around for two or three months, and in the notebook I will write down ideas I have as I go. Little bits of dialogue, things like that. Sometimes I have a title, sometimes not. I used to feel very strongly about having a good title before I started, but now – because at least half the books I’ve published have ended up with a different title – I am not so obsessive about it! And as far as little idiosyncratic routines and superstitions are concerned, I don’t have any that relate to starting a book.

Je ne suis pas un écrivain anxieux. Je commence juste avec une idée très basique ou une scène spécifique à laquelle j’ai pensé, et j’écris. Je n’ai pas de plan ou de contour. Parfois, je ne sais pas où le roman va ou ce que sera le sujet principal. J’écris simplement et de cette façon je laisse l’histoire venir à moi à mesure que je travaille. Je ne sais jamais la fin jusqu’à ce que j’y arrive. Ça peut paraître étrange, mais c’est la façon dont j’ai toujours travaillé. Pendant des années j’ai écrit à la main, presque trois millions de mots, mais désormais j’utilise un ordinateur. Parfois, quand je ne suis pas à la maison, je vais écrire à la main et retranscrire en rentrant. J’écris un livre complet en à peu près dix semaines, puis je reviens du début à la fin et je m’occupe de toutes les choses qui ne fonctionnent pas, et je mets en ordre avant de l’envoyer à mon éditeur. C’est en quelque sorte naturel, quelque chose qui influe sur certains aspects du personnage en lui-même. C’est comme vivre avec un tas de personnes pendant quelques semaines, et vous les regarder grandir, prendre le contrôle de certains éléments de l’histoire, et une fois que c’est terminé vous perdez quelque chose. Capote a dit un  jour que finir une histoire, c’est comme emmener un enfant dans le jardin et lui tirer dessus. C’est peut-être un peu mélodramatique, mais je comprends ce qu’il veut dire! Quand un livre est terminé, c’est comme s’il laissait un trou en vous, vous devez commencer un nouveau projet tout de suite après. Je suis discipliné. Je commence tôt le matin. J’essaye de produire trois ou quatre cents mots par jour. Quelques mois et c’est fait. Des fois ça prend plus de temps, des fois moins. Pour moi, un livre commence toujours avec l’émotion que je veux évoquer chez le lecteur. C’est la chose la plus importante pour moi. Que vous fait ressentir un livre et est-ce que ce souvenir reste avec vous? C’est donc ma première considération: l’effet émotionnel que j’essaye de créer. La deuxième chose, c’est la localisation. Le lieu est vital pour moi puisqu’il informe et influence le langage, le dialecte, les personnages – tout. Je choisis de commencer un livre en Louisiane, ou New York, ou Washington simplement parce que la ‘toile’ est la meilleure pour peindre l’image particulière que je veux peindre. J’achète un carnet, un de bonne qualité, parce que je sais que je vais l’emmener avec moi pendant deux ou trois mois, et dedans je vais écrire les idées qui me viennent au fur et à mesure. Des parties de dialogues, des choses comme ça. Des fois j’ai un titre, des fois non. J’avais l’habitude de vraiment vouloir un bon titre avant de commencer, mais maintenant – parce qu’au moins la moitié des livres que j’ai publié ont fini avec un titre différent – je ne suis plus si obsédé par ça! Et en ce qui concerne les petites routines idiosyncratiques et les superstitions, je n’en ai pas qui se rapportent à la création d’un livre.

Pour un lecteur qui ne vous a jamais lu, quel roman lui conseilleriez-vous pour vous découvrir ? Et pourquoi ? Which one of your novels would you recommend to someone who has never read any of your books? Why? 

Tough question! Maybe ‘A Quiet Belief in Angels’, but what if you love Mafia stories? Then you should read ‘Vendetta’. If you love police procedurals, you should try ‘Les Assassins’. It’s a personal thing. People appreciate books in different ways. I write in many different areas, so I think that’s an impossible question. Read what it says on the back of the book. Make your own decision based on what appeals to you.

Question difficile! Peut-être ‘Seul Le Silence’, mais et si vous aimez les histoires de mafia? Alors vous devriez lire ‘Vendetta’. Si vous aimez les procédures policières, vous devriez essayer ‘Les Assassins’. C’est quelque chose de personnel. Les gens apprécient les livres d’une manière différente. J’écris dans de nombreux domaines différents, alors je pense que c’est une question impossible. Lisez ce qu’il y a écrit au dos du livre. Prenez votre décision en fonction de ce qui vous attire.

Avez-vous un rituel d’écriture ? Des habitudes ou des conditions particulières lorsque vous écrivez ? Respectez-vous un planning d’écriture ? Do you have a writing process, perhaps some kind of 'ritual'? Do you have to maintain any habits or specific conditions when you're writing? Do you follow a schedule? 

(I think this is covered in the earlier question. I would be repeating myself here!)

(Je pense que j’ai répondu dans une question ci-dessus. Ce serait me répéter!)

Pour conclure, un petit mot de la fin pour vos lecteurs francophones? To conclude, is there something you'd like to say to your French-speaking readers? 

Just how important this family of readers is. How much the support and encouragement means to me. How the French readers have maintained this loyalty throughout all these years and have enabled me to stay published. The importance of books and reading in France is very different from the UK. It is unique in that respect. That passion does not exist in the UK any more. We don’t have independent bookshops and book festivals, and being a writer is not considered to be an important or valuable activity. That is the truth. It has become almost meaningless, and the literacy level is very, very low. It is a tragedy, but it is also a reality. So, to be able to come to France several times a year and be reminded that what you are doing means something, and that it is important that people are enthusiastic about it, is really valuable to me. I appreciate the encouragement enormously, and I will never take it for granted.

Simplement combien la famille de lecteurs est importante. Ce que le soutien et l’encouragement veulent dire pour moi. Combien les lecteurs français ont préservé cette loyauté au fil des années et m’ont permis de rester publié. L’importance des livres et de la lecture en France est très différente du Royaume-Uni. Elle est unique dans son respect. Cette passion n’existe plus au Royaume-Uni. Nous n’avons pas de librairies indépendantes, ni de festivals littéraires, et être un écrivain n’est pas considéré comme une activité importante ou valorisante. C’est la vérité. C’est presque devenu sans importance et le niveau de la littérature est très, très bas. C’est une tragédie, mais aussi une vérité. Alors, d’être capable de venir en France plusieurs fois par an et de se voir rappeler que ce que vous faites veut dire quelque chose, et que c’est important que les gens soient enthousiastes à propos de ça, c’est vraiment valorisant pour moi. J’apprécie énormément l’encouragement, et je ne le prendrai jamais pour acquis.

Rencontre au festival Quais du polar 2017

Retrouvez tous les romans publiés en France du grand R. J. Ellory juste ici !

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