Sukkwan Island – David Vann

« Il avait l’impression qu’il était seulement en train d’essayer de survivre au rêve de son père. »

Note : 3.5 sur 5.

Résumé éditeur :

Une île sauvage du sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, toute en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Avis :

Sukkwan Island est sorti il y a un tout petit plus de 10 ans. Je l’avais déjà vu passer de nombreuses fois, il est même dans ma bibliothèque depuis des années en version poche. Comment est-il arriver là ? Je ne me souviens plus mais il n’est pas à moi. Il aura fallu que le sourire et la bienveillance dégagés par David Vann lors de ma flânerie au festival Quais du Polar de Lyon attirent mon attention pour que finalement, je m’arrête et que je regarde ce livre d’un peu plus près. Impossible de ne pas l’acheter dans sa version 10ème anniversaire tant sa couverture m’a séduite. Voilà une semaine que je l’ai et je viens de le terminer.

Que dire? Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, ignorant tout de cet auteur et de son univers, je me suis lancée sans vraiment savoir quel genre de littérature j’allais trouver. La 4ème de couverture est intrigante, alors je n’ai pas pu attendre très longtemps avant de l’ouvrir. J’ignore ce que j’ai pensé de ce livre. Il me laisse un malaise persistant par sa noirceur, sa mélancolie, son drame. Les émotions sont intenses, violentes. J’ai dû m’arrêter quelques minutes à la fin de la première partie, en lisant cette dernière phrase qui m’a choquée, oui, oui, choquée.

Le livre est construit d’une manière que je ne connaissais pas encore, sans chapitre, uniquement une partie une et une partie deux. Les dialogues sont inclus dans le récit, sans tiret, sans guillemet. J’ai eu l’impression de plonger corps et âme dans l’intimité de ce père et de ce fils, ou plutôt dans leur manque d’intimité, de complicité. Durant les 100 premières pages, j’ai attendu, inquiète, sentant pointer un événement que je n’arrivais pas à deviner et qui pourtant m’angoissait. Alors quand j’ai su… Je me suis sentie prisonnière de ce huit-clos en pleine nature.

J’étais loin de m’imaginer une telle histoire en rencontrant cet auteur si heureux d’être là, tellement sympathique et c’est d’autant plus difficile quand on sait comme je l’ai appris à la fin du livre, que ce récit a été puisé dans les entrailles d’un passé aussi douloureux que réel. Il décrit des choses terribles, il décortique l’âme humaine. La plume est brutale, les mots choisis sont forts, les réactions aussi bien détaillées que les paysages. Bref, c’est un sacré coup de poing. Impossible d’en dire plus que ce que le résumé ne raconte déjà, sacrilège que de dévoiler autre chose. Tout est à découvrir par vous même, tout est a vivre intensément pendant votre lecture.

Mais alors, aimé ou pas aimé?

Difficile à dire, difficile à « juger ». Je suis chamboulée, ça c’est certain, j’ai même un peu la nausée. Non pas parce que c’est gore ou effrayant (quoi que si, sous une certaine forme) mais c’est surtout par rapport à la brutalité des phrases. A l’impact qu’elles ont sur le lecteur. On ne comprend pas les réactions? Normal, nous n’avons pas les tenants et les aboutissants, au même titre que les deux personnages. On est balloté dans une ambiance sauvage, primitive aussi étouffante qu’impressionnante. J’ai aimé et en même temps, j’ai envie de l’oublier. Oui, je crois que c’est ça, au moins pour quelques jours, le temps que je redescende un peu. Ce roman m’a beaucoup trop perturbé. Il est lent, sombre, noir, terrible. Terriblement bien écrit.

A travers cette rédemption jamais trouvée, l’auteur nous transperce avec ses mots, avec son talent. J’ai besoin d’un peu de temps je crois, pour me remettre les deux pieds bien ancrés dans mon quotidien si doux face à celui que je viens de lire.

Oui j’ai aimé, si on peut vraiment dire ça. En tout cas, j’ai été subjugué et je sais que je resterai marquée par cette lecture, par cet auteur. Bravo.

2 commentaires

  1. David Vann, mon auteur américain chouchou : sa plume marque les esprits et comme tu dis, quand on sait qu’il puise cela de son âme et son passé, c’est d’autant plus dérangeant. Lui si solaire (apparemment) en rencontres.
    Même si mon préféré est « Aquarium », « Sukkwan Island » est selon moi, le plus réussi. Noir c’est noir..
    Bonne semaine à toi !

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